Le fabuleux destin d’Annie Godin

On peut être né dans la Péninsule acadienne et monter les marches lors du prestigieux Festival de Cannes. C’est le fabuleux destin d’Annie Godin.

«Le Festival de Cannes, c’est bien évidemment magique. Mais jamais je ne pensais y aller», déclare Annie Godin.

Les heureux hasards de la vie ont conduit cette native de Village-Blanchard, près de Caraquet, à monter les célèbres marches du Palais des festivals et des congrès pendant le rassemblement cinématographique planétaire, le mois dernier.

Celle qui fait désormais carrière à Montréal en tant que productrice des effets visuels s’est jointe à l’équipe du film Wonderstruck, avec Julianne Moore. La plus récente réalisation de Todd Haynes était en compétition pour la palme d’or.

Même si le film n’a récolté aucune récompense, Annie Godin reste charmée par son passage sur la Croisette.

«Je voulais vivre l’expérience. J’ai été émue. Le festival célébrait son 75e anniversaire. Penser à toutes ces personnalités qui ont marché là où j’ai marché, comme Marilyn Monroe, c’est venu me chercher.»

Sa montée des marches n’a pourtant rien eu de glamour, comparée à celles que l’on voit à la télé.

«C’était une course. On n’avait pas le droit de s’arrêter pour prendre des photos.»

Le réalisateur et les vedettes du film sont entrés les derniers dans la salle, sous le crépitement des flashs des appareils photo. Eux ont eu droit aux honneurs. Cette parenthèse enchantée a permis à Annie Godin de croiser la route de Julianne Moore.

«Je l’ai vue à la fête qui a suivi la projection. Todd Haynes nous a présentées. Je l’ai trouvée très gentille et respectueuse.»

Annie Godin (robe bleue), une Acadienne au Festival de Cannes : elle pose ici aux côtés de Todd Haynes, réalisateur du film Wonderstruck en compétition officielle, et de l’actrice Julianne Moore. – Gracieuseté

L’Acadienne aurait aimé profiter du Festival de Cannes plus longtemps.

«On est parti le vendredi, deux jours après la cérémonie d’ouverture. On sentait l’effervescence monter d’un cran à l’approche du premier week-end.»

Depuis, Annie Godin a retrouvé le sol canadien. Elle est présentement dans la Péninsule où elle espère passer l’été en famille.

«À Montréal, je suis travailleuse autonome. Un contrat peut m’être proposé à tout moment.»

Si tout se déroule comme prévu, elle restera au Nouveau-Brunswick jusqu’à la fin août. L’occasion pour elle d’assister au Festival acadien.

«J’essaye d’être ici les 15 août autant de fois que je le peux. C’est important pour moi. Je suis une Acadienne fière de ses racines. Je viens recharger les batteries au moins deux fois par année. J’en ai besoin.»

La rentrée s’annonce chargée pour notre interlocutrice. Une nouvelle mission se profile en vue d’«une assez grosse production» dont il lui est interdit de parler. Secret professionnel oblige!

Annie Godin (robe bleue), une Acadienne au Festival de Cannes. Elle pose ici avec Vicky Daneau, spécialisée dans le montage cinéma, et Louis Morin, superviseur des effets visuels. – Gracieuseté

Des effets visuels dans tous les films

Annie Godin travaille dans l’industrie cinématographique depuis plus de 20 ans.

«Le milieu a beaucoup évolué depuis mes débuts», constate-t-elle.

Cela est en partie dû aux avancées technologiques. Ainsi s’est-elle spécialisée dans la production d’effets visuels.

«Les effets spéciaux sont tout ce qui est ajouté ou transformé au cours du tournage. Par exemple, une explosion, une cascade… Alors que les effets visuels sont tout ce qui est ajouté ou transformé sur ordinateur après le tournage. Par exemple, l’incrustation de décors alors que les acteurs ont tourné la scène sur un fond vert.»

L’experte l’assure, il y a des effets visuels dans tous les films de nos jours.

«J’ai travaillé sur le film d’Ang Lee, Le Secret de Brokeback Mountain (sorti en 2005, avec Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, NDLR). Il y avait dedans des effets visuels», révèle-t-elle.

Le tournage a eu lieu en Alberta alors que l’action se déroule au Wyoming, aux États-Unis. Dans les plans panoramiques montrant le paysage, des montagnes ont été redessinées. Lorsque les deux cow-boys, qui tombent amoureux l’un de l’autre, gardent des troupeaux de moutons, des bêtes ont été dupliquées.

Dans une scène de combat avec un taureau, un filet de bave dégoulinant de la gueule de l’animal a été rajouté. Autant d’éléments auxquels le spectateur ne pense pas et qui, pour des questions de réalisme, doivent apparaître invisibles.

Dans Wonderstruck, le film pour lequel Annie Godin s’est rendue à Cannes, un important travail a été fait par des modeleurs et des artistes en 3D pour faire ressusciter le Manhattan des années 1920 et celui des années 1970.

L’histoire se passe à ces deux époques. Un soin particulier a donc été porté sur la signalétique dans les rues de New York.

«On a dû parfois remplacer des buildings, effacer des traverses de piétons, des fils électriques et même changer le petit bonhomme rouge ou vert des lumières.»

Au cinéma, rien n’est laissé au hasard!

Une industrie en pleine expansion au Canada

L’industrie cinématographique est en plein boom au Québec, et à Montréal en particulier. La tendance s’observe depuis cinq ans.

Beaucoup de studios internationaux y ont ouvert des bureaux. De nombreux tournages y sont programmés. Cet été, l’équipe du prochain X-Men s’y installera. Ce sera la troisième fois pour cette saga entamée en 2000 et qui compte plusieurs opus.

Cet essor est le résultat du savoir-faire québécois, internationalement reconnu, et d’une politique provinciale. Le gouvernement offre un avantageux crédit d’impôt pour les productions étrangères.

Dans ce contexte, Annie Godin ne chôme pas. Après avoir travaillé pendant longtemps pour des boîtes de production, elle s’est mise à son compte.

«Je préfère. Les tâches ne sont pas les mêmes. Je ne suis plus sollicitée uniquement pour des parties d’un film. Je suis présente du début à la fin.»

Tout n’est pas toujours rose.

«C’est stressant de ne travailler qu’à contrat. Il y a la crainte que tout s’arrête et qu’on ne fasse plus appel à moi. Il y a aussi les ego des uns et des autres qu’il faut apprendre à gérer.»

Pour autant, celle qui a grandi près de Caraquet est toujours aussi passionnée.

«C’est très exigeant. Des fois, ça nécessite de mettre sa vie personnelle de côté, mais ça m’allume comme aucun autre domaine.»