La murale sur la résidence Lafrance soulève des questions

Wasp Elder a choisi le portrait historique de Molly Muise pour créer sa murale sur la résidence Lafrance à Moncton en effectuant des recherches sur l’histoire du Canada. L’artiste britannique basé à Berlin, qui a rencontré des descendants de la famille cette semaine, confie qu’il vit une expérience extraordinaire.

À peine complétée, la murale sur la résidence Lafrance fait déjà beaucoup jaser sur les médias sociaux. Des artistes ont soulevé des questions quant au processus ayant mené à la réalisation de ce projet.

Rémi Belliveau et Amanda Dawn Christie auraient souhaité que la voix autochtone se fasse entendre plus tôt dans ce projet et que la nature des consultations avec les Premières nations soit plus claire.

«Toutes les questions soulevées par la communauté artistique actuelle découlent du fait qu’aucune voix autochtone s’exprimait sur le sujet dans le communiqué de presse et les médias. Aujourd’hui, pour la première fois depuis l’annonce de la murale, j’ai entendu une perspective mi’kmaq. Il faut demeurer vigilant face à ces questions et s’assurer que tout le monde impliqué fait partie de la discussion», a partagé l’artiste Rémi Belliveau.

Patty Crow, une femme d’origine mi’kmaq qui travaille avec des étudiants autochtones, a suivi les travaux de Wasp Elder au cours des derniers jours. Elle confie qu’elle vit beaucoup d’émotions en ce moment. Pour elle, c’est tout simplement extraordinaire qu’un artiste britannique ait choisi le visage d’une Mi’kmaq comme sujet de son œuvre.

«La réconciliation est pour tout le monde, pas juste pour le peuple mi’kmaq. Je pense que le Festival Inspire a fait de grandes choses et Wasp Elder a fait son travail de recherche sur l’histoire du Canada. Je ne comprends pas certains commentaires sur les médias sociaux. Les Mi’kmaq ont vu le portrait et ils sont très excités par cette murale», a exprimé en entrevue Patty Crow.

«Le festival invite des artistes de partout dans le monde et je crois que c’est extraordinaire qu’un artiste britannique prenne le temps de faire des recherches sur l’histoire et les territoires mi’kmaq et qu’il choisisse de peindre une aînée de ce peuple», a-t-elle poursuivi.

Des représentants du peuple mi’kmaq qui ont rencontré l’artiste cette semaine lui ont remis un drapeau de leur nation. Il a également rencontré des descendants de Molly Muise. Wasp Elder raconte qu’il vit une expérience merveilleuse. En entrevue, il a précisé qu’il tient à ce que ses projets soient en lien avec la collectivité, l’actualité et l’histoire du pays hôte. C’est en faisant des recherches sur l’histoire du Canada et en contactant les responsables du Festival Inspire qu’il en a appris davantage sur l’histoire des Premières nations, un peuple souvent marginalisé. En naviguant sur Google, il a trouvé le portrait de Molly Muise. Comme elle avait aussi un lien avec le peuple acadien et que l’université est construite sur des terres ancestrales mi’kmaq, il a choisi de s’en inspirer pour rendre hommage aux femmes autochtones. Il devrait avoir terminé son œuvre mardi puisqu’il repart de Moncton.

Dans un esprit d’ouverture

L’historien Maurice Basque précise que la fédération qui représente les Premières nations du Nouveau-Brunswick ainsi que la communauté mi’kmaq de Fort Folly, près de Dorchester, ont été consultés avant d’entreprendre le projet. La direction de l’Université envisage d’organiser une cérémonie inaugurale lors de la rentrée universitaire. L’historien rappelle que cette murale est d’abord un projet artistique réalisé dans le cadre du Festival Inspire. Le comité de l’Université qui a accepté de prêter la façade de la résidence Lafrance au Festival a reçu trois propositions différentes soumises par des artistes invités par le festival.

«Avant toute chose, c’est une œuvre d’art qui se situe dans le contexte d’un festival qui comme dans d’autres villes à l’international, souhaite qu’on mette plus de couleurs dans une ville. À l’Université, dans les suggestions reçues, la direction a choisi une œuvre qui s’inspire beaucoup de cette photo historique de Molly Muise. C’est une bonne idée de ne pas mettre juste des Acadiens de l’avant, mais que ce soit une œuvre qui parle des Premières nations et qui nous regarde et qui nous fait parler aussi des Premières nations», a précisé l’historien et conseiller scientifique à l’Institut d’études acadiennes.

D’après M. Basque, cela porte déjà ses fruits puisque beaucoup de personnes posent des questions et veulent en savoir davantage sur la communauté de Bear River et sur Molly Muise. La photo de Molly Muise, qui relève du domaine public par son ancienneté, a déjà été choisie comme page couverture de certains ouvrages, a fait savoir l’historien. On estime que c’est la plus ancienne photographie connue d’un Mi’kmaq. Elle a vécu à Bear River en Nouvelle-Écosse au 19e siècle et elle aurait des origines françaises.

«Ce n’est pas de l’appropriation culturelle. L’histoire de l’Acadie est très liée avec celle des Amérindiens. Molly Muise est elle-même descendante d’un Français comme son nom l’indique, à plusieurs générations, et elle faisait partie de la communauté de Bear River (anciennement rivière Imbert) qui existe toujours aujourd’hui et qui n’est pas tellement loin de Port-Royal. C’est de cette région qu’était originaire le grand chef Membertou qui a accueilli les Français quatre siècles passés. Le hasard veut donc que cet artiste a choisi quelqu’un, dont les origines remontent à cette période-là, qui marque vraiment le tout début de l’histoire de l’Acadie», a-t-il conclu.