Comme un seul Grum: une pièce étonnante qui vaut le détour

C’est samedi qu’a eu lieu la première de Comme un seul Grum, coproduction de Satellite Théâtre et du Théâtre populaire d’Acadie. La pièce entamera une tournée du Nouveau-Brunswick en octobre prochain.

Le pari était audacieux. Une pièce de théâtre sans que les acteurs ne prononcent un mot pendant une heure quinze… avec pour remplacer les paroles la musique jouée en direct par une musicienne, les mouvements des acteurs et leurs mimiques exagérées.

Comme un seul Grum réussit son pari d’être une pièce cohérente et vivante. Les auteurs nous entraînent dans l’univers obsessif compulsif de Grum, un fonctionnaire «très moyen et très brun».

Rapidement, son univers devient de plus en plus angoissant. Le personnage misanthrope et mésadapté subit l’instabilité de son environnement chez lui ou au travail, sans jamais arriver à remettre les choses en ordre. Il perd le contrôle et la pièce est comme une longue dérape, qui se termine par une destruction quasi totale.

Une pièce qui captive

Nous avons assisté à la pièce dimanche, à la Boîte-Théâtre de Caraquet. Grum va comme un gant au comédien Mathieu Chouinard. L’acteur réussit à nous faire garder les yeux sur le personnage pendant toute la pièce.

Il détourne rarement son visage du public et le garde captif. Le jeu clownesque, le maquillage exagéré, le faux nez, les grosses lunettes et les habits bruns un peu loufoques sont indispensables pour maintenir l’attention.

«C’est de la séduction, un guet-apens, explique le metteur en scène Marc-André Charron. Quand quelqu’un regarde un personnage comme ça, il se dit qu’il n’est pas comme lui (…) alors il regarde ses mésaventures avec un oeil amusé». La pièce fait rire malgré la lourdeur du sujet, mais on rit parfois jaune.

Le jeu de Chouinard est appuyé par les acteurs Marylin Perreault et Martin Vaillancourt, plus en retrait, mais indispensables.

Pas de prêt-à-penser

Satellite Théâtre, fondée par Marc-André Charron et Mathieu Chouinard, roule sa bosse depuis plusieurs années au Nouveau-Brunswick. Leur nouvelle pièce se veut aussi une réflexion sur les conventions qui contrôlent nos vies.

La pièce n’est pas du prêt-à-penser, ce qui est rafraîchissant. Les auteurs ont voulu laisser de l’espace au public pour qu’il interprète lui-même le sens. La dernière scène est un gros point d’interrogation.

«Un spectacle sans paroles appelle à l’intelligence du spectateur, sans tomber dans l’intellectualisme. On s’adresse au cerveau reptilien», souligne Marc-André Charron.

C’est par le chaos et l’improvisation que la pièce a pris forme.

Les comédiens et l’équipe ont passé de longues heures à imaginer des jeux et des scènes. Marc-André Charron a ensuite nettoyé le tout et organisé la pièce. Le travail musical en direct de Geneviève D’Ortun, qui alterne plusieurs instruments, est un support essentiel et réfléchi.

Ce drôle d’objet qui vaut le détour sera en représentation à la Boîte-Théâtre de Caraquet les 28, 29 et 30 juillet. La troupe fera le tour du Nouveau-Brunswick en octobre après un passage à Ottawa.