Elle trouve un portrait de son fils près de 30 ans plus tard

La puissance de Facebook n’est plus à démontrer. Les utilisateurs y trouvent le pire comme le meilleur. Et le réseau social permet aussi d’élucider des mystères vieux de plusieurs années. L’artiste de Caraquet Raynald Basque en a récemment fait l’expérience.

Au début des années 1990, Normand Cormier lui a passé une commande. Il lui a remis une photo de son jeune fils, Normand Junior, lui demandant d’en faire un tableau. Le peintre s’est exécuté.

«Ça m’a pris une semaine. Je me souviens avoir beaucoup travaillé dessus. Je n’avais pas la même maîtrise des techniques qu’aujourd’hui», confie-t-il.

Le plus difficile fut le visage.

«Donner un air de ressemblance est le plus délicat. Surtout pour un enfant qui a les traits moins marqués qu’un adulte. Il y a moins de repères.»

Le portrait terminé, le peintre a attendu qu’on le lui réclame. Personne ne s’est manifesté. Raynald Basque l’a gardé avec lui. Les années ont passé.

«Chaque fois que j’ai déménagé, je l’ai emmené avec moi. Il est allé à Moncton, à Tracadie, à Caraquet… Je ne savais pas quoi en faire.»

Le mois dernier, son fils lui a suggéré de lancer un appel sur Facebook pour tenter de retrouver l’enfant ou ses parents. L’artiste a publié un message mi-juillet. Les réponses ne se sont pas fait attendre.

«J’ai eu plus de 4000 partages. Le Journal de Québec et Radio-Canada en ont parlé. Je trouve ça phénoménal.»

Il a été parfois induit en erreur. Des fausses pistes l’ont mené nulle part. Une jeune femme l’a finalement contacté, affirmant qu’il s’agissait de son frère. Après quelques échanges, le doute n’était plus possible: le tableau allait pouvoir être livré.

«Quand elle a vu la photo sur le web, ma femme a reconnu son fils. Elle s’est figée tout de suite. Elle en a eu des frissons», raconte Charles Bertin, parlant de Joanne Bertin Cormier, la maman du petit garçon.

La rencontre entre elle et le peintre s’est déroulée samedi. Raynald Basque lui a remis sa toile.

«Elle n’était pas au courant de la commande. Elle ne savait pas que le tableau existait. Son mari est décédé accidentellement peu après. J’ai compris pourquoi personne n’était venu le chercher. Une fois rentré chez moi, j’ai ressenti un curieux sentiment de soulagement, la sensation du devoir accompli.»

Joanne Bertin Cormier juge cette peinture à l’huile très réussie.

«Nous l’avons accrochée dans la chambre de Normand. Il la découvrira en rentrant d’Alberta où il travaille présentement. Il est saisonnier», révèle Charles Bertin.

Après avoir été trimballé d’un endroit à un autre, le tableau a pris place chez ses propriétaires, à Bathurst.

Plusieurs commandes

Raynald Basque reçoit encore des commandes de tableaux.

«J’en ai en moyenne deux par mois.»

Celles-ci proviennent principalement de personnes domiciliées au Nouveau-Brunswick, parfois au Québec ou en Ontario. En majorité, il s’agit de portraits, mais cela peut s’illustrer dans un tout autre registre.

«On m’a déjà demandé de reproduire une maison qui n’existe plus ou des animaux de compagnie. Une femme voulait que je lui peigne la scène d’un rêve qu’elle avait fait. Un monsieur aimerait que je réalise pour lui une grande fresque représentant la Déportation des Acadiens.»

À l’heure où il est plus que jamais facile d’immortaliser un moment ou un paysage à l’aide de nos téléphones intelligents, certains sont encore attachés aux tableaux.

«Ça apporte une valeur supplémentaire comparé à une photo.»

Selon la taille de la toile et le nombre d’éléments à reproduire, la réalisation d’une peinture prend de une semaine à un mois. Côté prix, comptez entre 1000$ et 3000$.