Vers un quartier des spectacles à Moncton

Dans l’ensemble, les responsables des organismes culturels du centre-ville de Moncton accueillent favorablement la nouvelle vocation artistique qu’aura l’ancienne école Moncton High. Ils émettent par contre des inquiétudes quant à l’avenir du financement des infrastructures existantes.

Racheté par Heritage Developments, l’édifice patrimonial sera transformé, en partie, en centre des arts. Le directeur du Centre culturel Aberdeen, René Légère, suit de très près le dossier de l’école Moncton High depuis le début. À son avis, l’arrivée de nouveaux espaces culturels, incluant une salle de concert, contribuera à créer un quartier des spectacles dans cette région de la ville.

«Avec Aberdeen, le théâtre l’Escouette et Moncton High qui sont dans un rayon d’environ 500 pieds, ça devient un espèce de quartier des spectacles que je trouve intéressant», a affirmé René Légère qui voit cette salle comme un lieu propice pour y présenter une partie de la programmation du Festival Acadie Rock.

La salle de spectacle de l’école Moncton High qui sera réaménagée comprendra environ 1000 sièges, ce qui diffère de la salle Bernard-LeBlanc qui peut accueillir tout au plus 200 spectateurs. M. Légère précise que le Centre culturel Aberdeen a un problème d’espace majeur. Chaque année, ils doivent refuser des artistes qui souhaitent y installer leur studio.

«Nous n’avons vraiment pas de possibilité parce que les artistes qui sont ici demeurent. J’espère qu’une partie de Moncton High sera réservée pour des studios d’artistes parce qu’il y a vraiment un besoin.»

À quelques pas de l’école Moncton High et du Centre Aberdeen, se trouve le théâtre l’Escaouette. À première vue, la directrice du théâtre, Marcia Babineau, salue de façon positive cette nouvelle. Elle se réjouit de voir le secteur culturel prendre de plus en plus d’importance dans la ville. Toutefois, elle s’inquiète du financement disponible pour l’ensemble des infrastructures culturelles de la région.

«Pour nous, ça ne va pas changer grand-chose dans le sens qu’on a une petite salle et nous faisons de la création. En terme de concurrence, ça ne va pas nous toucher directement. C’est juste que je me demande comment la ville de Moncton va soutenir tout ça alors qu’elle peine à soutenir les organismes existants», a exprimé Mme Babineau.

Celle-ci mentionne que le théâtre l’Escaouette figure parmi les compagnies de théâtre au pays les moins soutenues par sa municipalité, en terme de pourcentage de son budget.

«Si on compare avec les autres compagnies au Canada, elles sont beaucoup plus soutenues par leur municipalité. On sait que c’est facile de faire la rénovation de ces infrastructures. Nous avons fait ça en 2004, mais on a toujours eu assez de difficulté par la suite parce que le financement n’a pas augmenté d’aucun palier sauf du gouvernement fédéral», a expliqué Mme Babineau.

Du côté du Théâtre Capitol, la directrice générale Kim Rayworth applaudit ce nouveau projet culturel dans la ville.

«Nous avons toujours cru que plus il y a de salles de spectacles, plus il y a de moments et d’occasions pour vivre des expériences artistiques et culturelles. Cela crée une région et une communauté où les gens baignent dans la culture. On est super content que ce soit le secteur culturel et artistique qui aura l’occasion de créer des projets. Nous sommes fiers de voir que les gouvernements voient l’importance que joue notre secteur dans la communauté pour l’économie et la vie du monde», a commenté la directrice de cet établissement du centre-ville.

Mme Rayworth attend avec impatience plus de détails sur le projet qui est actuellement en développement. Celle-ci souligne que l’entreprise Heritage Developments s’était aussi chargée des travaux de rénovation au Capitol, il y a près de 25 ans, quand la Ville a racheté l’immeuble abandonné pour en faire un centre des arts de la scène.

«Si quelqu’un regardait dans les archives il y a 25 ans, on verrait qu’il y avait plusieurs personnes qui questionnaient la valeur de s’approprier le Capitol pour faire une salle de spectacle où les gens pourraient vivre des expériences culturelles.»
Celle-ci demeure convaincue que chacune des salles de spectacle a trouvé son créneau même si l’offre culturelle est élevée.

«Nous sommes tous là pour travailler dans le même secteur et pour faire en sorte qu’on vit dans une ville excitante.»
Quand le Casino à Moncton a ouvert ses portes, il y a quelques années, le Théâtre Capitol a continué d’avoir du succès, assure la directrice.

«Notre salle reste quand même unique et elle a une réputation assez bonne dans la communauté. Avec ce nouveau centre, il y aura des chances pour développer d’autres projets. Quand on voit comment le centre-ville se revitalise, on est vraiment content d’être au milieu de tout ça. Il y a quand même une population en augmentation dans le Grand Moncton», a poursuivi Kim Rayworth.

Or, les intervenants espèrent que les bailleurs de fonds maintiendront leur appui financier aux organismes existants et que les programmes de financement gouvernementaux continueront de reposer sur des critères de qualité artistique.

Le ballet-théâtre: encore  quelques détails à régler

Pressenti comme un des futurs locataires du nouveau centre des arts aménagé dans l’ancienne école Moncton High, le Ballet-théâtre atlantique du Canada est toujours en pourparlers avec les promoteurs, afin de finaliser les détails du projet. Ils doivent, entre autres, discuter de l’échéancier des travaux de rénovation.

«C’est notre objectif d’aller à Moncton High, mais il serait prématuré d’annoncer notre déménagement», a indiqué la présidente-directrice générale du BTAC, Susan Chalmers-Gauvin.

Si la compagnie veut déménager, c’est surtout en raison du manque d’espace dans ses locaux actuels sur la rue Highfield. Quand ils ont fondé le programme d’éducation et de résidence d’artistes, ils n’avaient aucune idée de l’ampleur que ces nouvelles initiatives allaient prendre. Ils ont maintenant 75 élèves dans leurs studios chaque jour, en plus des artistes de la compagnie.

«Moncton High serait idéal parce qu’il y a un très grand gymnase à l’arrière qui nous permettrait d’avoir cinq studios, ce qui nous permettrait d’élargir notre programme d’éducation et d’artiste en résidence. C’est très excitant», a-t-elle poursuivi.

De plus, il y a la scène de la salle de spectacle qui pourrait accommoder les plus grandes productions de la compagnie comme les présentations du programme d’éducation qui rassemblent parfois jusqu’à 135 danseurs. La compagnie n’a pas l’intention de gérer la salle, mais d’en faire la location pour certaines productions.

«Le Théâtre Capitol est merveilleux pour certaines représentations, mais pour d’autres c’est un peu petit.»

La compagnie louait aussi parfois le Centre Wesleyan, mais Mme Chalmers-Gauvin précise que cet établissement n’est pas une salle de spectacle proprement dite. La grande patronne du BTAC estime que d’ici un mois, ils auront une meilleure idée de la situation. Celle-ci rappelle que l’ancienne école a suffisamment d’espace pour accueillir plusieurs locataires du domaine culturel, pas seulement le BTAC. Un comité consultatif des arts a été mis sur pied par le groupe MH Renaissance à cet égard.