Fonds Germain-Blanchard: des occasions d’échanges pour les artistes acadiens

En octobre 2015, à l’issue de son bien-cuit, l’ancien maire de Caraquet, Germain Blanchard, encore très impliqué dans sa communauté, lançait un fonds d’aide pour la création artistique dans la Péninsule. Où en est-il? Que devient-il? Éléments de réponse avec son fondateur.

«Nous visons les 250 000$. Pour l’instant, nous en sommes à 11 500$», révèle Germain Blanchard.

Dès l’an prochain, il espère allouer les premières aides financières aux artistes.

«Ce sera des petites sommes pour commencer: 500$ ou 1000$.»

L’ancien élu projette d’organiser au moins un événement par an pour renflouer son fonds, à l’image du bien-cuit du sénateur René Cormier. Celui-ci a eu lieu mi-septembre. Il a rapporté plusieurs milliers de dollars.

Investir dans la culture, Germain Blanchard y croit fermement.

«C’est rentable et ça engendre d’importantes retombées pour notre communauté. On le voit avec le Festival acadien, le FAVA (le Festival des arts visuels en Atlantique) ou les créations du Théâtre populaire d’Acadie.»

Le Fonds Germain-Blanchard n’est-il qu’un puits de subventions parmi tant d’autres? Pas tout à fait, puisqu’il vise spécifiquement à encourager la résidence d’artistes. Il va de pair avec une initiative imaginée fin 2015, elle aussi, et qui continue à se mettre en place: Les Hangars.

«Notre volonté est d’encadrer les résidences d’artistes qui se font dans la Péninsule acadienne et de créer un réseau. On a l’expérience, on a les professionnels. On a tout ce qu’il nous faut. Le Fonds Germain-Blanchard sera notre source de financement», déclare Jonathan Roy, le directeur de la commission culturelle de Caraquet.

Elles ne sont pas nécessairement mises en avant, mais des résidences d’artistes, il y en a déjà.

«Le Gala de la chanson est une forme de résidence. Lors du dernier Festival acadien, le défilé des grands escogriffes qu’on a vu pendant le Tintamarre du 15 août est le résultat d’une résidence d’artistes», précise Jonathan Roy.

Mais pourquoi vouloir développer les résidences d’artistes? Le responsable de la commission y voit un intérêt certain.

«Ça ramène et centralise la création artistique.»

Pour René Cormier, «c’est un moteur de rétention culturelle, une stratégie de développement qui a des impacts sur le plan économique et social, et sur celui de la vitalité culturelle». L’artiste aujourd’hui sénateur regrette que les questions liées au financement de la culture soient mal perçues.

«Certains les considèrent comme des dépenses inutiles. C’est au contraire un investissement. La culture est un outil qui permet le rayonnement d’une région. Si l’Acadie est ce qu’elle est aujourd’hui dans le monde, c’est grâce à sa culture.»

Partir en résidence est-il utile ou un luxe d’artiste? Jonathan Roy, poète à ses heures, et René Cormier témoignent des bienfaits de l’expérience.

«L’artiste se retrouve dans un contexte entièrement dédié à la création. C’est stimulant. Ça crée des rencontres. C’est enrichissant. Il faut être à l’affût de ce qui se fait ailleurs pour ne pas tourner en rond», confie le premier.

Au début des années 2000, René Cormier s’est rendu en Belgique. Il a passé deux semaines à Bruxelles, invité par le Théâtre du papyrus. De cette collaboration est né le spectacle La Petite ombre qui a été joué en Europe et au Canada.

«J’en suis revenu avec plein d’idées qui m’ont permis d’améliorer mon art, raconte-t-il. Ça m’a ouvert bien des portes par la suite. Sur le plan artistique, je me suis épanoui grâce à ça.»

Le large mandat de la Fondation communautaire de la Péninsule acadienne

Le fonds Germain-Blanchard est un des 28 fonds développés au sein de la Fondation communautaire de la Péninsule acadienne, mise en place il y a 14 ans. Santé, économie, culture… Chacun a son champ d’application.

Ensemble, ils représentent 2,5 millions $. Le fonds d’entraide est le plus populaire.

«C’est celui qui a fait connaître la fondation, dont je suis le président, parce qu’il touche directement la population», renseigne Germain Blanchard.

Il permet d’aider les personnes installées dans la Péninsule qui ont besoin de se déplacer pour se faire soigner.

«Se rendre à l’hôpital de Montréal ou d’Halifax coûte cher. Et pourtant, certains n’ont pas le choix.»

Les demandes pour bénéficier de ce coup de pouce financier ne diminuent pas.

«En 2016, on avait 72 000$ de disponible. Compte tenu de toutes les sollicitations qu’on reçoit, il nous faudrait quatre fois cette somme pour contenter tout le monde.»

Dans de telles conditions, les gérants du fonds ont été contraints de mettre en place des critères d’obtention. La demande est automatiquement accordée au bout de la quatrième fois, pas avant.

«Mais ce n’est pas satisfaisant d’agir comme ça», déplore M. Blanchard.