Raôul Duguay: au-delà du personnage

Raôul Duguay, personnage flamboyant, est une sorte de spectacle incarné multicolore et permanent qui assume pleinement son côté théâtral et déjanté. Celui qui fait trotter ou lever le coude sur La bittt à Tibi depuis des générations, qui décoiffe sa plume aussi bien dans sa poésie que dans ses chansons, transforme la matière en des oeuvres sculpturales ou picturales teintées de sensualité, d’énergie brute, d’originalité.

Mais au-delà de personnage qu’il revendique malgré tout comme faisant partie intégrante de sa personnalité, Raôul Duguay est avant tout un homme sensible et affable qui met son art et son excentricité au service de son message de liberté et de joie de vivre. En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, le sympathique artiste multidisciplinaire assure qu’il n’y a aucune contradiction entre la personnalité publique que les gens connaissent et l’être humain qu’il est.

«J’utilise une stratégie théâtrale pour être comestible et pour qu’on m’écoute. Mais c’est certain que si je fais un spectacle avec 10 personnes, je vais m’arranger pour qu’on retienne mon nom.»

Mais Raôul Duguay assure qu’il ne jette pas sa délicieuse folie à tous vents et pour n’importe quoi. L’artiste se veut cohérent en toutes circonstances et se décrit comme un être résolument authentique.

«Ça va m’arriver de me mettre un panache de chevreuil sur la tête sur scène, mais il y a de l’humour et de l’authenticité dans ce que je fais. Mon personnage est pertinent dans la mesure où il n’atrophie pas la proclamation de mon discours. Tout ça est très structuré et en conformité avec qui je suis réellement», appuie-t-il avec un ton à la fois jovial et insistant.

Il reconnaît toutefois que, comme le veut le dicton, l’arbre peut parfois cacher la forêt… C’est d’ailleurs pourquoi, en collaboration avec Louise Thériault, il se dévoile dans un nouveau livre justement intitulé Raôul Duguay, l’arbre qui cache la forêt, publié aux Éditions du CRAM.

«L’arbre, c’est bien sûr La bittt à Tibi, mon seul hit en carrière malgré le fait que j’aie plusieurs autres albums à mon actif. La forêt, c’est des grands pans de mes 50 ans de carrière ainsi que des secrets que je livre en toute simplicité pour que les gens comprennent que derrière le créateur, il y a quelqu’un de sensible, qui n’a pas toujours eu une vie facile, mais qui est aujourd’hui heureux et libre.»

Son enfance à la fois heureuse et douloureuse en Abitibi – lui qui est né d’un père gaspésien et d’une mère acadienne devenu orphelin assez jeune -, ses études à Chicoutimi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et sa première vision poétique en parcourant le vieux Pont de Québec; autant de pans de vie composant le portrait d’un homme touchant, enraciné et qui mord dans la vie à pleines dents. En outre, un Québécois nationaliste et très fier de ses origines acadiennes, lui qui dit avoir baigné dans l’amour de sa mère, une Gauvin native de Paquetville, tout sa vie durant.

«L’Acadie est aussi très ancrée en moi. Le Salon du livre de la Péninsule acadienne m’a donné l’occasion, pour la première fois, d’explorer mes origines sur la terre même de mes ancêtres. J’en suis très content et je trouve énormément d’affinités avec les Acadiens. Je suis aussi surpris de constater à quel point il y a beaucoup de Duguay, alors que j’aurais plutôt cru voir davantage de Gauvin», souligne Raôul Duguay dans un léger fou-rire.

«Omnicréateur»

Chanson, poésie, peinture, sculpture, théâtre à grand déploiement… Raôul Duguay a touché à tout en un demi-siècle de création. Son site internet, raoulduguay.net, est une véritable galerie à ciel ouvert, dans laquel on retrouve un très large panorama de ses oeuvres en différents formats, certaines, comme nombre de ses chansons, téléchargeables gratuitement.

Une oeuvre riche, fascinante, toujours foisonnante et en évolution. Raôul Duguay admet volontiers que les zones qu’il n’a pas touchées sont rares. A-t-il eu peur de d’être redondant, de perdre ce souffle qui l’anime jour et nuit? Oui assurément, nous confie-t-il.

Que faire alors lorsqu’on a à peu près tout fait, à peu près tout dit? Raôul Duguay a trouvé une façon originale de se renouveler et de réactualiser son oeuvre: un projet multiforme baptisé L’Étoile.

«Je touche à quatre formes d’art en simultané. Je peins sur toile, j’écris ensuite des vers sur lesquels je mets de la musique et je réalise ensuite une sculpture sur le même thème. Je suis un ‘‘omnicréateur’’, en quelque sorte, motivé par une vision unificatrice de mon art. Je m’autotraduis, je convertis ma création en mots, en couleurs et en formes», explique l’artiste multidisciplinaire pour qui, au demeurant, la création est un puits sans fonds.

«Je suis un architecte, un chercheur qui trouve et un trouveur qui cherche encore. C’est un processus infini», déclare Raôul Duguay.