Vers un réseau musical féminin?

Le projet de créer un groupe de femmes qui œuvrent en musique au Nouveau-Brunswick commence à germer. L’idée a été lancée lors d’une rencontre sur l’industrie de la musique au féminin présentée dans le cadre des conférences du Festival (506) à Moncton.

Cinq femmes qui travaillent dans le domaine de la musique – que ce soit comme artiste, agente de booking, directrice de festival, ingénieure de son ou encore imprésario – ont partagé leurs expériences lors d’une rencontre organisée par Musique NB vendredi. Plusieurs personnes ont assisté à ce forum, principalement des femmes. Si elles se passionnent pour leur métier, il reste qu’elles doivent souvent composer avec le sexisme et des idées préconçues. Elles notent qu’il y a bel et bien de la discrimination dans le milieu musical, comme dans d’autres domaines où les femmes sont en minorité.

En table ronde, elles ont partagé des situations vécues, comme la fois où la chanteuse de Motherhood, Penelope Stevens, s’est fait retirer sa guitare des mains par un technicien croyant qu’elle ne saurait pas comment s’y prendre pour la fixer et la brancher afin d’avoir la bonne sonorité. L’ingénieure de son Leah Timmins, qui travaille chez Sonic Concerts à Halifax, confie qu’elle a eu souvent à confronter le regard des gens du milieu qui se demandent si elle peut vraiment faire ce métier.

Après des études en science, Leah Timmins qui a toujours été une passionnée de musique s’est tournée vers le son. Elle n’a jamais été dans une école de musique et elle a appris par elle-même avec des gens qui l’ont appuyée. Même chose pour bien des travailleuses de l’industrie de la musique. Toutes s’entendent pour dire que les études ne peuvent pas remplacer la pratique sur le terrain.

Christine Dubé qui travaille comme agente de booking à l’agence Le Grenier Musique a fait des études en philosophie, tandis que Jacynthe Plamondon-Émond, qui possède aujourd’hui sa propre entreprise InTempo Musique, a fait des études en cinéma. Après avoir travaillé pour d’autres, elle a eu envie de fonder sa propre entreprise.

«Plusieurs femmes sont souvent les numéros deux dans les compagnies et elles travaillent très fort. Une chance que j’ai eu des femmes extraordinaires autour de moi pour me lancer dans l’aventure. Ça prend quand même du cran», a-t-elle raconté.

Selon celle-ci, les femmes dans l’industrie musicale sont moins compétitives et ont davantage tendance à échanger de l’information. Les femmes ont dit ressentir de la pression pour se surpasser. Contrairement à leurs collègues masculins, elles ont parfois de la difficulté à dire non. Christine Dubé a confié qu’elle a déjà songé à troquer son prénom pour Chris dans ses courriels quand elle communique avec des diffuseurs et des programmateurs.

«Quand ils se rendent compte qu’ils doivent négocier avec une jeune femme, le ton change parfois et ils ne veulent pas toujours négocier avec des femmes», a expliqué l’agente de booking.

La voix des femmes est souvent moins entendue que celle des hommes, constate Pauline Abel de l’agence Le Grenier musique qui a lancé l’idée de créer une association provinciale de femmes qui œuvrent en musique, un peu comme Femmes en musique au Québec.

«C’est bien de voir qu’il y a une solidarité. On en parle et j’espère et que ça va continuer et qu’il y aura du réseautage entre femmes pour s’outiller. Inconsciemment, la société dit aux femmes qu’elles ont leur place nulle part sauf au foyer ou en éducation. Il faut déconstruire ça et avec ce genre de femmes inspirantes, ça peut amener justement les jeunes filles à penser qu’elles ont droit à leur place comme les hommes», a conclu Mme Abel.