Tristan Demers: Gargouille pour garder l’enfant en lui vivant

Trente-quatre ans après sa naissance, Gargouille a toujours une bonne mine. Son «père», Tristan Demers, ne se lasse pas de le dessiner et de le mettre en scène dans des situations loufoques, pour le grand plaisir des petits et des grands.

Pourtant, le bédéiste lui-même avoue avoir du mal à croire qu’il traîne son personnage fétiche dans sa tête et ses crayons depuis aussi longtemps. En entrevue avec l’Acadie Nouvelle lors de son récent passage au Salon du livre de la Péninsule acadienne, Tristan Demers confie que, même dans ses rêves les plus fous, il ne pensait pas connaître une aventure aussi longue et féconde avec son sympathique et bedonnant personnage, que deux générations connaissent désormais.

«Franchement, je ne m’attendais pas du tout à ce que ça dure 34 ans quand je l’ai dessiné pour la première fois, à l’âge de 10 ans. Pour moi, Gargouille, c’est un peu comme un vieux coloc. Il fait tellement partie de ma vie que j’ai développé une espèce de relation amicale avec lui», souligne le bédéiste.

«Le plus plaisant, ajoute-t-il, c’est que la boucle est vraiment bouclée. Mes anciens lecteurs sont devenus parents et font découvrir Gargouille à leur tour à leurs enfants. C’est vraiment incroyable comme expérience, quand on y pense.»

Tristan Demers – Acadie Nouvelle: Martin Roy

Quand son personnage est né alors qu’il était enfant, Tristan Demers a su immédiatement qu’il tenait quelque chose de grandiose. Dès sa création, Gargouille a connu du succès à travers les salons du livre, avant d’apparaître à la télé quelques années plus tard. Son rondouillard ami à la panse bien remplie lui a également permis de confirmer sa passion pour le dessin.

«Je n’ai jamais douté que j’allais être dessinateur toute ma vie. Évidemment, quand on devient bédéiste, comme le marché ici est plus petit comparativement à celui en Europe, il faut être polyvalent. C’est ce qui m’a notamment amené à faire de la télévision, comme chroniqueur et dessinateur dans des émissions pour enfants. J’ai aussi contribué à ce que la BD devienne un outil pédagogique, ce qui est assez nouveau», souligne Tristan Demers.

Si aujourd’hui le dessinateur multiplie les projets et a créé, au fil du temps, d’autres bandes dessinées, comme les séries Cosmos Café ou Les Minimaniacs, Gargouille demeure néanmoins solidement dans son univers.

Or, il arrive parfois que, un peu quand on est en couple avec le ou la même partenaire depuis longtemps, la relation s’essouffle un peu.

«C’est vrai que je suis venu un peu saturé de Gargouille, il n’y a pas si longtemps. C’est un peu pour ça que je vais le réactualiser. Je vais lui faire faire un petit relooking bientôt. Il va notamment perdre sa cravate. Il va être un petit peu plus à la mode d’aujourd’hui et comme ça, je vais conserver mon plaisir de le dessiner.»

Car Tristan Demers a encore beaucoup d’entrain à réimager Gargouille dans de nouvelles aventures. Même pendant ses dédicaces, le bédéiste dessine son personnage avec vigueur. Il le traîne aussi dans les écoles.

On peut difficilement quitter son premier amour… surtout que Gargouille lui permet de garder l’enfant qu’il fut, jadis et naguère, bien vivant et qu’il refuse de voir grandir.

«Chaque fois que je dessine Gargouille, il y a quelque chose qui me rappelle le p’tit gars que j’étais lorsque je l’ai créé et qui dessinait pour jouer. À travers ses histoires, Gargouille est un peu l’enfant que j’étais et qui n’est jamais très loin de ce que je suis devenu, même encore aujourd’hui», déclare avec un large sourire celui qui est lui-même papa de jeunes enfants.

Son personnage lui a aussi permis d’ouvrir ses horizons et de patauger dans tout plein de projets, entre autre à Radio-Canada récemment avec les capsules Desinnatruc et Transformatruc, ainsi que des collaborations comme dessinateur pour des jouets populaires et vendus à l’échelle internationale.

«Gargouille m’a permis de parcourir le monde, de rencontrer des milliers de jeunes et plusieurs auteurs de tous les horizons et de faire plein d’autres choses. Il a été et demeure à ce jour le plus beau prétexte de ma vie», exprime un Tristan Demers ému.

Sur internet: le site officiel de Tristan Demers (www.tristandemers.com)