Dans l’imaginaire des romanciers historiques

Si certains doutent de l’imaginaire des romanciers historiques, l’auteure Louise Lacoursière assure que pour arriver à joindre l’histoire et la fiction, cela nécessite beaucoup d’imagination.

Le Salon du livre de Dieppe a présenté une table ronde sur le roman historique samedi. Animée par Manon Levesque, cette discussion a rassemblé trois romanciers historiques, Anne-Marie Couturier, Alain Dubos et Louise Lacoursière, l’essayiste Victorin Mallet, ainsi qu’une romancière d’actualité, Jocelyne Mallet-Parent. Alain Dubos a lancé le débat par une boutade laissant entendre que le couple historien et romancier est parfois infernal. Mais dans l’ensemble, tous s’entendent pour dire qu’ils font bon ménage.

«Je trouve que le couple historien et romancier est très bien assorti puisque l’historien est dans le détail et le romancier est dans l’imaginaire. Il doit toucher aux émotions», a commenté Jocelyne Mallet-Parent.

La romancière native de Tracadie, qui vient de publier Basculer dans l’enfer, s’est plutôt inspirée de l’actualité pour écrire son livre qui porte sur la radicalisation et le terrorisme. Elle a dû mener beaucoup de recherches, un peu comme le font les romanciers historiques.

Pour chaque livre, l’élément déclencheur peut varier. Anne-Marie Couturier a raconté que c’est par un devoir de mémoire affectueux qu’elle a écrit sa trilogie sur la famille Plourde du Madawaska. Elle a voulu aussi rendre hommage à sa mère et à toutes les femmes formidables de sa vie.

«Le personnage qui m’a le plus habité, c’est celui de Flavie Plourde qui est calqué sur la vie de ma mère», a confié la romancière qui avait apporté avec elle un article de journal publié en 1966 relatant le premier don d’organe au Nouveau-Brunswick. Sa mère, qui a donné ses yeux, est la première personne à avoir fait un don d’organe dans la province.

Pour Louise Lacoursière, c’est le documentaire L’empreinte traitant de l’influence des Premières nations sur la culture française qui a été la source d’inspiration de son roman L’Amérindienne. Victorin Mallet a écrit son ouvrage Évidences des communautés métisses autour de la Baie-des-Chaleurs à la suite de recherches généalogiques sur sa famille.

«Quand j’étais petit garçon à Shippagan, on disait que les Mallet étaient des descendants des sauvages. Ça m’est resté et après, j’ai fait des recherches sur ma généalogie afin de démontrer qu’il y avait bel et bien des communautés métisses.»

Victorin Mallet assure que tout ce qui a été écrit dans son livre a été vérifié et contre-vérifié. Les romanciers soutiennent aussi qu’un grand souci d’exactitude sous-tend leur écriture.

Louise Lacoursière a passé quelque temps chez les Abénakis afin d’écrire son roman.

«Comme romancier historique, on doit arriver à oublier nos réflexes d’enseignants pour aller dans la romance. Il faut se connecter à l’émotion des personnages.»

L’auteur et médecin français Alain Dubos, qui a écrit plusieurs romans sur l’Amérique française, estime qu’il est bien évident que le romancier ne doit pas tricher même s’il invente une histoire.

«Que ce soit sur l’Acadie, Louis Riel, la révolte des patriotes ou la Louisiane, ces événements sont déjà des romans en soi. Le romancier peut se permettre de s’amuser, mais il ne peut pas tricher avec la vérité et l’âme des gens. On peut créer autour de la vraie histoire», a-t-il mentionné.

Alain Dubos ajoute qu’il a écrit ses livres pour les lecteurs français qui ne connaissent pas l’histoire de l’Amérique française parce qu’elle n’est pas enseignée à l’école.