À la rencontre des nonnes du Bhoutan

Pendant trois semaines, la photographe et auteure Martine Michaud a enseigné le yoga dans une nonnerie au Bhoutan, au cœur de l’Himalaya. Elle relate cette expérience qui l’a profondément marquée dans un nouveau récit photographique Héritières de Bouddha.

Native de Drummond, dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick, Martine Michaud habite aujourd’hui à Montréal. Après avoir fait une carrière comme professeure de littérature, elle a choisi la voie de la photographie. Elle parcourt la planète à la recherche de petits joyaux de la civilisation.

«Il faut que je trouve un coup de cœur qui vaille la peine de faire un livre. Je cherche des gens qui ont réussi à conserver leur culture malgré la mondialisation et qui ont quelque chose d’unique», a partagé l’auteure qui était de passage à Dieppe afin de présenter sa nouvelle publication.

Elle a publié un premier livre sur le Bhoutan en 2015. Ce petit pays himalayen de culture bouddhiste, surnommé le royaume du dragon tonnerre, aux paysages à couper le souffle, est reconnu pour être la patrie du bonheur. Lors d’un premier voyage en 2012, Martine Michaud a rencontré la fille de la sœur du roi, dont la grand-mère avait contribué à la création d’un monastère, c’est-à-dire un monastère pour les nonnes bouddhistes. Martine Michaud se cherchait alors un projet de bénévolat afin de revenir au Bhoutan et visiter une autre partie de ce pays. Pratiquant le yoga depuis plus de 20 ans, elle a donc proposé d’aller enseigner le yoga à la nonnerie, bien que les nonnes ne s’adonnent pas à cette discipline. Ce n’est pas dans la tradition tibétaine et bhoutanaise. Trois mois plus tard, elle prenait la route vers le Bhoutan pour aller enseigner le yoga au monastère Shéchèn Orgyen Chödzong. Elle a reçu aussi l’autorisation de prendre toutes les photos qu’elle voulait et d’entrer dans l’intimité de leur demeure.

«Y a pas un touriste qui est allé dans cette nonnerie. C’est un pays photogénique. J’étais intéressée de voir comment on se sentait dans un pays bouddhiste. C’est le pays du bonheur national brut. C’est eux qui ont inventé ce concept basé sur le développement durable, le respect de l’environnement, de la culture nationale et la bonne gouvernance de l’État sans corruption.»

Des images saisissantes

Tous les matins, elle partait de la capitale pour se rendre au monastère y donner ses sessions de yoga. Elle a initié 40 femmes au yoga. Pendant la journée, elle les a suivies dans leurs activités quotidiennes, leur méditation, leur prière et leur repas.

«C’était très drôle le premier matin quand je suis arrivée. Elles sont arrivées toutes gênées dans la salle de cours. Elles n’avaient que leurs grandes jupes rouges, pas legging ni de tapis de yoga. Il a fallu que j’adapte vite ma leçon. Je leur ai montré quand même quelques positions comme le chien tête baissée. C’était la rigolade et la glace était cassée.»

Les nonnes lui ont raconté leur histoire. Dans le livre, elle relate plusieurs de leurs histoires, entrecoupées de passages explicatifs sur l’historique du monastère et les grands principes de leur bouddhisme. Ces femmes sur le toit du monde consacrent leur vie à la méditation et à la paix.

«Elles ne méditent jamais en pensant à elles-mêmes. C’est toujours dans une approche pour les autres et pour la paix dans le monde. Elles disent qu’elles restent là parce qu’elles ne pourraient pas se consacrer à une approche plus collective et universelle en étant mères de famille ou en travaillant dans un bureau parce que selon elles, être dans la vraie vie ne donne pas le temps d’étudier toute la connaissance bouddhiste qui permet de bien comprendre son état d’esprit. Tout est tourné vers l’altruisme, la compassion, l’empathie et une approche universelle.»

La collection de photographies est touchante et saisissante, révélant la simplicité de leur vie et l’intensité de leur regard. Rares sont les voyageurs qui arrivent à s’intégrer dans un village et une communauté afin de partager des activités avec eux. Martine Michaud a quitté ce lieu avec beaucoup d’émotions.

«En fait, ce que ç’a provoqué chez moi, c’est un questionnement sur la bonté humaine. C’est loin d’être donné. Ce n’est pas vrai que les humains sont si foncièrement bons que ça. Évoluer vers ça, c’est un chemin. J’ai appris qu’on doit apprendre à comprendre comment notre esprit fonctionne et être capable de l’observer, d’où les heures de méditation.»

Il semblerait que les nonnes ont continué à pratiquer le yoga après son départ. Signées Mishô, les photographies de Martine Michaud sont présentées dans diverses expositions depuis 2010. Le moine bouddhiste Matthieu Ricard, proche conseiller du Dalaï-lama, signe la préface du livre. Son ouvrage publié aux Éditions MishôPhoto est disponible en librairie.