Dans l’univers des poètes et slameurs

Forme de poésie peu répandue en Acadie, le slam offre un élément de spontanéité et de performance nécessaires à l’expression d’un peuple, estime le slameur Sébastien Belzile, qui assure la direction artistique du spectacle Slam qui peut!

Danseur, comédien, l’intervenant culturel originaire d’Edmundston pratique le slam de façon soutenue depuis environ 2000. Établi à Sydney au Cap Breton, il débarque à Moncton afin d’assurer la direction du spectacle Slam qui peut! dans le cadre du premier Festival international de slam/poésie en Acadie. Si le slam est un peu moins pratiqué en Acadie, il reste qu’il s’agit une forme artistique incontournable d’expression, considère M. Belzile.

«Après avoir dansé et été sur scène, il reste encore cette envie de dire quelque chose de soi qui ne passe pas à travers un filtre, qui n’est pas emprunté d’un contexte autre que celui dans lequel je me retrouve. Ça se peut que j’ai écrit 45 textes avant de venir ici pour en faire peut-être quatre et peut-être que je vais écrire un slam dix minutes avant le spectacle», a expliqué le slameur.

Événement performatif, contrairement au théâtre qui prend parfois des semaines et des mois à préparer, le slam est dans l’urgence, la spontanéité avec un élément déstabilisant. Cette forme d’art qui s’est fait connaître notamment par Grand Corps Malade, a pris naissance dans les bars de grandes villes aux États-Unis et en France. Selon Sébastien Belzile, c’est l’amour des mots qui relient tous les artistes qui prennent part au festival. D’ici à samedi, il travaillera avec cinq artistes de l’Acadie et du Québec afin de créer ce spectacle qui comportera une bonne dose de franc-parler, de liberté et de surprises.

«Ce sont des artistes qui viennent de différents milieux, mais ils ont tous ce désir de se raconter à travers les mots. Mon travail est de faire en sorte que je les pousse encore plus loin dans l’écriture, dans le désir de se montrer sur scène d’un point de vue performatif. On veut sortir du côté plus formel des soirées de poésie et aller vers cette obstination de s’exprimer dans le moment présent, dans une urgence qui fait en sorte que le slam est vivant et actuel.»

D’après l’artiste, la raison d’être d’un festival comme celui qu’organise le Conseil provincial des sociétés culturelles, est de permettre d’enraciner une culture et d’aller voir derrière les mots et les accents. Dans un milieu où il y a plusieurs cultures comme au Nouveau-Brunswick, un festival de slam peut contribuer à la construction identitaire, soutient Sébastien Belzile. La mise en lecture du texte Route scénique du Théâtre La Cigogne l’a d’ailleurs bien démontré.

«Il y a cette idée de la construction identitaire qui est nécessaire parce qu’on vit dans un environnement où il y a plusieurs langues et plusieurs cultures. Nous sommes plusieurs cultures à la fois. Quand on prend en charge cette notion-là, on devient multiforme et on devient un être, disons international. C’est ça qu’on cherche à atteindre avec le slam.»

Lors du spectacle samedi, il entend inviter les gens à participer à l’écriture d’un texte et s’ils en ont le cœur, ils pourront s’emparer du micro pour prendre la parole.

Arthur Comeau, Céleste Godin, Lou Poirier, Philippe Garon, Bianca Richard et Sébastien Belzile figurent parmi les artistes qui assureront le fil conducteur de cette soirée.

«J’ai déjà une idée du spectacle, mais je n’ai rien de finalisé, donc je dois aller à la rencontre de ces matériaux, de ces énergies et de ces gens», a ajouté le directeur artistique.

Le spectacle est présenté samedi à 20h à la salle Bernard-LeBlanc du Centre culturel Aberdeen. Le Festival qui comprend des tables rondes, des discussions, des performances dans les autobus, des conférences et des spectacles se déroule jusqu’au 12 novembre.

Un voyage identitaire donne le coup d’envoi

Le Théâtre La Cigogne a créé le spectacle Route scénique à partir d’un sondage sur l’identité réalisé auprès de 400 Néo-Brunswickois. Ce projet de voyage identitaire concocté de concert avec le CPSC et le Théâtre des Petites lanternes de Sherbrooke a pris naissance, il y a trois ans.

Le texte a été écrit à partir des mots et des préoccupations soulevés lors de ce sondage. Une mise en lecture du spectacle a donné le coup d’envoi au Festival international de slam/poésie en Acadie. Sur la scène, les trois comédiens Jalianne Li, Natalie Sappier et Justin Doucet, incarnent les rôles d’une anglophone, d’une autochtone et d’un francophone.

Jalianne Li, Natalie Sappier et Justin Doucet ont présenté la pièce Route scénique. Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Ils sont accompagnés d’un animateur radio personnifié par Xavier Richard et de la narratrice Bianca Richard. Cette œuvre aborde une foule de sujets liés à la langue et à la culture. Les personnages qui se retrouvent à voyager ensemble livrent en toute franchise leur point de vue sur le bilinguisme, l’éducation, les emplois, l’environnement, les arts tout en partageant leur vision de leur province. À certains moments, leurs visions semblent irréconciliables, même si à la fin, ils cherchent à établir des ponts entre les communautés.

Bianca Richard du Théâtre la Cigogne a été étonnée par l’honnêteté des réponses. «Les gens ont vraiment été honnêtes dans ce qu’ils disaient. Ils ont dit ce qui les dérange et ils ont donné des solutions.»

Les créateurs entendent retravailler le texte afin possiblement d’en faire une production théâtrale ou cinématographique.