Modifié: un film rassembleur et important

Pour changer le monde, il faut y aller avec son coeur, estime la cinéaste Aube Giroux qui a présenté son documentaire Modifié au Festival international du cinéma francophone en Acadie. Très bien accueillie par les cinéphiles, cette oeuvre importante sur les aliments transgéniques est à la fois politique et personnelle.

«Quand on aime quelque chose, on veut protéger cette chose-là. Je pense que notre alimentation dans notre monde d’aujourd’hui est vraiment sous attaque par une industrie qui contrôle beaucoup ce qu’on mange et qui nous cache des choses. L’antidote à ça est de célébrer la nourriture et de poser des questions», a déclaré Aube Giroux, en entrevue à l’issue de la projection samedi.

Dans son premier long métrage documentaire, la réalisatrice acadienne de Wolfville en Nouvelle-Écosse, mène une enquête politique autour du sujet complexe et controversé des aliments génétiquement modifiés tout en y proposant une approche personnelle. C’est avec sa mère, une militante écologique, une passionnée de nourriture et mordue d’actualité qu’elle a fait ce film sur une période de dix ans. Sa mère l’a beaucoup aidé dans sa recherche.

«Ma mère disait toujours qu’une vraie bonne recette commence dans le jardin…Elle considérait aussi que planter un jardin pour nous nourrir était l’acte le plus révolutionnaire qui soit», raconte la cinéaste.

Si la salle du Cinéplex n’était pas pleine, il reste que les gens qui ont assisté à cette projection ont applaudi longuement le documentaire d’Aube Giroux. Au-delà de la vaste recherche scientifique et politique qu’elle a menée, la cinéaste présente une œuvre universelle et émouvante.

«C’est touchant parce que ce qu’elle a réussi à faire c’est de nous ramener à la cuisine et d’impliquer tout le monde et ça nous ramène au pourquoi on cultive», a exprimé Rebeka Chiasson-Fraser, de la Ferme Terre partagée lors de la discussion qui a suivi la projection.

Pour une plus grande transparence

La lutte d’Aube Giroux vise surtout l’honnêteté et une plus grande transparence dans la réglementation de ce qui se retrouve dans nos assiettes. Le Canada et les États-Unis figurent parmi les pays qui refusent d’étiqueter les aliments transgéniques. «Si on met un gène de cochon dans une plante, je crois qu’on est en droit de le savoir», soutient la réalisatrice.

Le dernier projet de loi sur l’étiquetage déposé en mai dernier a été rejeté par la Chambre des communes. La cinéaste souligne que tous les députés fédéraux du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse ont voté contre ce projet de loi, alors que la majorité de la population canadienne est en faveur de l’étiquetage.

«Ce qui est très dérangeant c’est que le gouvernement libéral nous dit qu’il est là pour écouter les Canadiens et pour apporter plus de transparence à notre gouvernement, mais malheureusement dans le cas des OGM c’est faux parce que tous les sondages démontrent que plus de 80 pour cent de la population est en faveur», dénonce-t-elle.

Aube Giroux rappelle qu’au Canada, il y a du saumon de l’Atlantique transgénique qui est consommé à l’insu des Canadiens, puisqu’il n’y a pas de loi sur l’étiquetage. Pendant le tournage de son film, la cinéaste a cherché à obtenir une entrevue avec Santé Canada au sujet du rapport de la Société royale du Canada de 2001 sur le système de réglementation des organismes génétiquement modifiés. Elle n’a jamais réussi à obtenir d’entrevue.

«J’étais vraiment triste qu’après trois mois d’essai pour une entrevue qu’ils m’ont complètement refusé. Je voulais savoir combien des 53 recommandations du rapport de la Société royale de 2001 avait été implanté. Ce rapport de plus de 200 pages identifiait des problèmes majeurs avec notre système de réglementation.»

La cinéaste souligne que tous les pays de l’Union européenne ont une loi sur l’étiquetage des OGM.

«Je ne suis pas contre le génie génétique comme technologie, mais je suis anti OGM dans notre nourriture dans un contexte réglementaire qui n’est pas adéquat et qui manque de transparence. Santé Canada regarde les études de l’industrie et c’est caché du public.»

La cinéaste qui a financé entièrement son projet a réalisé des entrevues avec des experts au Canada, aux États-Unis et en France. Aube Giroux a bien failli ne pas terminer son film puisque sa mère est décédée d’un cancer en cours de projet. Elle n’aurait jamais imaginé que sa mère ne puisse pas être là pour voir son documentaire complété. Elle a le sentiment que sa mère l’a tout de même accompagnée, même après son départ. La cinéaste espère que son film suscitera une réflexion et mobilisera les Canadiens autour de cette question. Elle encourage les gens à contacter leurs députés afin d’obtenir l’étiquetage des OGM.

«Nous portons tous en nous le gène du changement et il ne tient qu’à nous de le semer pour obtenir un monde meilleur», conclut la cinéaste.

Celle qui a commencé à faire du cinéma il y a 20 ans a travaillé, entre autres, pour Greenpeace comme vidéaste. Avec l’ONF, elle a réalisé notamment Dis moi ce que tu manges qui a déjà été présenté au FICFA. Cuisinière aguerrie, elle réalise aussi des vignettes sur la cuisine pour le réseau américain PBS.

 

À voir lundi au FICFA

1999 de Samara Grace Chadwick

Le FICFA présente l’avant-première du long métrage documentaire 1999 de Samara Grace Chadwick. La cinéaste de Moncton revient dans sa ville qu’elle a quittée quand elle était adolescente pour replonger dans les souvenirs d’un drame vécu à son école secondaire à la fin des années 1990. Une vague de suicides avait alors frappé la polyvalente Mathieu-Martin à Dieppe. La réalisatrice va à la rencontre de ceux qui ont vécu de près cette histoire. Théâtre Capitol, 19h.

Bravo virtuose de Levon Minasian

Le Festival ouvre une fenêtre sur le cinéma arménien en présentant, entre autres, Bravo Virtuose, une coproduction de l’Arménie, de la France et de la Belgique. Cette comédie noire raconte l’histoire d’un clarinettiste virtuose d’un orchestre classique, au bord de la dissolution lorsque son mécène est assassiné. Alik, le clarinettiste tentera de sauver l’orchestre de la faillite. Cinéplex, 19h.

Ta peau si lisse de Denis Côté

Dans ce documentaire d’auteur, le réalisateur propose une exploration libre du quotidien de six hommes dévorés par leurs passions: la performance, le dépassement et autres pulsions du corps. Cinéplex, 21h.

Expositions à la Galerie Sans Nom

Deux expositions sont présentées à la Galerie Sans Nom dans le cadre du volet art médiatique du FICFA. Une série de cinq vidéos portraits intitulés Sous-sols de Gabriel Fortin met en avant-plan une fascination pour l’insolite et la poésie de l’étrange qui émane souvent de la culture populaire québécoise.

Portraits en Super 8 rassemble le travail de sept artistes du Nouveau-Brunswick. Ils dépeignent des individus uniques et intrigants. Ces deux expositions sont présentées jusqu’au 22 décembre.