Vague de suicides à Mathieu-Martin: un film «met un baume sur le cœur»

Beaucoup d’émotion a marqué l’avant-première du documentaire 1999 de Samara Grace Chadwick au Festival international du cinéma francophone en Acadie. Cette œuvre intimiste sur la vague de suicides ayant frappé l’école Mathieu-Martin à la fin des années 1990 apporte un peu de réconfort.

Le Théâtre Capitol a affiché complet pour cette projection mémorable, lundi soir.

La cinéaste tenait à ce que le film soit présenté à Moncton en premier. Celle qui a reçu plusieurs témoignages à l’issue de la projection ne pouvait rêver d’une soirée plus réussie. Les retrouvailles ont été émouvantes. Elle en avait les larmes aux yeux.

Les retrouvailles ont été émouvantes pour la réalisatrice Samara Grace Chadwick lors de l’avant-première au Théâtre Capitol à Moncton. -Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

«Je vous aime tellement et j’espère que vous verrez qu’il y a tellement d’amour dans ce film. S’il y a un message dans le film, c’est de casser l’isolement», a déclaré Samara Grace Chadwick lorsqu’elle est montée sur la scène du Capitol.

Elle a été accueillie dans un tonnerre d’applaudissements.

Plusieurs participants du film, des membres du personnel enseignant et de la direction de l’école Mathieu-Martin se sont déplacés pour l’événement.

«Pour ceux qui l’ont vécu, c’est sûr que ça met un baume sur le coeur. Pour ceux qui sont jeunes aujourd’hui, j’espère qu’ils verront la tristesse des survivants», a exprimé un participant du film, Mathieu Wade.

Le sociologue a vécu les événements de près en 1999. Un ami s’est enlevé la vie. Sa compagne Annabelle Gaudet, aujourd’hui ostéopathe, était aussi une élève de Mathieu-Martin.

«Je pense qu’un film comme ça participe à donner une voix à une mémoire collective qui avait passé sous silence pendant de longues années à cause de la difficulté du sujet. Ça permet de laisser sortir une souffrance, de l’exprimer et puis d’apporter un espace de guérison pour des gens avec qui cette expérience-là résonne», a commenté Annabelle Gaudet.

Surnommée Suicide High, par certains dans les années 1990, l’école Mathieu-Martin avait même dû fermer ses portes pour un moment. La tourmente avait atteint l’ensemble de la communauté.

À l’époque, les jeunes racontent qu’ils ne se sont pas sentis écoutés. Le personnel a aussi été pris au dépourvu, convient l’enseignante Janelle Arsenault. Celle qui travaille à l’école Mathieu-Martin depuis 26 ans a été touchée par ce documentaire qui redonne une voix à ses anciens élèves. Elle a été émue de les voir rassemblés à nouveau.

«On n’était pas psychologue alors on suivait les directives qu’on nous donnait et la directive de l’heure à l’époque était de retourner à la routine. C’était la meilleure chose pour les élèves. On nous disait qu’il y avait des experts disponibles pour les élèves qui voulaient en parler. On sait mieux aujourd’hui, nous avons évolué et nous avons beaucoup plus de connaissances en santé mentale, en psychologie et plus de ressources alors je pense que les gens se mobiliseraient davantage», a commenté l’enseignante, dont la participation au film rayonne de bonté.

Elle espère que le documentaire sera un véhicule pour parler davantage de suicide et être à l’écoute des jeunes.

La force de l’amitié

Film intimiste, impressionniste, avec une touche artistique, 1999 est aussi une œuvre sur l’adolescence, sur l’ampleur de leurs émotions et la force de l’amitié. La cinéaste a choisi de mettre en lumière les adolescents de l’époque qui sont aujourd’hui des adultes.

Au milieu des années 1990, ceux-ci n’avaient que 14 ou 15 ans. Chacun a vécu son deuil un peu à sa façon. Après la projection, des parents, des enseignants et d’anciens élèves ont témoigné de leur souffrance et saluer le travail la réalisatrice.

Le directeur de l’école Mathieu-Martin, Michel Power, qui était directeur adjoint en 1999, a remercié chaleureusement la cinéaste d’avoir fait ce film sur une période qu’il a qualifiée de noire.

«En regardant le documentaire, on se rend compte que les gens et les jeunes étaient vraiment une communauté parce que si ce n’était pas le cas, on ne serait pas ici ce soir», a-t-il partagé.

La réalisatrice ne cherche pas expliquer ce qui s’est passé à cette époque, mais plutôt d’être à l’écoute sans poser de jugement.

À l’aide d’une foule d’images d’archives tournées par Mélanie Chiasson, d’extraits de journaux personnels et d’entrevues, elle ravive plusieurs souvenirs et replonge dans cette histoire avec délicatesse et sensibilité. Les participants qui sont ses amis se livrent avec générosité. Teinté d’espoir, le film comporte quelques scènes touchantes et comiques.

Celle qui a quitté Moncton à l’âge de 16 ans pour aller faire le tour du monde a travaillé dans le milieu du cinéma et de la télévision. Elle est revenue dans la ville où elle a grandi pour réaliser son premier long métrage documentaire.

Gabriel Malenfant et Vivianne Roy ont contribué à la musique du film.

Cette coproduction de l’ONF en Acadie, de Parabola Films au Québec et de Beauvoir Films en Suisse, (en français, anglais et chiac) est le premier projet canadien à avoir obtenu l’appui du Fonds Eurimages. Le documentaire sera éventuellement présenté à Radio-Canada Acadie et en Suisse. La réalisatrice souhaite aussi que son film soit présenté dans les écoles.

À voir mercredi au FICFA

Le vénérable W. de Barbet Schroeder

Ce documentaire franco-suisse traite d’un moine bouddhiste très influent en Birmanie, appelé le vénérable Wirathu. Aller à sa rencontre, c’est aller à la rencontre du racisme quotidien et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Cinéplex, 19h.

Jeune femme de Léonor Serraille

Cette comédie dramatique franco-belge a remporté la Caméra d’or au Festival de Cannes. Le film raconte l’histoire de Paula qui, de retour à Paris après une longue absence, est bien décidée à prendre un nouveau départ. Cinéplex, 19h.

Visages Villages de JR et Agnès Varda

Les deux réalisateurs qui ont eu envie de travailler ensemble partent sur les routes de la France, loin des villes, afin d’aller à la rencontre des gens. Le documentaire raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage. Prix du documentaire L’Oeil d’Or au Festival de Cannes 2017 et Prix du public du meilleur documentaire au Festival international du film de Toronto 2017. Cinéplex, 21h.

Atelier de création de cinéma immersif 360

Deux cinéastes sélectionnés qui ont suivi un atelier de cinéma immersif présenteront leurs œuvres via des casques virtuels. Un programme composé de sélections du FICFA et de l’ONF sera aussi présenté lors de cette session de projection unique en son genre. On y retrouve, entre autres, La 3e roue d’André Roy et Ma place de Medy Krouk et Adèle Tourte. Ce documentaire ethnographique a été tourné dans différentes villes de la Louisiane. Centre culturel Aberdeen, 17h.