Le cinéaste Phil Comeau pourrait bientôt battre son propre record

Comme dirait l’autre, «si la tendance se maintient», Phil Comeau est en passe de fracasser un record en termes de nombre de prix pour un film acadien. Record absolu que le cinéaste détient d’ailleurs lui-même pour Le secret de Jérôme, qui a gagné pas moins de 15 prix après sa création en 1994.

Or, la donne pourrait changer avec Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne, superbe documentaire sur les 250 ans de l’établissement d’Acadiens déportés vers cette île située au sud de la Bretagne.

Le court métrage de 26 minutes a depuis peu égalisé le record du Secret de Jérôme avec 15 récompenses remportées depuis sa sortie en 2016, dont le prix Diamant du Meilleur court métrage documentaire en langue étrangère aux 3es Directors Awards tenus à Bali et à Jakarta en Indonésie, le prix Platinum Remi dans la catégorie Culturelle au 50e WorldFest à Houston au Texas, le prix d’Excellence au 7e Best Shorts Competition à San Diego en Californie, le prix du Mérite au 3e Canada Shorts Film Festival à Toronto, la Mention spéciale du jury au 11e Formosa Festival of International Filmmaker Awards à Taichung à Taïwan, le Meilleur court métrage acadien au 30e Festival international du cinéma francophone en Acadie à Moncton, et plusieurs autres.

Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne poursuit sa route planétaire puisqu’il sera présenté dans les prochaines semaines dans d’autres festivals et événements cinématographiques aux quatre coins du monde.

«J’avoue que ça m’étonne que le film gagne des prix en Asie, car le film ne renferme pas de liens avec la culture de ce continent. En même temps, il y a un aspect universel dans le fait que mon court métrage mette en scène deux peuples différents qui ont réussi à vivre ensemble et marier leurs cultures sans renier leurs racines. Les personnages sont attachants et plusieurs personnes m’ont écrit ou dit qu’elles se sentaient bien en écoutant le film», répond Phil Comeau lorsque nous lui demandons pourquoi Belle-Île-en-Mer bénéficie ainsi d’un tel rayonnement sur la scène internationale.

Bien sûr, l’Acadie descend bien de la France, mais à l’époque coloniale, chaque région du Vieux-Pays possédait encore son propre dialecte pendant que les Acadiens forgeaient leur propre langue, de l’autre côté de l’Atlantique. Pendant 150 ans, un océan – au sens propre comme au figuré – a ainsi séparé les deux peuples frères et le retour des Acadiens dans une région qui n’était pas toujours la leur et qui avait elle aussi évolué ne s’est pas fait sans heurt, rappelle Phil Comeau.

«C’est pour ça que les Bellilois sont demeurés très attachés à l’Acadie des Maritimes et que des liens subsistent depuis 250 ans. Il y a une part de nous là-bas et qui rejoint n’importe quel autre peuple, même d’aujourd’hui, forcé de s’exiler en raison de conflits ou autre pour ensuite se reconstruire», exprime le cinéaste.

En plus de cette embellie précieuse, Belle-Île-en-Mer, île bretonne et acadienne a été projeté publiquement sur plus de 60 grands écrans dans cinq provinces du Canada, dans quatre états aux États-Unis et dans cinq régions en France. Il faut aussi ajouter à ses présentations les diffusions à la télévision de Radio-Canada nationale et à TV5 Monde dans 55 pays.

Si on ajoute à cela les sept prix ainsi que les deux nominations aux prix Gémeaux pour Meilleur réalisation et Meilleur scénario que son autre documentaire, Zachary Richard, toujours batailleur, a récoltés, force est d’admettre que Phil Comeau a toujours une veine d’enfer, même après 40 ans de métier.

«Zachary Richard est un personnage fabuleux. À travers sa quête, c’est à notre propre identité qu’il nous ramène. Je suis aussi très fier que le film ait été la première œuvre acadienne à être présentée en projection spéciale aux Nations Unies. C’est signe pour moi que l’Acadie rayonne plus que jamais à travers le monde», soutient Phil Comeau, ajoutant au passage avoir encore des douzaines d’idées en tête qu’il souhaite éventuellement explorer.

«Il y a encore tellement de beaux personnages en Acadie dont je voudrais parler que ça me prendrait 500 ans de vie supplémentaires pour arriver à tous les filmer!», lâche le cinéaste de Moncton dans un éclat de rire.

Mais pour l’heure, Phil Comeau termine un diptyque d’épisodes d’une heure chacune intitulée Vague d’Acadie, qui sera diffusé cet hiver à Radio-Canada. Les émissions traiteront du raz-de-marée de nouvelle musique acadienne qui, selon lui, explose au Québec et à travers le monde.

«Pourquoi, tout d’un coup, on entend autant parler de nos auteurs-compositeurs acadiens? C’est littéralement une explosion musicale qu’ils vivent depuis 10 ans. C’est quand même phénoménal, puisqu’à l’heure actuelle, il y a plus d’artistes qui sortent de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, qui compte environ 300 000 personnes que de la ville de Québec, plus populeuse», note Phil Comeau.