L’aigle et la colombe: quand le deuil côtoie le conte avec douceur

Comment aborder la mort avec les enfants? Question grave pour un sujet lourd de sens que nous avons parfois tendance à escamoter avec nos jeunes. Pourquoi ne pas passer par le conte et laisser des personnages, comme un aigle et une colombe, déployer leurs ailes avec douceur et tendresse pour ainsi porter le deuil dans un bruissement léger, poétique et porteur d’espoir?

Dans son nouveau conte, L’aigle et la colombe, Louÿs Pitre évoque la perte d’un être cher à travers le regard d’un vieillard et de son rêve. Histoire touchante que celle de cet homme d’âge mûr qui ne se pardonne pas l’accident de voiture qu’il a eu avec son épouse et dans lequel celle-ci a perdu la vie.

C’est à travers les plumes de l’aigle et de la colombe, qui forme un couple atypique dans le bouquin, que prend corps le récit.

«J’ai écrit le conte à partir d’un de mes poèmes que j’ai par la suite laissé de côté. En le relisant un jour, j’ai mentionné à mon épouse que ça pouvait peut-être faire une belle histoire», indique Louÿs Pitre au cours d’un entretien téléphonique.

L’aigle et la colombe, bien que tirée en grande partie de l’imaginaire de son auteur, renferme néanmoins une part de véracité.

«J’ai suivi quelqu’un pendant un bout qui avait beaucoup de difficulté à se pardonner de ne pas avoir pu sauver sa bien-aimée. J’ai aussi vécu un deuil que j’ai trouvé difficile, celui de mon père. Comme un auteur ne se détache jamais complètement de ce qu’il écrit, même si c’est de la fiction et du conte, il y a certainement une part de moi dans le livre», souligne M. Pitre.

Malgré le deuil, sujet dont l’auteur estompe les aspérités dans une écriture délicate destinée spécialement aux jeunes de 5e et 6e années, L’aigle et la colombe renferme aussi une histoire d’amour et d’espérance qui va bien au-delà de la mort. Les illustrations magnifiques réalisées par Jocelyne Bouchard enrobent le tout de sérénité. Une activité pédagogique à la fin du livre permettra par ailleurs aux enfants d’étudier le conte en classe et de discuter de ses thèmes. Un glossaire met également en lumière certains mots étoffés afin que les jeunes puissent enrichir leur vocabulaire, un objectif que chérissait Louÿs Pitre dès qu’il a entamé l’écriture de son sixième opus littéraire.

«Ce n’est pas seulement un conte, c’est aussi un projet de littératie. Je voulais apporter quelque chose de différent aux jeunes et les aider à développer des habiletés de lecture. Nos enfants sont un peu en retard à cet égard par rapport à d’autres provinces du pays. Cela dit, je ne suis pas un missionnaire; je souhaite seulement laisser ma contribution afin d’aider les jeunes à développer leur langage tant à l’écrit qu’à l’oral tout en les incitant à lire d’autres auteurs acadiens», appuie-t-il avec insistance.

M. Pitre croit également que son nouveau conte suscitera des discussions entre les enfants et leurs enseignants.

«L’activité pédagogique fait en sorte que je n’aurai pas besoin d’être présent systématiquement en classe. Les jeunes pourront partager entre eux sur les différents sujets du livre et peut-être que ça leur fera du bien», soutient-il, ajoutant au passage qu’il acceptera les invitations des écoles s’il en reçoit.

Avec l’aide de quelques mécènes, Louÿs Pitre compte mettre son livre à la disposition des établissements scolaires des quatre coins du Nouveau-Brunswick.

«J’aimerais que les classes qui veulent étudier mon livre puissent disposer d’environ 25 exemplaires par groupe, afin que chaque enfant en ait un pour lui et qu’il puisse le garder par la suite. J’ai déjà établi des partenariats financiers avec différentes personnes et organismes et je contribue également à ce que ceci soit faisable», mentionne le conteur et écrivain qui, depuis quelques années, prend beaucoup de plaisir à ainsi être en contact avec la jeunesse.

«J’adore raconter des histoires et depuis la publication de mon premier conte (Minouche, le petit renne, en 2009), j’ai l’impression de rajeunir! Les enfants que je visite dans les écoles ou dans les salons du livre sont très alertes et très à l’écoute. Ça ralentit réellement mon vieillissement!», relève Louÿs Pitre avec enthousiasme.

L’aigle et la colombe est publié aux éditions La Grande Marée.