Les coups de coeur culturels de… Martin Roy

Contrairement à mon habitude des dernières années, j’ai choisi cette fois-ci de ne pas établir de palmarès à proprement dit. Chacun de mes coups de coeur méritent la pôle position, tant pour la qualité des oeuvres que pour celle de leurs auteurs ou organisateurs. Une chose est sûre: la culture acadienne est bien vivante et résonne très souvent bien au-delà de nos frontières. À tous nos artistes qui font briller notre Acadie partout sur la planète, même à ceux que je ne mentionne pas, un grand merci et une Bonne Année 2018!

Amélie Hall

La chanteuse native de Tracadie a connu une année 2017 florissante, notamment avec la sortie, l’été dernier, de son deuxième album, Cultiver l’amour, un véritable bijou de musique country aux accents folk légers. Cultiver l’amour n’est pas seulement bon parce que bien dosé sur le plan musical. Les textes, signés pour la plupart par leur interprète, dénotent d’une grande intelligence poétique mêlée d’une simplicité qui convient très bien au style qu’Amélie Hall défend avec succès. Le disque a été maintes fois salué par les critiques un peu partout à travers le pays et l’Acadienne trentenaire se produit régulièrement en solo ou pendant des festivals où elle trouve un public présent et de plus en plus dense. Après de nombreuses années d’efforts, la carrière d’Amélie Hall prend finalement son élan et la suite s’annonce très riche pour celle qui a bel et bien trouvé sa demeure sur la planète musique.

Le 43e Festival international de musique baroque de Lamèque

Le Festival international de musique baroque de Lamèque se dirige tout doucement et avec assurance vers sa mi-quarantaine. Cet incontournable de la musique classique a repris de la vigueur au cours des dernières années et a maintenant les coudées franches pour sortir des sentiers battus, tout en proposant des activités et concerts destinés tant aux mélomanes avertis qu’à un public moins connaisseur. Avec Les vêpres de la vierge de Monteverdi, la conférence du sympathique et réputé chef Matthias Maute, le 2e Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay, le 43e Festival international de musique baroque de Lamèque a rempli sa mission à tous points de vue à cet égard, grâce notamment à la vision à la fois rafraîchissante et éclairée de son directeur artistique, le flûtiste Vincent Lauzer, ainsi qu’à l’enthousiasme de son président, Jean-René Noël, et de l’ensemble du conseil d’administration du festival. Ça promet déjà pour l’an prochain!

Michèle Losier

La mezzo-soprano québéco-acadienne ravit le public et les critiques partout où elle passe, notamment en France, où elle est stationnée depuis l’automne et où elle a quasi le statut de superstar lyrique. Michèle Losier est une infatigable travaillante, dont le perfectionnisme n’a d’égal que sa modestie qu’elle affiche toujours, alors qu’elle pourrait se targuer – qu’elle est objectivement – l’une des plus grandes voix de sa génération. Une voix au large registre et à la palette multicolore ainsi qu’un jeu d’actrice aiguisé qui lui permet d’aborder des personnages allant de la douce romantique à la redoutable amante et qui, à chaque prestation, lui vaut des compliments. À défaut de pouvoir la suivre partout à la trace d’un bout à l’autre du monde, Michèle Losier nous a offert au printemps son second disque solo, Temps nouveau, superbe album sous l’étiquette ATMA Classique dans lequel elle reprend avec chaleur et vivacité des airs de Gounod, Massenet et Saint-Saëns, entre autres.

Wilfred LeBouthillier – Archives

Wilfred Le Bouthillier

L’auteur-compositeur-interprète natif de Tracadie a le vent dans les voiles et assume plus que jamais sa destinée. Au cours de la dernière année, Wilfred Le Bouthillier a mis sur pied sa propre compagnie de production ainsi que son étiquette musicale sous laquelle, d’ailleurs, l’album de Noël des Gars du Nord – le premier chez 2W Disque – a été enregistré. Avec ses comparses Danny Boudreau, Maxime McGraw et Jean-Marc Couture, il a complété une tournée des Fêtes couronnée de succès. Quelques mois auparavant, Wilfred a signé la chanson finale du film Burn-out ou la servitude volontaire dans lequel joue sa compagne, Jézabel Drolet, avec qui il forme un joli tandem, dans tous les sens du terme. Le public attend avec impatience la venue de son prochain album solo et Wilfred semble avoir de la création plein la tête, pour notre plus grand bonheur.

Julie D’Amour-Léger

L’avènement de la technologie a permis à la photographie de se démocratiser en masse. Mais en maîtriser l’art, dans le sens noble du terme, ce n’est pas donné à tout le monde. Julie D’Amour-Léger possède cette qualité, et depuis longtemps. Car derrière ses clichés d’oiseaux, de paysages ou d’animaux sauvages se cache une vision poétique du monde qui l’entoure. L’artiste de Caraquet a ce don de saisir l’image et d’en faire une histoire, sans même avoir besoin de trop de description. Son exposition Corneilles: noir sur blanc, présentée à la Galerie d’art Bernard-Jean jusqu’au 10 janvier, est une preuve de cette force à l’effet qu’une image d’apparence simple, lorsque croquée au bon moment et nourrie d’une lumière et d’un positionnement particuliers, nous parle, nous émerveille et nous fait encore plus aimer la beauté qui nous entoure.

Sébastien Bérubé

J’ai connu ce brillant poète et auteur-compositeur-interprète madawaskayen en 2015, au Salon du livre de Dieppe, alors que je m’y trouvais «de l’autre côté de la clôture». Il venait de publier quelques mois plutôt son premier recueil, Sous la boucane du moulin, aux Éditions Perce-Neige. Non seulement ai-je appris à connaître un jeune homme affable pour qui j’éprouve une amitié sans équivoque, mais j’ai également découvert une plume incisive, engagée, sensible La poésie de Sébastien Bérubé est fumée, terre et eau, obsédante dans sa vision du monde ainsi que porteuse de réflexions nous incitant à retourner à la source de notre humanité. C’est dans cette trajectoire que Sébastien Bérubé poursuit son parcours avec son deuxième recueil de poésie, Là où les chemins de terre finissent, publié en mars dernier. Le poète a participé depuis à plusieurs événements littéraires au cours de la dernière année, dont la tournée Faire Communauté de la Revue Ancrages, ainsi que quelques salons du livre. Je me suis par ailleurs initié sur le tard à sa musique, dont j’avais toutefois entendu quelques bribes à Dieppe. Son premier album, L’encre des saisons, sorti il y a quatre ans, montre une écriture forte dans un country-rock enlevant. Plume très prometteuse que celle de Sébastien Bérubé, qui n’a certainement pas fini de nous surprendre tant sur papier que sur disque.

Édith Butler – Archives

Édith Butler

La légende vivante de la chanson acadienne a connu une année faste en termes de concerts, principalement au Québec. Et chaque fois, elle gagne son public multigénérationnel avec sa dégaine vocale et corporelle endiablée ainsi que sa chaleur humaine teintée d’humour. Elle marraine et materne ses musiciens trentenaires tout comme quelques autres jeunots de la relève, dont Travis Cormier et Caroline Savoie, qui l’ont tous deux accompagnée lors de son spectacle du 15 août au festival Fierté Montréal, cette dernière ayant aussi foulé les planches avec son aînée à quelques autres reprises au cours de l’automne. Plus que jamais épanouie et armée d’une énergie contagieuse, le temps et même la maladie ne semblent plus avoir d’emprise sur la grande Édith, bien partie qu’elle est, pendant encore longtemps, pour piaffer sur la scène comme «une jeune jument sortie de son carcan», ainsi qu’elle le chante joyeusement dans l’une des pièces de son vaste répertoire.

Le siège

J’ai bien aimé cette nouvelle mouture québéco-acadienne que nous a offert les six épisodes de la télésérie Le siège. Il est vrai que les deux premiers épisodes souffraient d’une certaine lenteur dans la mise en place de la tension dramatique se jouant autour de la fermeture annoncée de l’usine de Cole Creek. Mais la suite, jusqu’à la finale, allait s’avérer efficace. Je retiens surtout les drames humains et les questionnements existentiels de chacun des personnages, tant du côté des otages que de celui des bourreaux, qui ont eu le tour de m’émouvoir. Le comédien québécois Alexandre Goyette est au sommet de son art dans la peau d’Alexis Godin, à la fois fier-à-bras et tourmenté par un passé qui lui revient en pleine figure en raison de sa confrontation ultime avec Mario Cormier, campé là aussi de façon brillante par Gilles Renaud. Nos Acadiens font également très belle figure: Lou Poirier excelle dans la peau de Josée Gauvin, Christian Essiambre émeut dans celle de Fred, Denise Bouchard mène le chaud et le froid avec justesse sous les traits de Chantale Trempe et et le d’habitude très comique Luc LeBlanc incarne avec aplomb le sérieux chef de l’opération policière. Je me suis aussi pris d’affection pour Gisèle, l’épouse éplorée de Mario Cormier, campée par la Québécoise Marie-Ginette Guay que l’on gagnerait à voir plus souvent dans des rôles de premier plan, sa force de jeu ne faisant aucun doute.

Voir Miscou et mourir

La série Voir Miscou et mourir a connu une neuvième année record en termes d’assistance. Chaque fois que j’ai croisé l’instigatrice du projet, Sandra Le Couteur, au cours de l’été, elle me disait à quel point elle était heureuse de la réponse du public. Il faut dire que monter une série de spectacles dans un petit espace comme le Phare de Miscou n’est pas une mince tâche. Équilibrer têtes d’affiche et relève artistique en rivalisant avec les nombreux autres festivals aux coffres mieux garnis relève presque de l’exploit. Mais c’est justement ça, combiné à la beauté du lieu et de la proximité avec les artistes qu’offre le phare qui fait de Voir Miscou et mourir un incontournable dans le circuit culturel et touristique de la province.

Denis Richard – Archives

Denis Richard

Il aura combattu jusqu’au bout. Ils ont été nombreux, les artistes autant que ses fans, à pleurer sa mort survenue le 28 août, à l’âge de 55 ans. Cap Enragé, En un instant, Si le temps m’est permis, plusieurs autres encore, sans oublier Petit-Rocher… Avec Denis Richard s’est éteinte une part importante de la création musicale en Acadie, tant il a pour les autres ainsi que pour lui-même nombre de chansons qui ont gravis les palmarès et conquis le public. Mais l’oeuvre imposante qu’il lègue au monde et à la communauté artistique lui survivra, et pour encore longtemps.