Straight Jacket Winter: comment vaincre l’isolement?

Comment s’adapter à son nouveau milieu de vie? Straight Jacket Winter raconte l’histoire d’un couple qui tente d’apprivoiser sa nouvelle ville d’adoption. Dans cette œuvre d’autofiction, les auteurs Gilles Poulin-Denis et Esther Duquette abordent les conséquences de l’isolement.

Présentée à Caraquet et Moncton, cette production de la compagnie 2PAR4, du Théâtre français du Centre national des arts et du Théâtre la Seizième met en scène quatre comédiens. En plus des auteurs, qui ont signé la mise en scène et qui incarnent leur propre personnage, les comédiens Julie Trépanier et Frédéric Lemay s’ajoutent à la distribution. Librement inspiré du roman L’hiver de force de Réjean Ducharme, Straight Jacket Winter raconte l’histoire d’un couple, Esther et Gilles, qui quitte Montréal pour aller vivre à Vancouver. Peu à peu, ils se replient sur eux-mêmes et se réfugient entre les murs de leur appartement.

«Au début, on pensait que c’était assez commun et assez simple… On déménageait juste d’une grande ville canadienne pour une autre grande ville canadienne. Ce n’est pas comme si on changeait de pays ou que nous étions des immigrants ou des réfugiés qui arrivent d’un pays en conflit. Normalement, ça devrait être la même culture, mais on a quand même eu un petit choc d’adaptation en arrivant à Vancouver», a expliqué Gilles Poulin-Denis.

Originaire de la Saskatchewan, le dramaturge et comédien qui a habité à Montréal pendant plusieurs années vit maintenant à Vancouver. Straight Jacket Winter est sa quatrième pièce de théâtre. Il a aussi écrit de nombreux textes pour des collectifs. Quand il a traversé les 5000 km avec sa conjointe pour aller s’établir à Vancouver, c’était pour des raisons professionnelles.

«Nous avons déménagé pour le travail. Il y a beaucoup de gens qui se retrouvent à devoir changer de ville pour le travail. C’est répandu aussi au Nouveau-Brunswick.»

Pendant qu’ils écrivaient la pièce, ils ont lu des études démontrant que la solitude et le sentiment d’isolement constituaient des facteurs importants d’insatisfaction chez les citoyens de Vancouver.

«Nous sommes partis de notre propre expérience. Tout est vrai dans la pièce, mais pas tout s’est passé exactement de cette manière-là. Des fois, on embellit certaines scènes et certains tableaux pour rendre ça un peu plus actif dramatiquement et intéressant théâtralement. Mais tous les tableaux reflètent des moments et des sentiments que nous avons vécus.»

Gilles et Esther sont interprétés par quatre comédiens. Il y a d’abord Gilles et Esther joués par les auteurs qui racontent leur histoire au public, et puis le couple personnifié par les deux autres comédiens qui incarnent l’aspect plus fictif. L’histoire est racontée à travers plusieurs tableaux qui naviguent entre la réalité et la fiction. Vidéo, photo, danse, musique et manipulation d’objets viennent appuyer le jeu des acteurs.

La question de la langue

Pendant la pièce, le personnage de Gilles entame la traduction de L’hiver de force de Réjean Ducharme du français vers l’anglais. Le titre de la pièce fait référence au roman et à la question de la langue soulevée dans le spectacle. L’auteur estime que des liens naturels se sont tissés avec les personnages du roman qui vivent un peu en marge de la société.

«C’est un sentiment qu’on ressentait. On était dans la ville, on habitait la ville, on croisait des gens, mais on ne sentait pas qu’on faisait partie intégrante de la vie à Vancouver.»

Il n’est pas question de séparation ou de coup de foudre dans cette œuvre, mais du quotidien d’un couple qui vit ensemble depuis déjà quelques années.

«Ce sont des thèmes subtils alors que souvent au théâtre, on est dans des sentiments exacerbés, très forts, alors que là, on est dans de petites émotions quotidiennes. Même le niveau de jeu est plus proche du jeu cinéma que du jeu théâtral. Je pense que beaucoup de gens peuvent se retrouver dans cette œuvre même s’ils n’ont jamais déménagé, ne serait-ce que la relation de couple et l’isolement.»

Depuis sa création en 2016, Straight Jacket Winter a été présentée plus de 30 fois. La pièce sera à l’affiche du Centre culturel de Caraquet le 23 janvier à 19h30 et du théâtre l’Escaouette à Moncton le 25 janvier à 19h30.

Les comédiens Frédéric Lemay et Julie Trépanier dans une scène de la pièce Straight Jacket Winter. – Gracieuseté