Histoires de souche: l’art de revisiter les albums de famille

Marie Hélène Allain et Alisa Arsenault explorent l’héritage familial et la quête de l’identité dans leur création. Dans une exposition en duo, les deux artistes de génération différente proposent d’approfondir ces thématiques chacune à leur manière, dans des œuvres personnelles qui révèlent toute l’ampleur de leur démarche.

Pour Marie Hélène Allain, tout repose sur la pierre. Depuis plus de 45 ans, cette artiste qui a offert des installations, souvent magistrales, propose des créations remplies de symboles. Rien n’est laissé au hasard. Chaque élément de ses installations s’appuie sur une réflexion profonde mettant en lumière son désir de mieux comprendre le monde. Son installation Imagerie de l’héritière présentée au Musée du Nouveau-Brunswick en 2016, est maintenant en montre à la Galerie Louise-et-Reuben-Cohen à Moncton. Cette installation en trois volets, réalisée avec une grande variété de pierres qui occupe une salle, fait partie de l’exposition Histoires de souche qu’elle présente avec Alisa Arsenault. L’installation débute par une immense souche suivie d’un sentier de cailloux et de cadeaux qui mène vers deux tables faites de plaques de pierre. Celles-ci rendent hommage à l’héritage de ses parents. Le sentier et la souche symbolisent en quelque sorte l’héritage de ses ancêtres qu’elle n’a jamais connu, mais qu’elle reconnaît.

«J’ai une reconnaissance pour la vie. Nous sommes témoins de toute cette beauté de la création, de la vie, de ce qui se passe, de la conscience qui nous a été donnée», a partagé l’artiste originaire de Sainte-Marie-de-Kent qui scrute l’histoire de l’univers.

La troisième section rassemble sept troncs d’arbres déracinés surplombés de livres. Chaque ouvrage est différent et a sa propre signification. Ces sculptures représentent les valeurs chères à l’artiste. Ils sont très beaux ces livres conçus avec différents minéraux. L’installation se veut aussi une métaphore de ce que chaque personne réalise avec son héritage et les valeurs qu’elle veut promouvoir. Aimer, persévérer, servir, appartenir, reconnaître, créer et croire constituent les titres de ses livres.

Marie Hélène Allain installe un livre sur un des troncs d’arbre qui fait partie de son installation. Cet ouvrage de pierre pèse environ 40 livres. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Si la vie religieuse a influencé son art, il reste que l’artiste aborde ses valeurs d’une manière universelle.

«Croire n’a rien à voir avec la religion, mais plutôt avec la spiritualité… Croire c’est comme avancer dans la brume», soulève-t-elle.

Immensément persévérante, l’artiste a mis quatre années à créer cette installation. Les troncs d’arbre proviennent de la terre de Jacques Lanteigne, un ami et artiste de la région d’Allardville.

Vie familiale revisitée

Dans deux autres salles de la galerie, on retrouve le travail d’Alisa Arsenault; une artiste dans la trentaine qui explore aussi le thème de l’identité et la vie familiale. L’idée de jumeler le travail de ces deux artistes est venue de la directrice de la galerie, Nisk Imbeault. Selon Marie Hélène Allain, ce jumelage permettra au public d’entreprendre une nouvelle réflexion.

À l’approche un peu plus traditionnelle et sculpturale de Marie Hélène Allain viennent se greffer les œuvres contemporaines d’Alisa Arsenault qui utilise beaucoup la vidéo comme mode d’expression.

«C’est intéressant de mettre ces deux propositions en dialogue qui créent aussi un dialogue entre deux femmes de différentes générations qui pense à la signification de l’héritage», a mentionné Alisa Arsenault.

L’artiste de Moncton propose cinq installations réalisées de 2013 à aujourd’hui. C’est la première fois qu’elle expose toutes ces œuvres ensemble. Le thème de la quête identitaire l’intéresse depuis la fin de ses études en arts visuels. Cette fascination a débuté dans un cours de photographie où elle s’est intéressée aux albums de famille, à la sélection des photos et à l’imaginaire qui vient façonner l’histoire familiale. Ces histoires naviguent entre la réalité et la fiction. Comme les souvenirs, l’album photo peut être trompeur parfois. Avec divers médiums comme la vidéo, l’estampe, le dessin, la peinture, la sculpture, elle reconstitue des moments de sa propre histoire familiale.

Une de ses installations a été créée à partir d’une photographie trouvée lors d’un voyage en Californie. Elle pousse ainsi l’idée que l’identité est en partie une création imaginaire. Son installation, qui combine plusieurs médiums (bois, peinture, dessin, projection, mousse), aborde des événements de sa vie difficiles à exprimer en mots.

«C’est un projet qui parle de la perte», a-t-elle confié.

Sa deuxième installation vidéo et sculpturale est inspirée d’histoires de ruptures racontées par sa mère. On se dirige ensuite vers une œuvre murale qui rassemble 48 petits tableaux qui conjuguent estampe et céramique. Il y a aussi une installation qui comprend deux postes de télévision qui tisse un lien entre le passé et le présent.

«C’est un peu une quête continuelle de mieux comprendre le passé pour mieux comprendre le présent.»

La dernière pièce est une série de sérigraphies sur plexiglas qui illustrent le quartier où elle a grandi. Les cartes sont dessinées à l’aide de textes qui racontent des histoires sur son enfance.

Alisa Arsenault complète un dessin qui fait partie de l’une de ses installations. –
Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Le vernissage de l’exposition se tient le mercredi 24 janvier de 17h à 19h et l’exposition Histoires de souche & other family stories… est en montre jusqu’au 25 mars.