À quand une loi provinciale sur le statut de l’artiste?

Au-delà d’une loi provinciale qui reconnaît leur profession, les artistes acadiens réclament des mesures pour améliorer de façon substantielle leur statut socio-économique.

«C’est quand même assez inconcevable qu’au Nouveau-Brunswick, on ne reconnaisse pas encore en 2018 la profession d’artiste. S’il y a un secteur qui dynamise notre vie, c’est bien le monde artistique. C’est comme si on ne reconnaissait pas les pêcheurs, les bûcherons ou les agriculteurs comme une profession. La loi (recommandée), c’est premièrement pour que cette profession soit reconnue sur notre territoire», a déclaré la directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB), Carmen Gibbs.

L’Acadie Nouvelle a rencontré des représentants de l’association afin de discuter de divers enjeux qui les préoccupent. Au sommet de la liste, figure la reconnaissance de la profession d’artiste au Nouveau-Brunswick. La province n’a toujours pas de loi qui reconnaît officiellement cette profession avec des mesures concrètes. Lancée en 2009, la Stratégie globale pour l’intégration des arts et de la culture dans la société acadienne au Nouveau-Brunswick qui vient d’être renouvelée, comptait 58 recommandations, dont la mise en place d’une telle loi. Il y a encore loin de la coupe aux lèvres.

«On ne veut pas avoir une loi sur le statut de l’artiste seulement déclaratoire qui ne contiendrait aucune mesure concrète pour améliorer de façon substantielle le statut socio-économique de l’artiste professionnel», a soutenu le président de l’AAAPNB, Philippe Beaulieu.

Selon l’association, l’adoption de cette loi doit comprendre des mesures fiscales, sociales et économiques pour répondre aux besoins des créateurs. Pour y arriver, ils estiment qu’il est absolument nécessaire d’impliquer le gouvernement fédéral, surtout en matière fiscale.

«Pour faire ça, ça va nous prendre un arrimage entre les gouvernements provincial et fédéral. Si on veut parler de mesures fiscales, le Nouveau-Brunswick n’est pas le maître d’œuvre là-dedans. C’est le fédéral qui a le gros bout du bâton», a poursuivi M. Beaulieu.

Différentes mesures sont proposées, comme l’étalement du revenu, des exemptions d’impôt sur les bourses, un revenu annuel garanti, une accessibilité améliorée aux avantages sociaux existants, un régime de pension du Canada et une assurance-emploi mieux adaptés aux réalités des artistes. Toutes ces mesures n’ont pas encore été quantifiées sur le plan monétaire. La plupart des programmes actuels sont basés sur les salariés.

Si certains artistes arrivent à gagner leur vie décemment, il reste qu’une bonne partie d’entre eux ont un revenu qui atteint à peine le seuil de pauvreté, selon les données fournies par l’AAAPNB. Le revenu annuel médian des artistes au Nouveau-Brunswick était de 17 525$ en 2011.

«Il y a des formes d’art qui sont moins commercialisables que d’autres, mais tout aussi importantes pour une société. On dit bravo à ceux qui se débrouillent bien, mais ce n’est pas pour ça qu’on s’époumone», a expliqué Carmen Gibbs.

Redistribution de la richesse

L’association réclame en quelque sorte une redistribution de la richesse, un peu comme cela s’est fait pour les allocations familiales. En impliquant le gouvernement fédéral, c’est non seulement les artistes du Nouveau-Brunswick qui en bénéficieront, mais ceux de l’ensemble du Canada. La plupart des lois provinciales sur le statut de l’artiste déjà existantes au pays, à l’exception de celle du Québec, sont surtout des déclarations d’intention, sans mesure concrète.

L’AAAPNB veut aussi s’attaquer au phénomène du travail invisible, c’est-à-dire tout le travail de recherche et de réflexion qui se fait avant que l’œuvre finale soit réalisée.

«On paie pour le contrat, le spectacle, mais on ne paie pas pour le travail de recherche. C’est comme si on payait un plâtrier pour le mur plâtré, mais pas pour les jours où il vient préparer le mur, sabler et mettre les premières couches de plâtre.»

Un groupe de travail du premier ministre sur le statut de l’artiste a été mis sur pied en 2014, mais les travaux traînent en longueur. D’après Carmen Gibbs, il y a une volonté du gouvernement, mais le manque de recherche, jusqu’à tout récemment, a ralenti les travaux. Les représentants soutiennent qu’une recherche sérieuse est absolument nécessaire pour bien documenter toutes les mesures proposées et convaincre le gouvernement fédéral du bien-fondé de cette loi.

«Tant qu’on n’aura pas un document qui est convaincant avec un argumentaire béton, on ne peut pas demander au premier ministre du Nouveau-Brunswick d’aller au front et nous ne pouvons pas faire un travail de fond», a ajouté Carmen Gibbs.

Les intervenants sont réalistes et se donnent encore quelques années pour qu’une loi voie le jour.

La culture, le parent pauvre du budget provincial

Le gel du budget provincial alloué aux arts et à la culture freinera le développement du secteur en retardant notamment la mise en œuvre d’initiatives de la politique culturelle, estiment les dirigeants de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick.

Les représentants des artistes demandaient une hausse de 5 millions $ des fonds alloués aux arts. Or, leur requête n’a pas été entendue par le gouvernement provincial qui a choisi de ne pas accorder cette augmentation. Le budget de la culture, du patrimoine et des musées, qui se situe autour de 15 millions $, n’a pas été augmenté depuis 2015. Le président de l’AAAPNB, Philippe Beaulieu, considère cela comme un recul, vu la hausse du coût de la vie. Il mentionne que les 5 millions $ supplémentaires auraient contribué notamment à la consolidation des infrastructures, à la mise en œuvre de programmes prévus à la politique culturelle et de la Stratégie globale renouvelée, tout en bonifiant le financement du conseil des arts. Les responsables de l’AAAPNB sont estomaqués devant la décision de Fredericton, surtout que le gouvernement semble avoir une meilleure écoute à l’égard du milieu des arts depuis quelques années. Il s’agit d’un manque de vision, soutiennent-ils.

«C’est absolument incroyable qu’on puisse si mal reconnaître notre industrie. On est une des industries très importantes au Nouveau-Brunswick et c’est comme si nous étions considérés comme une industrie de deuxième classe», a déclaré la directrice générale de l’AAAPNB, Carmen Gibbs.

Les représentants de l’association rappellent que le secteur des arts crée près de 10 000 emplois et contribue à plus de 670 millions $ à l’économie de la province.