Nathalie Paulin: la passion sur mesure d’une grande soprano

De Vénus à Mélisandre, deux mondes, deux époques, deux épopées musicales contrastées. Mais, dans le coffre de Nathalie Paulin, la même passion, la même beauté.

Après un automne relativement occupé entre l’enseignement ainsi que trois grands concerts, Nathalie Paulin s’apprête à nouveau à fouler les planches le 10 mars, dans le cadre de la série Clavecin en concert à Montréal, pour la version concert de l’opéra de chambre baroque Venus and Adonis du compositeur anglais John Blow.

La soprano acadienne interprétera le rôle-titre féminin en compagnie de son ami baryton Marc Boucher, avec qui elle avait chanté dans l’opéra Pelléas et Mélisandre de Debussy il y a 17 ans, à ses débuts à l’Opéra de Montréal sous la direction de Yannick Nézet-Séguin.

«Je l’avais déjà fait (Venus and Adonis) dans un concert enregistré par Radio-Canada en 2002 ou 2003. Par la même occasion, je vais retrouver mon ami Marc Boucher, avec qui je n’ai pas chanté depuis plusieurs années. Je suis certaine que ce sera de belles retrouvailles», confie Nathalie Paulin en entrevue téléphonique depuis Toronto, où elle demeure et enseigne le chant depuis 10 ans.

En octobre, les mélomanes de Winnipeg ont pu l’entendre dans la magnifique Troisième symphonie (dite la Symphonie des chants plaintifs) de Górecki créée en 1976.

En novembre, elle était au Centre national des arts d’Ottawa pour chanter une autre oeuvre contemporaine, Dear life, de la compositrice canadienne établie à New York Zosha Di Castri et inspirée partiellement de la nouvelle autobiographique du même nom d’Alice Munro.

Un mois plus tard, elle était au Brott Music Festival de Hamilton comme soprano invitée pour le célèbre Messie de Haendel.

Rien qu’en scrutant le récent parcours de Nathalie Paulin, une chose saute aux yeux: sa versatilité. Elle l’admet elle-même, elle est une touche-à-tout et malgré quelques creux de vague au cours de sa carrière s’étalant sur plus de 20 ans, sa passion pour la musique demeure toujours la même: enflammée.

«Je suis un peu entre deux générations de chanteurs classiques. Au moment où j’ai commencé, Rose-Marie Landry était toujours en pleine carrière. Je l’ai beaucoup, beaucoup admirée quand j’étais plus jeune, même avant que je commence à chanter. En la voyant parcourir le monde et qu’en plus elle était Acadienne, c’est comme si ça m’avait le OK pour aller voir moi aussi dans ce domaine si je pouvais y trouver ma place», souligne-t-elle avec entrain.

Sa place, Nathalie Paulin dit l’avoir trouvée. Elle a fait quelques tournées en Europe et en Asie au début de sa carrière, mais elle avoue qu’elle n’a jamais vraiment été une globe-trotter. Pas plus qu’elle fabulait pour devenir la prochaine Maria Callas. elle pourrait cependant avoir la prétention d’être une grande cantatrice – elle l’est assurément, avec sa voix ronde, extrêmement agile, capable de toutes les subtilités.

«La vie m’a amenée là où je suis et je suis bien heureuse de mon parcours. Dès que j’ai goûté au chant, je savais que la musique, c’était ma vie. Cette passion-là m’a ouvert des portes et j’ai navigué dans toutes sortes de styles. C’est à la lueur de ce que je suis et je ne pense pas que j’aurais voulu quelque chose de plus complexe en termes de trajectoire», exprime Nathalie Paulin d’un ton convaincu.

Depuis 2008, la soprano transmet également son savoir et ses techniques à ses étudiants à l’Université de Toronto.

«C’est très demandant, mais en même temps très enrichissant. Je crois que je suis même une meilleure chanteuse depuis que j’enseigne. On verbalise la musique, on se met à la place des étudiants. La musique, ça peut parfois être très abstrait. Mais quand je dois expliquer certaines zones d’ombre en enseignant, ça devient plus clair dans ma tête aussi et ça se répercute dans mon chant», illustre Nathalie Paulin.