Rameau de Saint-Père, premier historien de l’Acadie

Qu’est-ce qu’un intellectuel français était venu faire en Acadie en 1860? Près de 160 ans plus tard, Ronnie-Gilles LeBlanc publie un ouvrage historique qui retrace le voyage de François-Edme Rameau de Saint-Père en Amérique du Nord, reconnu comme étant le premier historien à avoir étudié le peuple acadien.

En juillet 1860, l’historien français François-Edme Rameau de Saint-Père débarquait à Boston afin de retracer les descendants français établis en Amérique du Nord. Après avoir publié un ouvrage sur l’histoire de l’Acadie en 1859, l’historien a entrepris le voyage depuis Paris vers l’Amérique, pour aller à la rencontre des anciennes colonies françaises. Selon l’historien Ronnie-Gilles LeBlanc, le rôle de Rameau dans le réveil du peuple acadien est incontestable. Il est le premier historien de langue française à avoir écrit sur l’histoire de l’Acadie, reconnaissant ainsi l’identité distincte du peuple acadien.

«Jusque-là, surtout pour les Français, l’Acadie était un souvenir évanoui. Mais lui, il s’est rendu compte que les Acadiens existaient toujours comme groupe distinct des Québécois en Amérique du Nord. Lorsqu’il est venu en Acadie, c’était pour constater sur place, observer et essayer de comprendre des choses qu’il n’aurait pas pu connaître autrement», a expliqué M. LeBlanc,

Pour l’historien de Cap-Pelé, qui a travaillé à Parcs Canada et au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson, cet ouvrage est pratiquement l’oeuvre d’une vie. Ce dernier a découvert le journal de Rameau au début des années 1970, alors qu’il était encore aux études. En 1990, il a entrepris le travail pour l’abandonner après quelques années, en raison d’impératifs professionnels. Puis en 2012, lorsqu’il s’est retiré, il s’est de nouveau attelé à la tâche. Il raconte que Rameau, qui aimait beaucoup écrire, notait ses observations au fur et à mesure qu’il avançait dans son voyage. Son périple qui l’a mené de l’Acadie jusqu’au dans le sud des États-Unis en passant par le Québec, a duré une année.

«Les notes étaient difficiles à déchiffrer. Je pouvais lire son écriture, alors que d’autres n’y arrivaient pas. C’est la raison qui m’a motivé à faire la transcription de ses notes. Ce que je lisais là-dedans était très précieux et d’une importance capitale pour la communauté acadienne parce qu’il n’y a personne qui avait jeté un regard comme ça. Rameau, c’est vraiment un regard intime avec les yeux d’un anthropologue en herbe, d’un historien.»

Pendant son séjour de deux mois en Acadie, il a parcouru les établissements français, surtout ceux de la Nouvelle-Écosse. Au Nouveau-Brunswick, il est parti de Memramcook pour ensuite longer le littoral acadien jusque dans la région du Restigouche. Il s’agit d’un voyage incroyable puisque les moyens de transport de l’époque étaient encore rudimentaires. Il a été vu par certains comme un espion, par d’autres comme un sauveur venu de la France pour libérer les Acadiens. Ronnie-Gilles LeBlanc a apprécié le côté personnel de ses notes de voyage, permettant ainsi de découvrir le personnage.

L’auteur a reconstitué le journal de Rameau en transcrivant ses notes qu’il a assorties d’annotations explicatives. Il y a même découvert l’origine du mythe de la caravane de familles acadiennes enfuies des colonies anglo-américaines pour se rendre dans la Vallée de Memramcook. Une image qui a d’ailleurs inspiré Pélagie-la-charrette d’Antonine Maillet.

L’auteur estime que l’ouvrage séduira les lecteurs en raison de l’écriture de Rameau. Il écrit bien et il a le souci du détail.

«Toute personne qui s’intéresse à l’Acadie au milieu du 19e siècle ou même à l’Acadie en général sera charmée. C’est intéressant de voir comment un Français les a perçus à l’époque.»

La parution de l’ouvrage Le Voyage de Rameau de Saint-Père en Acadie 1860 marque le lancement de la nouvelle collection, Études acadiennes, de l’Institut d’études acadiennes en partenariat avec Les éditions du Septentrion. L’Institut des études acadiennes continue ainsi le travail commencé par l’ancienne collection Pascal-Poirier.

«Ça représente un énorme avantage parce que ces livres vont pouvoir circuler beaucoup plus», a ajouté l’auteur qui publie son premier ouvrage en solo. Il a collaboré à trois projets collectifs comme coauteur.