La gouvernance locale et la culture: un défi de taille

Si de plus en plus de municipalités francophones au Nouveau-Brunswick comptent sur une politique culturelle, il reste que le milieu des arts souffre de l’absence de gouvernance locale dans certaines régions. Sans instances municipales, comment défendre des projets culturels?

Selon les plus récentes données, 30% de la population francophone du Nouveau-Brunswick vit encore dans des territoires non incorporés. Dans certaines régions comme dans le comté de Kent, ce chiffre passe à 65%. Selon l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) et l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), ce constat a un impact sur le développement des arts et de la culture.

«La pleine municipalisation est essentielle pour le développement de l’ensemble du Nouveau-Brunswick, à tous les égards, notamment sur le plan artistique et culturel. Travailler avec une municipalité et un territoire non incorporé, c’est le jour et la nuit. On n’a pas d’instance à qui parler de politique ou de financement de projets», avance le président de l’AAAPNB, Philippe Beaulieu.

Depuis l’adoption de la Stratégie globale pour l’intégration des arts et de la culture dans la société acadienne en 2009, plusieurs municipalités se sont dotées d’une politique culturelle. Aujourd’hui, ce sont plus de 12 villes et villages francophones dans la province qui disposent d’une politique culturelle. L’AAAPNB et l’AFMNB travaillent avec sept municipalités pour élaborer un plan d’action afin d’insuffler plus de dynamisme aux politiques culturelles.

«Sans plan d’action, ce n’est que de l’encre sur du papier. On a développé tout un plan de formation pour outiller les municipalités à pouvoir mettre les arts et la culture à contribution dans un plan», a indiqué la directrice générale de l’AAAPNB, Carmen Gibbs.

Le directeur général de l’AFMNB, Frédérick Dion, souligne qu’on est loin de l’époque où les municipalités étaient vues seulement comme des gestionnaires d’eaux et égouts. Aujourd’hui, les citoyens ont compris le rôle plus large des villes qui est de créer des environnements où les gens peuvent s’épanouir. Selon lui, les arts et la culture arrivent certainement en tête de liste.

«C’est une question de ressources, ce n’est pas une question d’intérêt. Les municipalités sont conscientes qu’elles doivent jouer sur ce terrain-là, mais malheureusement, parfois les moyens ne sont pas au rendez-vous», a commenté M. Dion.

L’Acadie n’étant pas très populeuse, la tâche d’instaurer des initiatives culturelles devient d’autant plus ardue en l’absence de gouvernement local. Frédérick Dion rappelle que la municipalité constitue un levier de développement.

«Dans toute la stratégie de l’aménagement culturel du territoire, l’association s’est butée à cette réalité-là. C’est vraiment un problème majeur parce que quand on définit une politique culturelle, la municipalité couvre un territoire, mais à l’extérieur de ce territoire, lorsque ce n’est pas une municipalité, il n’y a pas de façon qu’ils peuvent participer, bien qu’il y ait des organisations communautaires à l’intérieur desquels siègent des gens qui viennent des DSL», a-t-il partagé.

Refus du fédéral

Si beaucoup de municipalités emploient des agents culturels, ceux-ci portent souvent plusieurs chapeaux dans les localités plus petites qui disposent de peu de ressources. En 2014, lors de la convention de l’Acadie à Fredericton, l’AAAPNB a soumis une recommandation visant à favoriser la pleine municipalisation et la nécessité de renforcer la gouvernance locale. L’AFMNB s’est vu récemment refuser une demande de financement du ministère du Patrimoine canadien pour mettre en place un centre d’expertise en gouvernance locale.

«Nous on croit que la réforme forcée n’arrivera jamais. Il faut comprendre qu’au Nouveau-Brunswick avec l’Île-du-Prince-Édouard, on est dans une situation unique au Canada où on a une proportion importante de notre population qui n’a pas accès à un gouvernement municipal. C’est une approche volontaire, mais il faut faire beaucoup de travail de terrain pour convaincre les gens de l’importance de se regrouper», a partagé M. Dion.

Depuis dix ans, les projets de regroupement ont accusé presque autant d’échecs que de succès. L’association qui a repris son projet à zéro entend le présenter à nouveau au gouvernement. Selon M. Dion, le gouvernement fédéral ne semble pas comprendre cet enjeu pour le développement des communautés francophones de la province.

«Les arts et la culture sont pour la communauté acadienne francophone une planche de salut dans certains cas. Une partie de notre fierté nous vient des arts et de la culture. Je me dis qu’on pourrait tellement en faire plus si nos municipalités avaient plus de ressources pour mener de front des dossiers semblables», a-t-il ajouté.