La conjugaison des êtres de Nicole Haché ou l’effet d’apesanteur

La plus récente collection de toiles de Nicole Haché, La conjugaison des êtres, poursuit sa route à travers le Nouveau-Brunswick. Après Edmundston et Saint-Jean, cette série qui explore l’influence des nouvelles technologies sur les relations humaines est en montre au Théâtre Capitol à Moncton.

Sujet de l’heure, les relations interpersonnelles à l’ère des nouvelles technologies sont au coeur du travail de Nicole Haché. L’artiste visuelle de la Péninsule acadienne souhaite que cette collection suscite une réflexion chez le spectateur. Comment les médias sociaux transforment-ils les relations humaines? Voilà une question qui a fait beaucoup jaser au cours des dernières années. L’artiste a voulu transposer cette question dans une série de peintures qui reflètent ses préoccupations.

«Ma démarche artistique au départ était beaucoup axée sur l’environnement physique et écologique, puis tranquillement à travers les voyages et les années de création, c’est devenu vraiment un questionnement sur l’environnement social, une réflexion sur le comportement humain au niveau des relations interpersonnelles. Qu’est-ce qu’on est peut-être en train de perdre avec la technologie, les réseaux sociaux, les écrans, etc.?», demande l’artiste.

Son exposition a été présentée au Nouveau-Brunswick depuis 2016. En la montrant à Moncton pour la première fois, elle s’estime privilégiée puisqu’elle pourra rejoindre un nouveau public dans une ville qui vibre sur le plan culturel. La collection qui rassemble une douzaine de grandes œuvres prolonge sa quête sur la nature et les liens qui unissent les êtres humains. Elle rappelle l’importance des contacts humains, des regards échangés et des rencontres.

Ses peintures acryliques abstraites représentent des paysages nébuleux, aux formes organiques et vaporeuses, de couleurs très pâles. Son travail est marqué par la délicatesse et la sensibilité. En utilisant la technique de dilution, un effet d’apesanteur se dégage de ses peintures.

«Il y a comme une légèreté si on regarde la peinture. J’ai voulu représenter à travers la technique, ce que nous sommes en train de perdre dans nos relations interpersonnelles. C’est au niveau du senti et du non-dit. Quand je crée avec cette technique, c’est aussi un dialogue avec la matière. Je travaille par couches avec des pigments et des dilutions. Pour moi, il y a une part de contrôle et d’imprévu.»

Celle qui sonde l’âme humaine et le monde virtuel espère surtout provoquer une réflexion avec son travail.

«À travers mon travail, j’exprime quelque chose. Au-delà de ça, après avoir vu l’exposition, je souhaite que la personne soit transformée par la réflexion que ça lui a apportée sur cette relation qui est en train de changer à travers la technologie. Elle peut en parler, en discuter, réfléchir à ça et amener un discours de groupe et dans les familles.»

Nicole Haché, qui compte une soixantaine d’expositions à son actif dont une vingtaine en solo, a entamé un nouveau projet qui explore sensiblement le même thème, mais sous un nouvel angle qui pousse encore plus loin sa démarche. Cette nouvelle collection prendra forme au cours des deux prochaines années. Active depuis 2002, l’artiste autodidacte a constamment cherché à se renouveler. Celle qui a exposé en Amérique du Nord, en Europe et en Afrique a récolté une dizaine de prix et de reconnaissances soulignant ainsi la qualité de son travail.

Le vernissage de La conjugaison des êtres se tient mercredi à 17h dans la Galerie d’art du Théâtre Capitol aménagée dans le foyer de l’établissement. L’exposition sera en montre jusqu’au 26 avril.

Nicole Haché devant son exposition au Théâtre Capitol. – gracieuseté: Paul Édouard Bourque.