FICFA au Théâtre Capitol: des producteurs insatisfaits

Si certains producteurs déplorent les conditions de projection cinématographique au Théâtre Capitol, le directeur général du Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA), Marc Gauthier, assure qu’il n’est pas question de délaisser cet établissement du centre-ville de Moncton comme lieu de diffusion.

Depuis plusieurs années, le FICFA présente deux ou trois séances de projection spéciales au Théâtre Capitol. Maryse Chapdelaine qui a produit, entre autres, Nos hommes dans l’Ouest et Les héritiers du club, confie qu’elle a vécu des expériences plus ou moins satisfaisantes dans ce théâtre. Celle qui a déjà présidé le jury du FICFA remet même en question l’idée d’avoir la première d’un film dans cette salle multifonctionnelle. Selon celle-ci, la qualité des projections n’est pas optimale, tout en admettant que le théâtre est un lieu de rassemblement qui offre des avantages non négligeables quant à la capacité d’accueil. La première du documentaire Nos hommes dans l’Ouest de Renée Blanchar a donné le coup d’envoi au FICFA au Théâtre Capitol en novembre.

«C’est quand même gratifiant de pouvoir faire l’ouverture d’un festival et c’est important dans le cheminement d’un film, ce qu’il l’est moins ce sont les conditions dans lesquelles, on présente les films d’ouverture et de clôture au festival par rapport à d’autres festivals qui ont la même envergure. On se dit que ce serait vraiment bien que le FICFA organise autrement la présentation des films de clôture et d’ouverture. Ou en tout cas qu’il trouve un endroit où les conditions sont maximales», a soulevé la productrice en entrevue après avoir partagé ses préoccupations sur les médias sociaux.

Selon celle-ci, les conditions de projection ne rendent pas justice au travail des artisans et artistes du cinéma. À l’avenir, la productrice préférerait que ses films soient présentés au Cinéplex à Dieppe qui accueille la majorité de la programmation du FICFA.

«Les écrans qui sont là (au Capitol) ne sont pas des écrans qui sont faits en fonction d’une salle de cinéma. On n’est pas immergé vraiment. On a eu beaucoup de commentaires de gens qui étaient en haut au balcon qui nous ont dit que le son n’était pas bon, qu’ils n’entendaient pas bien ou qu’ils entendaient juste une partie. C’était vraiment très éprouvant pour nous parce que c’était la première du film. Nous avions expérimenté la même chose quand nous avions présenté Les héritiers du Club

Compromis?

D’après Mme Chapdelaine, le réel problème réside dans le fait qu’il n’existe pas de salle à Moncton pour présenter de grands événements filmiques pouvant accueillir plus de 700 personnes comme au Capitol. Les cinéastes doivent donc faire des concessions sur l’expérience de l’immersion cinématographique, note-t-elle.

«Ça fait bizarre que le film d’ouverture et de clôture d’un festival international soit présenté dans ces conditions-là.»

La cinéaste et productrice Ginette Pellerin (Herménégilde Chiasson, de ruptures en contraintes) qui a présenté des films au Théâtre Capitol dans le cadre du FICFA a vécu également des expériences mitigées au cours des dernières années.

Ginette Pellerin – Archives

«C’est vrai que c’est décevant, mais en même temps, c’est un happening et on accepte ça parce que c’est une fête, c’est le Capitol et c’est au centre-ville.»

Elle précise qu’elle a déjà vu des situations semblables dans d’autres festivals et parfois bien pires. La cinéaste suggère au festival de revenir peut-être à l’ancienne époque où les films d’ouverture et de clôture étaient projetés dans une véritable salle de cinéma.

«Quand on a une projection au Cinéplex, c’est magique parce qu’on a des magnifiques conditions de projection.»

Des équipements améliorés

Tout en étant conscient des contraintes en matière de projection de cinéma posées par l’infrastructure du Théâtre Capitol et l’équipement à sa disposition, le directeur général du FICFA, Marc Gauthier, maintient que cet établissement répond très bien à leurs besoins.

«Ce n’est toujours pas parfait, mais nous devons prendre en compte tous les facteurs. Le Capitol est un très beau bâtiment historique qui peut accueillir plus de 700 personnes, avec une scène qui se prête mieux aux remises de prix et périodes de questions-réponses à plusieurs personnes, comme nous l’avons vu lors de l’avant-première de 1999 de Samara Chadwick en novembre. Il y a un grand foyer dans lequel notre public peut discuter autour d’un verre. Tous ces facteurs doivent être pris en considération lors de la mise sur pied d’un festival», a partagé Marc Gauthier.

Il y a quelques années, ils ont changé leurs formats de diffusion afin d’offrir un son «surround» qui encercle le spectateur. De plus, la direction du Capitol vient de faire l’achat d’un nouveau projecteur laser qui pourra certainement améliorer la qualité des projections, a fait savoir une porte-parole de l’établissement, Geneviève Maltais.

«La technique me dit que le laser est de loin supérieur à ce qu’on avait avant», a-t-elle souligné.

Celle-ci précise que le théâtre cherche toujours à se doter d’équipements à la fine pointe de la technologie qui peuvent servir à l’ensemble de ses productions.

L’ex-producteur au Studio Acadie de l’ONF, Jac Gautreau, (actuellement producteur exécutif du projet de L’école des océans) admet que le Capitol pose des défis techniques puisque la salle n’a pas été construite spécifiquement pour le cinéma. Par contre, rassembler 700 personnes qui vivent en même temps un événement de cinéma, c’est unique.

«Est-ce que c’étaient des conditions idéales pour présenter le film 1999? Non, mais on a considéré que d’avoir un événement où 800 personnes pouvaient vivre le film en même temps, ça valait l’échange», a commenté le producteur.

Marc Gauthier précise que les cinéastes ont toujours le choix de laisser tomber l’ouverture ou la clôture afin d’être placé ailleurs au programme, donc au Cineplex à Dieppe, ce qu’il comprend totalement. Les responsables du festival n’envisagent pas de déplacer l’ouverture et la clôture du festival au Cineplex. Bien que ces salles offrent une technologie de pointe, elles sont limitées à environ 200 places.

«Les trois séances présentées au Capitol lors du 31e FICFA auraient nécessité la location de 3, 4 et 3 salles respectivement afin d’accueillir tout le public. Au niveau de la logistique et des coûts, ça ne fonctionne pas», a-t-il précisé.

Il ajoute que leur plus grand souhait est de respecter à la fois les attentes des cinéastes et des cinéphiles. Selon M. Gauthier, la majorité du public semble satisfait avec l’expérience actuelle et la plupart des cinéastes présents pour la diffusion de leurs films ont jugé que la projection était adéquate.

«Nous allons continuer de travailler afin d’améliorer l’expérience du festival pour tous avec les moyens à notre disposition, mais nous ne planifions pas de laisser tomber le Théâtre Capitol comme lieu de diffusion.»