Mélodie Millenium ne déçoit pas

Dernière création de la saison du Théâtre populaire d’Acadie, Mélodie Millenium ne manque pas de surprises et d’intérêt. Elle est jouée ce mois-ci aux quatre coins de la province.

Il y a quelques décennies, les demoiselles voulaient toutes leur Prince charmant. Les temps (et les rêves) ont changé.

Mélodie, jeune femme représentative de la génération actuelle – les milleniums –, n’a qu’une seule obsession: accomplir son destin qu’elle conçoit spécial, tout comme son image. Elle n’est pas une pouliche comme les autres, c’est une licorne… croit-elle.

Pas question d’avoir la même vie que sa mère, et avant elle sa grand-mère. Travailler, se marier et avoir des enfants, très peu pour elle. Mélodie attise ses envies de gloire et de célébrité, sans se soucier de se brûler les ailes.

Une participation à une émission de télé-réalité l’a convaincue qu’elle était la seule et l’unique. Une élimination en quart de finale l’a contrainte à retourner vivre chez sa mère et c’est la déprime.

«Je ne sais pas pour qui je me maquille. Y’a pas de caméras.»

Ainsi débute la dernière création de Matthieu Girard, qui porte le nom de son personnage principal Mélodie Millenuim. La pièce était présentée pour la première fois à Caraquet, mardi soir. Elle sera en tournée dans la province, jusqu’à la fin mars.

Dès les premières scènes, un malaise teinté d’inquiétude s’installe chez le spectateur. On reconnaît les talents d’écriture du dramaturge dans les répliques, mais l’ensemble apparaît trop caricatural. La promesse d’une resucée de série B.

Et ce ne sont pas les morceaux chantés (sur une musique de Pierre Guy Blanchard et Jason LeBlanc, alias Menoncle Jason) qui sauvent ce désastre annoncé, pense-t-on alors.

Matthieu Girard, déjà auteur de Fantásma et Les Beignes, aurait-il raté son pari? Non, car Mélodie Millenium est une pièce plus complexe qu’elle paraît. C’est une commode qui recèle de tiroirs.

Les niveaux de lecture sont multiples. Bien sûr, il y a au premier plan le portrait acerbe et sans compromis d’une génération. Celle de jeunes qui, à force de vouloir se démarquer, ne sont au fond qu’interchangeables.

Avec justesse, l’amour à 50 ans, avec le personnage de la mère, Carmelle, est évoqué. Tout comme l’idée qu’on peut réussir sa vie quand on a un physique ingrat et après avoir été la risée de ses camarades d’école.

Mélodie Millenium marque le retour sur les planches de Katherine Kilfoil, à l’affiche de La vieille femme près de la voie ferrée (en 2012) et de Raphaël Butler, rôle-titre de la comédie musicale Louis Mailloux. Chacun s’illustre dans un registre qui lui sied à merveille. Elle est attachante, là où lui est drôle.

Cette œuvre offre à Tanya Brideau un personnage haut en couleur et fascinant. Dans le costume de Mélodie, elle magnétise. En particulier, dans son numéro final.

Sous ses apparences de dissonance et de légèreté, la pièce révèle l’euphonie et une profondeur insoupçonnées.

Dans Mélodie Millenium, les rôles de Tanya Brideau, Matthieu Girard et Katherine Kilfoil (de gauche à droite) gagnent en profondeur au fur et à mesure de la pièce. – Gracieuseté: Jérôme-Luc Paulin

En tournée provinciale

La pièce Mélodie Millenium sera présentée un peu partout au Nouveau-Brunswick, jusqu’à la fin du mois. Elle sera jouée:

  • – au Centre scolaire communautaire La Fontaine, à Néguac, le 15,
  • – à l’École Marie-Esther, à Shippagan, le 17,
  • – à la Salle Jeanne-de-Valois de l’Université de Moncton, le 20,
  • – au Centre communautaire Sainte-Anne, à Fredericton, le 21,
  • – à l’École secondaire Nepisiguit, à Bathurst, le 22,
  • – à la Polyvalente Louis.-J. – Robichaud, à Shediac, le 24,
  • – dans l’amphithéâtre de l’UMCE, à Edmundston, le 27,
  • – à la Polyvalente A.-J.-Savoie, à Saint-Quentin, le 28,
  • – à l’École L.E.R., à Dalhousie, le 29.

Toutes les représentations débutent à 19h30. Les billets sont disponibles via le réseau Billetterie Accès et dans d’autres points de vente (détail sur le site internet du Théâtre populaire d’Acadie). Tarifs: 22,50$ (12,35$ pour les étudiants).