Satellite Théâtre met le cap sur l’Afrique

Satellite Théâtre participe au Marché des Arts du Spectacle Africain (MASA) à Abidjan en Côte d’Ivoire. Pour les directeurs artistiques de cette compagnie de théâtre de Moncton, c’est l’occasion d’élargir les possibilités d’échanges, de création et de tournées.

 

Le marché africain est vaste, complexe et peu développé, note le codirecteur artistique de Satellite Théâtre, Mathieu Chouinard. Depuis 2013, il collabore avec l’Association tchadienne Ndam se na et Atlas Film de Moncton à la création du projet Zone Rouge. C’est ce projet qui a en quelque sorte ouvert les portes du MASA à cette compagnie qui se spécialise dans le théâtre physique.

C’est la première fois qu’une compagnie acadienne de théâtre participe à ce grand marché des arts africains qui propose plus de 300 spectacles à sa programmation officielle.

«C’est comme la FrancoFête sur le speed. En plus du programme officiel, on parle d’au-delà d’un millier de performances de tout genre qui se passent dans la ville d’Abidjan. Ça vient avec le chaos qu’on peut imaginer à Abidjan. Le temps est assez élastique et c’est très éclaté comme événement», a-t-il partagé.

Mathieu Chouinard et Marc-André Charron se joignent à la délégation du Conseil des arts du Canada qui rassemble des compagnies francophones du Québec et une de l’Acadie.

En plus de rencontrer des artistes d’un peu partout en Afrique, les directeurs de Satellite Théâtre participent à des activités d’échanges et de formation.

«On va aller parler des projets qu’on fait, des défis qu’on rencontre de part et d’autre et un peu des pistes de réflexion sur comment rendre ces projets-là plus viables et plus nombreux. Il y a de plus en plus de partenariats artistiques qui peuvent se faire avec l’Afrique, mais c’est encore les parents pauvres au niveau des collaborations internationales parce qu’ils n’ont pas d’argent.»

Mathieu Chouinard travaille avec le chorégraphe et danseur Taigue Ahmed depuis 2012. Ce dernier est venu quelques fois en Acadie. L’année dernière, six artistes canadiens et tchadiens ont parcouru le Tchad pendant neuf semaines avec le projet Zone Rouge. Ils ont travaillé, entre autres, avec des gens vivants dans des camps de réfugiés. Les artistes organisent des ateliers de danse, de musique et de théâtre pour ensuite monter un spectacle qui met en lumière les résultats de leur travail. Zone Rouge, c’est aussi un spectacle multidisciplinaire (théâtre, danse, documentaire, musique et conférence-discussion) inspiré du projet mené dans les camps de réfugiés. Ce spectacle en développement qui naîtra en 2021, prend sa source dans la rencontre entre l’Afrique et l’Occident et leurs rapports politiques.

«C’est un spectacle qui est à la fois assez ludique parce qu’on est dans la rencontre de deux cultures et assez engagé dans le sens qu’il y a un commentaire politique net et direct, assez cru sur comment on gère nos rapports avec ces pays-là.»

Satellite Théâtre souhaite faire tourner ce spectacle en Afrique et en Acadie à compter de 2021. L’homme de théâtre confie que sa passion pour l’Afrique lui vient de très loin. Tout jeune, ses oncles et ses tantes qui travaillaient comme diplomate à l’étranger revenaient au pays avec plein d’histoires.

«C’est aussi dans l’ADN de la compagnie. La rencontre des cultures et des formes est au centre de notre pratique, de ce qui nous passionne comme compagnie et comme créateur. L’Afrique, c’est un territoire qui pour nous est tellement vaste et à découvrir et peu connu à l’extérieur de l’Afrique. Comme Occidentaux, on a tellement de préjugés favorables ou défavorables qu’on rencontre à travers les médias souvent par des regards très biaisés. Pour moi, le projet Zone Rouge, c’est un peu de démystifier l’Afrique.»

Mathieu Chouinard emporte aussi dans ses valises un peu de son Acadie.

«J’ai été très touché au Tchad quand je vois des artistes parler d’exil. Même si je suis très peu porté vers les violons de la Déportation, il y a des choses qui m’ont touché énormément où je ne m’attendais pas d’être touché.»

Le MASA se déroule jusqu’au 17 mars.