Des réfugiées syriennes se racontent par l’art

Exprimer des émotions difficiles peut s’avérer plus facile par l’art que par les mots. L’exposition Racines, histoires et mémoires présentée à la Bibliothèque publique de Moncton témoigne du parcours de cinq réfugiées syriennes qui ont été accompagnées dans leur démarche par l’artiste Dominik Robichaud.

Le Centre d’accueil et d’accompagnement francophone des immigrants du sud-est du Nouveau-Brunswick (CAFI) a mis sur pied un projet d’art-thérapie. Depuis le mois d’octobre, un groupe de femmes syriennes travaille avec l’artiste visuelle et spécialiste en art-thérapie Dominik Robichaud. L’interprète d’origine marocaine Wijdane Akachkach a fait le pont entre l’artiste francophone et les femmes qui parlent arabe. Après le marché de Noël, le groupe a entrepris de réaliser des œuvres qui font appel à plusieurs médiums en vue de créer une exposition publique autour des thèmes, racines, histoires et mémoires.

«C’est vraiment inspirant d’entendre les femmes parler à partir de leurs oeuvres parce qu’on n’entend pas souvent les femmes syriennes parler de leur réalité. Finalement, elles ont dit quelque chose à partir de ces œuvres, elles ont raconté leurs histoires, leurs mémoires et leurs racines et j’ai vraiment hâte de voir les échanges artistiques avec le public», a exprimé Wijdane Akachkach.

Chaque semaine, les femmes de l’atelier fait-main se sont rencontrées afin d’échanger et de discuter de leurs projets artistiques. Dominik Robichaud leur a suggéré de créer au moins un livre modifié et un projet avec des matériaux de leur choix. Le résultat est assez remarquable et très évocateur. À partir de livres de toutes sortes, de dictionnaires, de romans, elles ont créé des sculptures qui posent un nouveau regard sur leur situation, révélant des fragments de récits de vie réels ou fictifs. Elles ont littéralement transformé les livres en autre chose.

«Pendant 12 semaines, elles ont travaillé à créer un ou plusieurs livres avec une histoire de vie soit réelle ou fictive. C’est une façon de changer la narration de leur vie. Au lieu d’être uniquement des réfugiées, elle raconte des histoires. Je leur ai donné des exemples d’artistes qui font ce genre de travail. Je n’ai pas enseigné la technique et elles ont complètement exploré», a expliqué Dominik Robichaud.

Des sculptures de papier, des œuvres au crochet, des installations, de la broderie, des assemblages, des dessins et des peintures composent cette exposition. Elles ont redécouvert la création et retrouvé des talents qu’elles avaient déjà en elle. Certaines œuvres montrent des aspects positifs de la vie, tandis que d’autres témoignent d’une réalité plus dure.

«Il y a la guerre, mais il y a également la beauté, l’amour et la passion. Ce sont deux pôles. Il y a aussi la vie qui revient beaucoup, l’arbre, la maison, les fleurs.»

Dominik Robichaud souligne que l’art permet d’exprimer plus aisément des émotions qui ne se partagent pas nécessairement avec la parole, puisque les traumatismes affectent souvent le côté du cerveau où se trouve la zone du langage. Il faut alors explorer les zones émotives et créatives du cerveau.

«C’est plus facile de mettre dans une œuvre d’art ses émotions. Avec les mots, on met souvent une censure. Les images de guerre en œuvre d’art sont moins traumatisantes que les vraies traumatismes vécus. Ça devient plus acceptable», a ajouté l’artiste qui s’intéresse à la psychologie dans l’art depuis longtemps.

Les formes d’art sont variées. Dominik Robichaud est impressionnée par le résultat et la créativité qui s’en dégage. Avant même que le montage de l’exposition soit complété, il y avait déjà beaucoup de curiosité et d’intérêt de la part des visiteurs à la bibliothèque. Le vernissage se tient mardi de 17h à 19h à l’entrée de la bibliothèque publique de Moncton.