Isla Blanca: histoire de fugue et de deuil

Les sujets graves mettant en lumière des femmes marquées par les épreuves semblent coller à la peau de la réalisatrice Jeanne Leblanc, dont le premier long métrage Isla Blanca traite de fugue et de deuil. La cinéaste présentera son film à Moncton dans le cadre de la Tournée Québec cinéma.

L’action du film Isla Blanca se déroule principalement dans la petite ville de Saint-Hilaire au Québec. Une jeune femme Mathilde (Charlotte Aubin) revient dans la ville de son enfance qu’elle a fuie à l’adolescence. Huit ans après son absence inexpliquée, elle aura à faire face aux démons de son passé et aux conséquences de ses actes sur sa famille. Elle retrouve son jeune frère qui est devenu un aidant naturel auprès de sa mère gravement malade. Jeanne Leblanc raconte que cette histoire s’inspire d’abord de sa propre expérience. À l’âge de 19 ans, la réalisatrice a perdu sa mère.

«J’ai passé une nuit toute seule avec elle aux soins palliatifs et j’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’un moment surréel. Le temps nous apparaît trop court. Il y a comme quelque chose qui échappe à tout ce qui est rationnel», a raconté la réalisatrice qui a eu envie d’aborder cette question au cinéma.

La cinéaste qui a tourné ce film avec un micro budget de 90 000$ a choisi d’ancrer le film sur le jeu des acteurs. C’est le signe distinctif de cette oeuvre qualifiée d’audacieuse et d’intimiste. Beaucoup de temps a été consacré à la mise en place des scènes. Luc Picard, Théodore Pellerin et Judith Baribeau tiennent aussi des rôles dans ce film.

«Nous avons pris énormément de temps pour chaque scène. On en faisait une par jour. Le temps devient notre meilleur ami à ce moment-là. Quand on est à micro budget, il faut s’établir un ordre de priorités très strictes si on veut y arriver.»
Assistante à la réalisation de profession et chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal, Jeanne Leblanc connaît bien les rouages de la production cinématographique. Son expérience lui a permis de bien structurer son film et de réfléchir à ses priorités.

Entrecoupées d’envolées poétiques tournées sur l’île Mexicaine, la plupart des scènes prennent place dans une maison à Saint-Hilaire. La cinéaste mentionne qu’il s’agit pratiquement d’un huis clos.

«Ce n’est pas un film à punchs. C’est plus une exploration puisque Mathilde tombe face à face avec son frère avec tous ce qui ça implique de remords et de culpabilité. Ultimement, elle va rencontrer sa mère et se rencontrer elle-même.»

Comment expliquer ses années d’absence?

La réalisatrice souligne que la fugue est rarement explicable, comme en témoignent les nombreuses lectures qu’elle a faites sur le sujet. À l’instar de la série télévisée Fugueuse qui a fait beaucoup jaser, il n’y a pas de réponse claire.

«En fait, dans tout ce que je lisais sur les fugues, j’ai constaté que c’est rarement un événement, mais plus une espèce de sentiment d’insatisfaction et de vide existentiel. C’est ce qui est le plus troublant. Ce serait si facile d’avoir une réponse, mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. C’est un mal à l’âme et un vide immense qui ne s’explique pas de manière si rationnelle.»

Dans presque toutes ses œuvres cinématographiques, Jeanne Leblanc a exploré des sujets difficiles, comme dans son court métrage Carla en 10 secondes qui traite de viol collectif.

«Si vous saviez comment je ne suis pas une personne grave dans la vie. Sincèrement, je pense que des fois ce sont des rencontres entre un thème et nous. Quand je m’intéresse à un sujet, je plonge dedans et je vois la vie sous ce prisme.»

La réalisatrice aux origines acadiennes lointaines a présenté ses courts métrages à quelques reprises au Festival international du cinéma francophone en Acadie.
«C’est un festival pour lequel je suis littéralement tombé en amour à cause de l’ambiance, des gens qui nous accueillent, de l’amour du cinéma qu’ils ont et le public qui est présent», a ajouté la cinéaste.

Isla Blanca est présenté le jeudi 29 mars, à 21h, à la Salle Bernard-LeBlanc du Centre culturel Aberdeen. La réalisatrice sera sur place pour discuter avec les cinéphiles. Dans le cadre de cette Tournée Québec cinéma, on présente aussi Les scènes fortuites de Guillaume Lambert à 19h, au même endroit.