Une Bolduc avec un petit air du Madawaska

En personnifiant La Bolduc dans le film de François Bouvier, l’actrice Debbie Lynch-White a reconnu la nature généreuse, enjouée et combattante des femmes de sa famille maternelle au Madawaska.

«Plus j’en découvrais sur elle, plus elle me faisait penser aux femmes de ma famille Lynch, à ma grand-mère, à mes tantes, leur côté festif, leur côté généreux et combattant. Je la sentais pas très loin de moi», a déclaré l’actrice.

Comme son personnage, elle a des origines irlandaises. La mère de Debbie Lynch-White est née à Edmundston, dont une grande partie de sa famille y habite toujours.

«J’essaie d’aller deux fois par année dans la région d’Edmundston. Quand j’étais jeune, j’allais passer mes étés et des Noëls là-bas avec mes grands-parents. J’aime beaucoup ce coin-là avec mes oncles, mes tantes, mes cousins, mes cousines», a-t-elle poursuivi.

L’actrice québécoise estime que ses origines irlandaises et néo-brunswickoises ont influencé sa façon d’incarner le personnage de Mary Travers alias La Bolduc. Pionnière de la chanson au Québec, l’auteure-compositrice-interprète est née en 1894 à Newport en Gaspésie. Elle a grandi dans une famille pauvre. En s’inspirant du matériel historique, l’actrice a redonné vie à ce personnage historique, avec son propre souffle.

«Je me suis dit: je ne veux pas jouer la Bolduc, je veux jouer ma Bolduc parce que la Bolduc il y en a une et ça se trouve que ce n’est pas moi. C’était important d’orienter ça sur le fait que je ne suis pas une imitatrice, mais une actrice et on raconte une histoire.»

Un tournant important

Si le personnage de la gardienne de prison Nancy Prévost dans la série Unité 9 a propulsé la carrière de Debbie Lynch-White, celui de la Bolduc risque d’être un tournant tout aussi important. Il s’agit du premier grand rôle au cinéma pour la comédienne qui a obtenu son diplôme de l’École de théâtre de Saint-Hyacinthe en 2010.

«C’est quand même pas rien pour la jeune actrice que je suis. Je suis très excitée et honorée de ça. C’est le genre de rencontre qui n’arrive pas souvent dans une carrière entre une actrice et un personnage historique, puis j’ai essayé de savourer chaque instant. J’en garde d’excellents souvenirs et je pense que ça va être un rôle qui va me suivre longtemps.»

Pour se préparer à incarner cette icône musicale, la comédienne qui sait aussi chanter a appris à jouer du violon, de l’harmonica et à turluter. Même si le son du violon et de la musique à bouche n’est pas le sien dans le film, elle tenait à apprendre à en jouer afin d’être le plus crédible possible. Pour ce qui est des turlutes et de la voix, c’est la sienne.

«J’ai appris exactement les turlutes de la Bolduc parce qu’elle improvisait, mais moi je n’ai pas ce talent-là donc j’ai appris les turlutes son par son.»

Le drame historique relate la vie de la chanteuse de l’âge de 19 à 46 ans, pratiquement jusqu’à la fin de ses jours, puisqu’elle est morte à 47 ans. Avec la crise économique en toile de fond, cette mère de famille, qui a donné un élan de fraîcheur au folklore en chantant le quotidien des gens, a réussi à sortir sa famille de la misère par la musique. À l’époque, les femmes n’avaient pas le luxe de choisir de faire carrière en musique.

«À la base, c’était pour nourrir ses enfants, donc il y a quelque chose de très noble et de très courageux et évidement après ça, elle y a pris du plaisir, elle aimait la musique et faire de la tournée, mais venait avec ça un grand sentiment de culpabilité. C’est ce qu’on découvre dans le film.»

«Elle ne se proclamait pas militante féministe comme Thérèse Casgrain (droit de vote des femmes) qu’on voit dans le film, mais La Bolduc a été avant-gardiste dans ses actions, mais elle ne se posait pas la question, elle le faisait. Elle nous a ouvert la voie et nous a défriché le chemin. Elle a été aussi importante pour la femme et pour le peuple que l’a été Thérèse Casgrain.»

Née dans un «corps de Viking»

Debbie Lynch-White se sent choyée par sa carrière d’actrice. Dès l’enfance, celle qui adorait donner des spectacles, se costumer, chanter et jouer devant la famille rêvait de faire ce métier.

«J’avais huit ans et je disais à mon grand-père que j’allais être actrice. J’ai toujours senti que j’étais au monde pour faire ce métier-là.»

Celle qui estime être née dans un corps de Viking en raison de son imposante stature a décidé de s’en servir pour que cela joue en sa faveur.

«Je pense que j’ai un casting atypique, donc ça joue en ma faveur la majorité du temps. Je n’ai pas peur de me servir de tout ce que je suis pour un personnage, puis après ça, c’est sûr que si on nous fait confiance pour un personnage, il faut honorer cette confiance-là. Je pense que je suis très travaillante et rigoureuse dans ce que je fais.»

L’actrice a plusieurs projets dans sa mire, dont la sortie d’un premier essai littéraire à l’automne dans lequel, elle livrera sa vision sur différents sujets de la vie sous forme de courts récits divisés en plusieurs chapitres. On y retrouvera, entre autres, une lettre écrite à son père qui était atteint de sclérose en plaques, un chapitre sur l’homosexualité et un autre sur devenir propriétaire de maison. Elle prépare aussi un spectacle musical pour 2019 qui mettra en valeur des chansons en français et en anglais écrites par des femmes. La Bolduc sortira en salle le 6 avril, notamment au Cinéma du Centre à Caraquet.