Everglades: quand la poésie se porte à la défense de la nature

Véritable ode à la beauté et à la fragilité de l’environnement, le livre Everglades de Daniel H. Dugas et Valérie LeBlanc qui allie photographie, poésie, récits narratifs et analyse nous transporte au cœur d’une nature menacée et marquée par le présence de l’être humain.

Les régions marécageuses constituent une source d’inspiration pour les artistes depuis longtemps. Dans cet essai poétique publié en français et en anglais chez Prise de parole, les auteurs de Moncton retracent en photo et en poésie leur expédition à travers le parc national des Everglades dans le sud de la Floride, tout en mettant en lumière leur approche artistique. Il figure parmi les plus grands parcs nationaux des États-Unis, avec 1,5 million d’acres. Le tandem d’artistes s’est attardé à la présence humaine et à son interaction avec l’environnement du parc.

«L’être humain est le pire des envahisseurs. C’est ce qui menace le plus la survie des espèces», a soulevé Daniel H. Dugas.

Malgré les efforts de restauration pour protéger l’écosystème du sud de la Floride, en 2010, l’UNESCO a remis les Everglades sur la liste des sites en péril. Valérie LeBlanc souligne que toute la canalisation des eaux construites dans le sud de la Floride a considérablement nui à la faune et à la flore de la région. Dans un des textes, Daniel H. Dugas et Valérie LeBlanc comparent les Everglades à un sablier, chaque grain de sable étant un animal.

«Nous le regardons se vider un battement d’aile à la fois un coup de nageoire à la fois. Quand la dernière espèce aura disparu que restera-t-il à documenter?» (extrait tiré du poème Une heure).

Le livre qui se déploie en trois volets rassemble des images traitées tirées de 12 vidéos poétiques, des poèmes, des récits, les photographies de 12 marches sonores et une section qui vient documenter le parcours des deux artistes. À la fois écrivains, poètes, artistes numériques, vidéastes et photographes, Valérie LeBlanc et Daniel H. Dugas livrent un ouvrage complet d’une belle ampleur qui documente toute la recherche qu’ils ont menée depuis quatre ans. Ces deux artistes qui forment aussi un couple dans la vie travaillent ensemble depuis de nombreuses années.

Fortement inspirés par les Everglades, ils ont commencé leur projet en 2014, lors d’une résidence d’un mois dans le parc au milieu de l’été. Dans ce climat subtropical, juillet est synonyme d’extrême chaleur, d’humidité et d’abondance de moustiques. Munis de leur caméra et vêtus d’habits antimoustiques, ils ont arpenté plusieurs régions du parc et des environs afin de créer leurs vidéos poétiques.

«Ce qui nous intéressait à chaque endroit, c’était la présence humaine que ce soit des ruines d’un ancien lieu, l’impact de l’être humain ou encore ce qu’ils font maintenant. On peut voir, entre autres, un lieu qui s’appelle Hole-in-the-Donut où il y avait une plante exotique – le Poivrier brésilien – qui a envahi le parc et les botanistes ont tout éradiqué la plante jusqu’à la pierre.»

Des ambassadeurs

Les deux artistes documentent la situation de façon poétique et visuelle. Le résultat est étonnant. Selon eux, l’art apporte un éclairage différent dans le discours environnemental et permet à la fois de montrer la fragilité et la résilience de la nature.

Le vidéopoète utilise différents procédés pour traiter l’image et ainsi créer des métaphores visuelles. Les marches sonores se basent davantage sur l’audio et les textes sont plus narratifs. Les deux artistes sont retournés à plusieurs reprises en Floride. Ils ont présenté leurs projets, leurs vidéos et ont participé à une exposition. Après les vidéos, ces deux spécialistes de l’art numérique ont eu envie de publier un livre, afin d’avoir un document permanent.

«On travaille beaucoup dans le numérique, ça dure un certain temps et après, ça passe, tandis qu’un livre on peut le garder tous les jours», a mentionné Valérie LeBlanc.

Le couple travaille à plusieurs projets géopoétiques, dont un sur la biosphère de la baie de Fundy. Daniel H. Dugas souligne qu’il y a plusieurs parallèles à faire avec les Everglades.

«Avec Fundy, on voulait faire un projet dans le lieu où nous vivons. Il y a quand même des liens intéressants avec la Floride, comme les oiseaux migrateurs, les courants marins, la fin des ouragans.»

Ce projet de vidéos poétiques devrait être complété d’ici la fin de l’année 2018 ou au début 2019.

«Avec ça, nous avons découvert beaucoup d’endroits que nous ne connaissions pas avant. Ce sont des endroits spectaculaires et on veut les montrer dans les vidéos», a ajouté Valérie LeBlanc.

Tiré en quantité limitée, le livre Everglades qui est disponible en librairie sera lancé le 26 avril, de 17h à 19h, à l’Hôtel Delta Beauséjour dans la cadre du Festival Frye à Moncton. Il y aura aussi un lancement à Miami en novembre prochain. À la suite du lancement à Moncton, tous les vidéos seront disponibles en ligne pour le public.