Cinéma: Marc Beaulieu s’impose comme «maître de la musique»

Même si on le voit très peu à l’écran, le compositeur, musicien, réalisateur et producteur Marc Beaulieu a joué un rôle majeur dans le film La Bolduc. En signant la direction musicale de cette œuvre cinématographique, il s’est retrouvé à collaborer à presque toutes les étapes du projet.

Le compositeur originaire de la région de Saint-Basile au Madawaska apparaît dans les premières scènes de ce drame musical où on le voit accompagner la Bolduc au piano. Marc Beaulieu a commencé à travailler à ce projet en novembre 2016 avant même que l’ensemble de l’équipe soit choisi. Pour ce compositeur et musicien d’expérience à la feuille de route bien garnie, il s’agit d’un projet majeur et important qui bénéficie d’une visibilité dans l’ensemble de la francophonie.

«Je dirais que dans au moins 60% des scènes, il y a de la musique. J’ai été présent à partir du tout début et j’ai cheminé avec le réalisateur François Bouvier tout le long pour qu’on s’assure que la musique soit réussie. Il ne fallait pas qu’on manque notre coup.»

En découvrant les origines acadiennes de Mary Travers du côté de sa mère (une Cyr), le compositeur a éprouvé encore plus d’attachement à l’égard de ce projet.

«La culture acadienne, c’est comme si on la sent même si on ne sait pas qu’elle est là. Quand j’ai découvert que La Bolduc avait des racines acadiennes, cela a rendu le projet encore plus intéressant pour moi parce que ça me permettait de m’associer à un phénomène acadien qui continue aujourd’hui», a confié le musicien, dont la mère est une LeBlanc de Memramcook.

En plus de produire toutes les musiques de la Bolduc pour le film, il a réalisé l’album de la bande sonore paru en novembre, a choisi les pièces traditionnelles et a composé la musique qui accompagne le scénario. Considéré comme le maître de la musique par François Bouvier, il s’est occupé de tous les aspects musicaux du film, jusqu’au choix de la distribution des musiciens. Celui qui a signé la musique de nombreux films depuis 1974, qui a réalisé des disques et qui assure la direction musicale de l’émission de variétés Pour l’amour du country depuis 16 ans a pu mettre en valeur l’ensemble de ses talents avec ce projet. Il a été très présent sur le plateau de tournage afin d’assurer la direction musicale. Certaines scènes musicales ont été filmées en direct afin d’aller chercher un peu de spontanéité.

«Habituellement, dans le domaine du cinéma, le film est fini et on compose la musique après coup. Mais dans un film musical, c’est différent puisque les comédiens doivent jouer les rôles de musicien. Quand ils tournent le film, la musique doit déjà être produite.»

C’est à travers une adaptation du pianiste André Gagnon qu’il a découvert l’œuvre de La Bolduc dans les années 1970. Pour créer cette musique, il a mené plusieurs recherches en faisant appel à des spécialistes du folklore. Le réalisateur avait le souci d’être fidèle à cette icône musicale et au style de l’époque tout en étant conscient qu’il s’agit d’une production actuelle. Un beau défi que Marc Beaulieu a eu envie de relever.

«Quand j’écoute la musique de La Bolduc, ça me montre à quel point cette femme-là était vraie. C’était une femme qui avait d’abord un sens inné de la musique. Elle avait un grand talent pour les textes et la musique. Dans ses turlutes, sa voix devenait un instrument. Quand j’écoute la Bolduc, j’entends Cayouche parce que c’est un peu le même phénomène. C’est un grand génie de la musique, mais autodidacte. La musique coule dans ses veines. J’ai reconnu le même talent chez elle et je dois dire aussi que j’ai reconnu aussi ce talent chez la comédienne-chanteuse Debbie Lynch-White», a expliqué celui qui a travaillé beaucoup avec Cayouche.

La musique au service des artistes

En composant pour le cinéma, Marc Beaulieu peut laisser aller sa créativité. Celui qui écrit surtout de la musique instrumentale admet que ce style n’est pas très à la mode actuellement. La musique de film lui a donc permis d’ouvrir une porte sur son univers créatif.

«Dans la musique de film, il n’y a pas de style, tout est possible pour chaque film que ce soit pour un documentaire, une dramatique, l’horizon est large. Ça me permet comme musicien d’aller jusqu’au bout et de toujours chercher à découvrir de nouvelles choses, ce qui n’est pas possible dans la musique populaire parce qu’il faut suivre les modes.»

Pour La Bolduc, il a composé une musique toute simple en ayant recours au violoncelle, à l’accordéon et au piano. Le compositeur aime travailler en équipe. Toute sa vie, sa musique a contribué à mettre en lumière les artistes, que ce soit sur scène en accompagnant des artistes tels que Roch Voisine, André Gagnon, comme réalisateur d’albums, ou encore en télévision.

«Pour moi collaborer avec un réalisateur de film, c’est un peu comme collaborer avec un chanteur.»

Le compositeur a plusieurs projets dans sa mire. Il prépare actuellement la 16e saison de Pour l’amour du country, dont les 12 émissions seront enregistrées en mai et juin. Il travaille également à la création du nouveau spectacle du chanteur Joël Denis et compose la musique pour l’adaptation théâtrale du film français Tanguy au Québec.

Rappelons que le drame biographique La Bolduc sort en salle le 6 avril.