Des diffuseurs francophones font front commun pour bonifier l’offre numérique

Afin de faire face aux grands joueurs internationaux dans l’univers numérique, la plateforme francophone Ici Tou.tv extra offrira désormais du contenu provenant de huit différentes chaînes, en plus de celles de Radio-Canada.

Radio-Canada a conclu des ententes avec Groupe V Média (V), Bell Media (Canal Vie, Canal D, Z et Vrak), TV5 Québec Canada (TV5 et Unis) et l’Office national du film du Canada afin d’accroître l’offre francophone dans le marché de la télé numérique. Par le passé, seul le contenu de Radio-Canada et de ses chaînes spécialisées (ARTV et Explora), ainsi que certaines webséries étaient diffusés sur Tou.tv extra. Chacun des nouveaux partenaires proposera une sélection d’émissions, incluant de la fiction, des docu-réalités, des magazines et des documentaires. Près de 700 heures additionnelles de télévision s’ajoutent aux 6000 heures déjà disponibles sur Ici tou.tv extra. Le vice-président principal de Radio-Canada, Michel Bissonnette, estime que cette nouvelle stratégie visant à faire front commun devant les joueurs américains comme Netflix, Apple et Amazon, contribuera à offrir une alternative francophone plus robuste.

«Pendant des années, on était dans un environnement protégé où le CRTC décidait qui avaient droit de vie ou droit de mort pour pouvoir jouer sur la patinoire canadienne. Là on se retrouve dans un monde où la barrière des frontières n’existe plus donc tous les joueurs américains peuvent maintenant venir faire des offres aux Canadiens. Si la culture américaine est pour prendre le dessus, on conclut qu’il faut absolument qu’on puisse avoir une alternative francophone qui soit solide», a-t-il expliqué.

La professeure au département d’information-communication et présidente du comité de planification stratégique et des communications à Téléfilm Canada, Marie-Linda Lord, considère que ce regroupement contribuera à améliorer l’accès au contenu francophone au pays.

«Toutes ces chaînes y compris l’ONF ont déjà un site où on peut aller chercher du contenu, mais ça c’est compliqué pour le consommateur. En décidant d’agir et en se regroupant, ça facilite l’accès. Ces chaînes espèrent aussi que des gens vont les découvrir et s’intéresser davantage à leur contenu et peut-être se rebrancher au câble.»

Quelques diffuseurs comme Télé-Québec, TFO et le Groupe TVA ne font pas partie de cette entente. M. Bissonnette a précisé qu’ils ont approché le Groupe TVA, mais l’entreprise a préféré maintenir son partenariat avec Club Illico. Quant à Télé-Québec, des discussions sont en cours et il est fort possible qu’il y ait du contenu de Télé-Québec sur Tou.tv extra l’automne prochain.

Actuellement, 31% de la population francophone au Canada et 55% des jeunes francophones de 18 à 34 ans sont abonnés à Netflix. Michel Bissonnette convient que ces chiffres sont non négligeables, mais il considère que les gens peuvent s’abonner à plus qu’un service. Pour être le choix numéro 2, il faut que l’offre soit robuste.

«Notre premier objectif n’est pas financier, c’est d’annoncer que face à l’adversité, on est capable d’être solidaire comme francophone au pays et le deuxième objectif est qu’on puisse apprendre tous ensemble des contenus qui plaisent le plus et de ceux qui plaisent un peu moins et que chacun puisse raffiner son offre de programmation. J’ai vraiment à coeur qu’on puisse avoir sur le numérique une offre francophone qui soit solide et je veux qu’on maintienne la culture canadienne en français et l’annonce d’aujourd’hui est un bon pas dans cette direction-là.»

Dans la liste de contenus disponibles, plusieurs émissions ont été diffusées à l’écran, mais les responsables s’engagent à présenter des séries en rafale et en primeur sur Tou.tv extra. D’autres contenus seront mis en ligne au cours des prochains mois. Michel Bissonnette souligne que le site connaît une belle croissance souvent liée à la programmation. Au mois de mars, le nombre de branchements sur Tou.tv a atteint 8,6 millions $, dont environ la moitié a été fait par abonnement. Pour les francophones du pays à l’extérieur du Québec, cette annonce leur permettra d’avoir accès à du contenu provenant de nouvelles chaînes comme de celles de Bell Média.

Nouveau modèle d’affaires

Marie-Linda Lord convient que la bataille est loin d’être gagnée pour les diffuseurs francophones face à des joueurs comme Netflix qui peuvent se permettre d’investir des centaines de millions $ dans la production de séries télévisées et dans la promotion.

«C’est le contenu qui va faire une différence et il faut créer des buzz sur les médias sociaux. Il va falloir qu’il y ait des campagnes très ciblées selon les groupes d’âge et qu’ils trouvent une façon d’accrocher les jeunes. Ils ont compris qu’il faut un nouveau modèle d’affaires. Est-ce qu’il va fonctionner? Ça, c’est l’avenir qui va nous le dire.»

Michel Bissonnette précise que la réalité économique francophone fait en sorte que la plateforme numérique à elle seule ne peut pas financer une grande série dramatique. Il est encore nécessaire d’avoir une fenêtre de diffusion à la télévision.

«Plus les abonnés vont croître, plus un jour, il serait pensable de pouvoir avoir des séries qu’on pourrait financer pour le numérique, mais aujourd’hui, le modèle économique ne tient pas la route encore», a-t-il ajouté.

Dans ce vaste univers numérique, l’Acadie occupe une mince place, mais avec l’arrivée d’Unis TV et de l’ONF sur Tou.tv, ainsi que le nombre croissant de séries tournées en Acadie, cette offre pourrait augmenter éventuellement.