Sur la route avec les Hôtesses d’Hilaire

Nous sommes vendredi matin à Montréal. La grande fourgonnette des Hôtesses d’Hilaire est mal stationnée sur le boulevard Saint-Joseph et bloque l’accès d’une entrée le long d’un immeuble. De l’autre côté de la rue, deux membres du groupe sont dans les bureaux de leur label pour aller chercher du matériel.

Après de longues minutes, ils ressortiront avec le matériel en question, mais aussi avec une caisse de bières de Trou du diable…

Les cinq musiciens ont lancé jeudi soir leur nouvel album Viens avec moi à Montréal, au bar l’Escogriffe. Encore maganés d’une nuit agitée et du décalage horaire après une tournée en Australie, ils prennent la route le lendemain pour retourner dans leurs terres au Nouveau-Brunswick, où deux spectacles sont prévus.

Assis sur un des vieux sièges confortables au milieu de la fourgonnette un peu sombre sans fenêtres sauf à l’avant, le batteur, Maxence Cormier, lit à haute voix les critiques qui viennent tout juste de sortir.

«Il a mis 7,9 sur 10. Rendu-là, pourquoi il ne met pas 8 sur 10», lance-t-il en parlant d’un site spécialisé. Il rit et poursuit sa lecture. « Il a vraiment compris ce qu’on a fait, c’est cool», commente-t-il.

À l’avant du véhicule, le chanteur, Serge Brideau, multiplie les appels téléphoniques. Après avoir laissé le bassiste, Michel Vienneau, à Sainte-Thérèse pour prendre une autre voiture, nous partons vers la Péninsule acadienne.

Sur le toit du véhicule, il y a une petite trappe que les musiciens ouvrent parfois pour aérer. Ils racontent qu’une fois, Maxence s’amusait à coller sa tête sur la trappe et que ses cheveux volaient au vent. Une femme sur la route, inquiète, avait appelé la police. Une voiture de police les a dépassés à toute vitesse pour les intercepter. « Le policier nous a dit qu’elle pensait que c’était un enfant kidnappé », raconte Maxence en riant.

À l’arrière, le claviériste, Léandre Bourgeois, est affalé sur le matériel de musique et des coussins. Les gars parlent de la difficulté d’être à la fois en couple et membre d’un groupe de musique souvent sur la route. « La ligne est dure à mettre entre être là pour la personne et le groupe, il faut apprendre à balancer», dit-il.

La copine de Maxence, avec qui il est en couple depuis cinq ans, viendra le chercher à Rivière-du-Loup pour faire le reste du chemin.

Au Nouveau-Brunswick

Nous dépassons la frontière du Nouveau-Brunswick. Serge Brideau parle du fait qu’il aurait pu avoir une vie totalement différente. «J’étais fiancé, j’avais une voiture et un chien, une maison à Dieppe», lance l’ancien ambulancier. «Mais j’ai rencontré ces gars-là», ajoute-t-il.

La route est évidemment pleine de musique. À un certain moment, le chanteur mettra l’album Jaune de Jean-Pierre Ferland, enregistré en 1970 et qui casse radicalement avec son style chansonnier. «Pierre-Guy (Pierre-Guy Blanchard, le réalisateur de l’album) n’arrêtait pas d’écouter ça quand on composait», raconte Serge.

Alors que le soleil se couche, nous arrivons sur le chemin des ressources, entre Saint-Quentin et Bathurst. Je demande aux gars ce qu’ils aiment écouter comme musique, mais qu’ils seraient gênés que les gens le sachent. Le guitariste du groupe, Mico Roy, répond le premier.

«Y’a rien qui me gêne vraiment», dit-il. «Mais… j’aime Justin Timberlake. Et Britney Spears, sa chanson Toxic. Alanis Morissette aussi», dit-il.

Il débarquera peu de temps après à Bathurst pour faire le reste du chemin avec sa copine.

Nous arrivons à Caraquet alors que la nuit est noire, plus que trois personnes dans la fourgonnette.

Le lendemain, les cinq musiciens étaient réunis au bar du Quai à l’Anse-Bleue, énergiques et de bonne humeur, pour lancer leur album devant un public plein d’amis. Quelques jours plus tard, ils étaient à Moncton. Jusqu’à leur prochain road trip.