Allégations de harcèlement sexuel: le milieu du théâtre acadien ébranlé

La vague de dénonciations pour harcèlement sexuel entamée aux États-Unis avec les affaires Weinstein et Cosby et qui a également déferlé au Québec avec les allégations visant les vedettes déchues Éric Salvail et Gilbert Rozon touche maintenant terre en Acadie. L’ex-comédien et désormais animateur radiophonique Frédéric Melanson a écrit jeudi matin sur sa page Facebook avoir porté plainte auprès du Conseil des arts du Canada contre une personnalité connue du milieu théâtral pour des gestes de harcèlement sexuel commis il y a cinq ans.

Selon ce que l’Acadie Nouvelle a appris, les gestes présumés viseraient un artisan actuellement actif dans le domaine du théâtre acadien. L’auteur du message sur Facebook refuse toutefois, du moins à ce moment-ci, de nommer la personne contre qui il a porté plainte. Il confirme toutefois – il ne fait d’ailleurs pas de mystère à cet égard dans sa publication – qu’il s’agit d’un homme. En outre, Frédéric Melanson précise ne pas avoir été victime d’attouchements, mais plutôt de paroles offensantes et sexuellement explicites échelonnées sur une certaine période de temps, essentiellement celle de la production d’une pièce. Au moins un témoin à la fois direct et indirect de ces événements nous a confirmé les allégations de l’ancien comédien.

D’un ton éteint, Frédéric Melanson soutient que c’est à la suite d’une mise au point du Conseil des arts du Canada – qui a annoncé il y a quelques semaines des changements quant aux modalités de financement des organismes culturels «de sorte que les bénéficiaires devront s’engager à offrir des milieux de travail sûrs, respectueux et exempts de toute forme de harcèlement, d’abus et de discrimination», selon un communiqué rendu public le 25 avril –, qu’il a décidé de porter plainte.

L’ex-comédien, vraisemblablement très émotif et la voix parfois chancelante, nous a confié qu’il avait des sentiments mitigés par rapport à sa démarche.

«J’ai à la fois peur qu’il y ait des conséquences négatives à la suite de ma plainte et que ça ne donne rien; qu’on me traite de menteur et que ça tombe dans l’oubli d’ici quelques jours», souligne-t-il d’un ton effacé, ajoutant toutefois croire que «j’ai fait la bonne chose, logiquement».

«C’est surtout ce que le Conseil des arts a promis – qu’il n’allait plus subventionner les organismes qui ne mettraient pas en place des politiques claires contre le harcèlement – qui m’a poussé à agir. À l’époque où ça s’est produit, on me disait “ah, tu sais, c’est comme ça dans l’industrie, c’est la réalité”. Sauf que j’en ai souffert pendant longtemps et que je sais que je ne suis pas le seul à avoir été victime des agissements de cette personne. Que les organismes qui se sentent visés fassent leur travail afin que ce genre de choses ne se reproduise plus», signale-t-il.

Onde de choc dans le milieu théâtral

Les propos de Frédéric Melanson sur Facebook ont fait bondir de nombreux comédiens et autres artisans du milieu du théâtre acadien. Le message a suscité plus de 80 «j’aime» ainsi qu’une trentaine de commentaires depuis sa publication, jeudi matin. Certains d’entre eux à qui nous avons parlé nous ont avoué leur surprise et leur désarroi quant aux allégations avancées par leur ancien collègue.

Marc-André Charron, comédien, codirecteur de Satellite Théâtre de Moncton et représentant des artisans du théâtre au sein de l’Association acadienne des artistes professionnels du N.-B. (AAAPNB), estime que la dénonciation de son ami forcera à coup sûr les compagnies à se remettre en question et à adopter des politiques claires en matière de harcèlement.

«Jamais personne ne m’avait fait part de ce type de comportement auparavant. Mais est-ce que ça me surprend? Pas nécessairement, dans le sens où la machine à rumeurs va toujours bon train dans un petit milieu comme le nôtre. En ce qui me concerne, c’est certain que pour la compagnie que je codirige (avec Mathieu Chouinard, NDLR) comme pour toutes les autres, ça va nous encourager à prendre des mesures pour que ce type d’événements ne se produise pas ou ne se produise plus», affirme-t-il.

M. Charron dit ne pas avoir été témoin ou même victime de harcèlement de qui que ce soit, tout en se disant solidaire de son ex-confrère dont les propos lui apparaissent crédibles et l’enjoignant à consulter l’AAAPNB en cas de besoin.

Pour l’heure, Frédéric Melanson n’a pas l’intention de porter plainte à la police, notamment en raison de ses craintes de représailles contre lui ou contre ses amis que ce pas pourrait représenter, «mais on ne sait jamais», lâche-t-il toutefois. L’essentiel pour lui, c’est de faire bouger les choses et de sensibiliser le milieu artistique au fait qu’il y a une limite, aussi mince soit-elle, à ne pas franchir en termes d’intégrité physique ou morale.