Alien: le parcours d’un immigrant exprimé par la danse

Récits de vie autour de l’immigration, le nouveau spectacle Alien du Ballet atlantique du Canada traverse une gamme d’émotions, entre la tristesse, le désespoir, l’amour et le bonheur.

Saluée par une ovation de la foule au Théâtre Capitol, cette nouvelle création d’Igor Dobrovlskiy fortement inspirée de son propre parcours a touché le public. Plus de 450 personnes ont assisté à cette première mondiale, mercredi, dans le cadre du Sommet sur l’immigration en Atlantique. Comme l’explique le directeur artistique de la compagnie de ballet de Moncton, d’origine ukrainienne, quitter sa maison pour reconstruire sa vie dans un nouveau pays, c’est vivre un peu entre deux mondes, entre deux cultures. Le chorégraphe tenait à partager son expérience personnelle et sa voix artistique durant ce forum. Au-delà des discours sur l’immigration et l’importance de l’inclusion, la danse peut mettre en lumière la part émotionnelle et irrationnelle de cette expérience parfois troublante. Un spectateur et participant du forum, Florian Euzen, considère que ce ballet a offert un autre regard sur le thème de l’immigration.

«La difficulté qu’on a aujourd’hui, c’est qu’on participe à différents forums souvent un peu redondants et similaires. C’est vraiment intéressant – tant pour les Canadiens et que pour les immigrants – de se rendre compte de cette part de sentiment et d’irrationnel. Il y a plusieurs facteurs à tenir compte qu’on a parfois du mal à comprendre juste avec de simples discours», a-t-il exprimé.

Celui-ci confie qu’il a même versé quelques larmes à un certain moment pendant la présentation du ballet, notamment lorsque le personnage principal se sent perdu au milieu de la bureaucratie et de la montagne de paperasses. Il estime que le ballet reflète bien les émotions qu’un immigrant peut ressentir lorsqu’il arrive dans un nouveau pays pour rebâtir sa vie.

«Je me suis reconnu un peu là-dedans puisque je suis immigrant depuis un peu moins de deux ans.

Au final, j’ai trouvé que ce que j’ai vécu était assez bien retransmis pour arriver au bonheur et à la plénitude que j’éprouve aujourd’hui», a-t-il confié à l’issue de la représentation.

Contrairement à d’autres spectacles de la compagnie, Alien ne repose pas sur une trame narrative linéaire, le ballet étant forgé de fragments qui illustrent ce que peut vivre un immigrant. On suit le parcours d’un personnage. Il ne faut pas chercher à tout comprendre, mais plutôt se laisser porter par les émotions véhiculées.

«On a senti tellement d’émotions des danseurs. La danse c’est vraiment une façon de communiquer des sentiments et de voir une situation dans une autre lumière. On sentait qu’il y avait une certaine pesanteur, mais aussi une légèreté en même temps», a commenté une spectatrice Chanelle Doiron.

La pièce se déploie en sept segments: la fuite, l’arrivée, la recherche, la bureaucratie, le travail, l’amour et la maison. Il faut souligner la solide prestation des huit danseurs de la compagnie, sur une merveilleuse musique de divers compositeurs dont Marjan Mozetich, Max Richter, Samuel Barber et Arvo Part. Alien s’appuie aussi sur une série de projections visuelles. Vêtus de costumes un peu anonymes, dans des teintes de gris et de noir, jouant entre les ombres et les lumières, les interprètes ont incarné avec brio ces récits de vie avec peu d’accessoires. Au cœur de cette mise en scène, une grosse valise et un banc pivotant sur lequel on peut observer le monde. Yuriko Diyanova, Sergiy Diyanov, Eldiyar Daniyarov, Stéphanie Audet, Olga Petiteau, Johny Klismann Gomes et Erica Moisei sont les interprètes de ce ballet.

Alien sera présenté à nouveau le 31 mai, au Playhouse à Fredericton.