Comment gérer le trac: trois artistes se confient

La raison d’être d’un chanteur et d’un comédien de théâtre est de se produire sur scène. Que ressentent-ils une heure avant de monter sur les planches? Comment vivent-ils ce moment? Trois artistes acadiens lèvent le rideau sur leur intimité émotionnelle.

Amélie Hall, Raphaël Butler et Diane Losier ne se classent plus dans la catégorie découverte. Ils sont aujourd’hui des talents confirmés.

Leur expérience ne les prémunit pas contre cette déferlante de sentiments qui les traversent à quelques minutes de commencer un spectacle. Tous les trois l’affirment, ce moment leur est important.

«J’ai besoin de ce temps pour me concentrer, m’ancrer dans le moment présent. Je profite de l’instant pour méditer. Ça me rassure», confie Amélie Hall.

Jusqu’aux premiers accords de son morceau d’ouverture, le trac l’accompagne. Impossible de s’en débarrasser.

«Je le gère beaucoup mieux qu’avant, se souvient la chanteuse country. À mes débuts, un concert était une question de vie ou de mort. J’ai appris à apprivoiser mes émotions.»

Raphaël Butler aussi a évolué.

«Je ne suis plus rongé par le stress en dedans. Je relativise. Je me dis que si le pire arrive, ça ne sera pas la fin du monde. Je veux juste faire vivre une expérience unique au public qui est venu me voir. L’émotion qu’on partage est, pour moi, bien plus importante que de réussir tous mes accords.»

Une heure avant un concert, le chanteur et comédien constate qu’un calme inhabituel l’envahit soudain.

«C’est comme si je me mettais en stand-by, comme si mon corps gardait toute l’énergie dont il va avoir besoin pour ce qui s’en vient. Et 5 à 10 minutes avant, je me rallume. Je me mets dedans. C’est un feeling que j’ai rarement ressenti ailleurs. Il est puissant et addictif. Il me fait triper.»

Si elle en a le temps avant d’aller jouer ses compositions, Amélie Hall part se balader parmi la foule.

«Je mets un poncho et des lunettes. J’écoute les conversations des gens. Je discute incognito avec certains parfois.»

C’est sa manière de ressentir son public. Une représentation conditionne la journée entière de la comédienne Diane Losier.

«Ça commence en me levant. Tout ce que je fais est en fonction du spectacle du soir. Je fais attention à ce que je mange, je me préserve des mauvaises nouvelles pour éviter d’être contrariée et je parle peu», raconte-t-elle.

Alors que l’heure du lever de rideau approche, elle s’isole et se prépare dans sa loge.

«Je vérifie aussi que tous les accessoires que je vais utiliser dans la pièce sont à la bonne place. Ça me sécurise et ça me libère. Je peux ainsi plonger dans le spectacle. Être sur scène, c’est ma récompense. Mon corps et mon esprit sont entièrement mobilisés.»

Oubliés sont les soirs de ses premières où la pression était telle qu’elle vomissait.

«J’ai compris comment fonctionne ma mécanique. Je ressens les bienfaits de l’expérience. Je commence à apprécier la comédienne que je suis.»

Arrive alors cet instant fatidique. En quelques pas, nos artistes passent de l’ombre à la lumière des projecteurs.

«À ce moment-là, je n’entends plus rien. Je bascule dans une autre dimension. Du haut de ma tête, je sens un frisson me parcourir jusqu’au bout des pieds. Il me réchauffe. C’est spécial, c’est vraiment spécial», révèle Amélie Hall.

«Je suis comme une balle qui roule et qu’on ne peut plus arrêter. J’adore embarquer sur une scène», avoue Raphaël Butler.

Au moment de faire son entrée, Diane Losier s’abandonne.

«Je me désincarne, je disparais. Le personnage prend la place.»

Le temps suspendu reprend ensuite son cours, nos artistes sont face au public. Que le spectacle commence!

Des itinéraires chargés

Les artistes que nous avons interrogés ne vont pas chômer dans les semaines à venir.

Amélie Hall sera à l’affiche de plusieurs festivals country, en juin, au Québec. Le 8, elle assurera notamment la première partie de Roch Voisine lors de son spectacle aux Francofolies de Montréal.

En octobre, elle partira à la conquête du public ontarien avec une prestation à Ottawa. Entre ses concerts, la jeune femme continue à écrire et à composer. Elle prépare déjà son troisième album.

«J’aimerais retourner en studio l’année prochaine. Ce sera un projet acoustique.»

Les admirateurs de Raphaël Butler le verront dès juin, sur les ondes de Radio-Canada. C’est alors que la chaîne diffusera la série À la valdrague, dans laquelle il campe le rôle d’un bricoleur-charmeur.

Côté scène, il fera l’ouverture du concert de Marc Dupré à l’occasion de son passage à Tracadie, le 7 juillet. Le chanteur à la belle gueule a également l’intention de tourner un deuxième clip vidéo pour promouvoir son album qui vient de sortir.

Après Coin caché (en tête du palmarès acadien de l’ARCANB), il mettra en images la chanson Camping Colibri.

Si l’été s’annonce tranquille pour Diane Losier, son automne promet d’être chargé. À la rentrée, elle contribuera à la création de l’opéra rock des Hôtesses d’Hilaire, en plus de participer à différents projets théâtraux et audiovisuels.