Léandre Bourgeois: du rock à la musique expérimentale

Connu comme le claviériste des Hôtesses d’Hilaire, Léandre Bourgeois est aussi un explorateur musical passionné. Au-delà du rock, le musicien se lance dans la création d’une œuvre électroacoustique minimaliste, pour trois orgues et synthétiseurs dans le cadre du 13e Festival de musique et d’art sonore Re:Flux à Moncton.

Depuis une semaine, Léandre Bourgeois, Pierre-Guy Blanchard et Mathieu Pelletier-Gagnon sont installés dans la salle Bernard-LeBlanc au Centre culturel Aberdeen afin de produire une pièce qui sera présentée au Festival Re:Flux. En plus des trois orgues, des haut-parleurs et des amplificateurs ont été installés tout autour de la salle. L’artiste en résidence explique qu’il rêvait depuis longtemps de créer une œuvre avec trois orgues de marque Yamaha, le même type de clavier qu’il utilise avec les Hôtesses d’Hilaire. Cet orgue a un son très particulier typique de la musique des années 1970.

«À force de connaître l’instrument, j’ai vu qu’il y avait des possibilités qui allaient au-delà du rock. Mon rêve était d’en mettre trois ensemble et de les utiliser pour le son de façon un peu électroacoustique, mais en mode live.»

Loin des concerts rock et des chansons de quelques minutes, la pièce qu’il présente se veut minimaliste, en utilisant des bourdons (drone en anglais) – c’est-à-dire de longues notes soutenues sur lesquelles ils ajoutent des harmonies et des fréquences. C’est une musique ambiante, rythmée et aussi méditative. Ami et collaborateur de longue date, Pierre-Guy Blanchard compare cette musique à une thérapie.

«Il y a un élément méditatif et ça peut être thérapeutique de prendre le temps de vivre quelque chose et d’écouter des ondes. Ça fait du bien. C’est une façon de faire de la musique d’une autre façon. On laisse la musique vivre», souligne le musicien et réalisateur.

À ce tandem se greffe le compositeur et arrangeur Mathieu Pelletier-Gagnon de la Gaspésie. Ce dernier qui est le frère de Klô Pelgag (une bonne amie des Hôtesses d’Hilaire) a réalisé les orchestrations et les arrangements de ses albums. En jasant avec ce musicien, Léandre Bourgeois a tout de suite ressenti des affinités sur le plan de l’esthétique musicale et un amour commun pour les claviers.

Léandre Bourgeois – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

Léandre Bourgeois est un passionné d’art sonore et d’expérimentation musicale. Le spectacle ne sera pas que méditatif, il peut devenir intense aussi, prévient le compositeur.

«À un moment donné, on va remplir la salle de sons. Ça peut vibrer quasiment physiquement. On joue aussi avec la spatialisation de la salle.»

Pendant la performance, les spectateurs sont invités à parcourir la salle, à marcher autour des musiciens, à s’asseoir ou même à se coucher par terre afin de découvrir des univers sonores différents.

«Ça me stimule énormément. Les Hôtesses me nourrissent d’une manière, mais je pense que je ne pourrais pas être complètement satisfait en faisant juste du rock. J’ai tout le temps aimé le genre de musique au Festival Re:Flux et d’avoir la chance de le jouer en concert, c’est excitant. Je pense qu’il y en aura d’autres», a exprimé l’artiste qui a quitté son poste de technicien du département de musique de l’Université de Moncton pour se consacrer presque entièrement à la musique.

Pierre-Guy Blanchard invite le public à tenter l’expérience. Les trois musiciens essaient de créer une musique accessible, bien qu’elle soit différente des créneaux habituels. Le spectacle est présenté vendredi à 19h30.

Un festival de plus en plus reconnu

Du 1er au 3 juin, le Festival Re: Flux propose des spectacles, des conférences d’artistes, des ateliers, un volet radiophonique international et trois expositions à la Galerie Sans Nom. La coordonnatrice du festival, Élise Anne LaPlante précise que les artistes viennent de plusieurs régions du pays. Ceux-ci sont choisis par un jury de pairs à la suite d’un appel de propositions.

«L’année passée, on en avait reçu une cinquantaine de propositions et cette année, on a presque doublé. Maintenant avec l’appel, je pense que le festival est diffusé partout au pays, tant au Canada qu’à l’international. C’est un peu difficile de faire venir des artistes de l’international parce que notre budget ne nous le permet pas encore», a précisé la coordonnatrice.

Le budget du festival se situe entre 20 000$ et 25 000$. En performance à Moncton, le public pourra voir Adam Basanta, Terri Hron, Julian Hoff, Charlotte Layec et Pastoralia. D’après Elise Anne LaPlante, le public est de plus en plus curieux et intéressé à vivre ces expériences musicales singulières.

«Après chaque performance, on offre des discussions et les gens sont très curieux et pas si intimidés que ça par l’art sonore. Il faut arriver avec un esprit ouvert et c’est ce qui nous permet de vivre des expériences nouvelles.»

Trois expositions multimédias figurent au programme, dont celle de Maryse Arseneault et Mathieu LeBlanc, celle de Kimberley Conway, Suzanne Cormier et Lydia Mainville, ainsi que celle de Jay Crocker.