Les chaises de Ionesco recréée à Shediac

«C’est un véritable tour de force», déclare la comédienne Murielle McDonald, qui incarne la vieille dans la comédie tragique, Les chaises, d’Eugène Ionesco présentée par l’Ensemble de théâtre Grand-Barachois.

Pour sa deuxième année d’existence, la troupe de théâtre communautaire et semi-professionnelle de la région du Sud-Est s’est lancé un grand défi. Eugène Ionesco propose des œuvres singulières qui à première vue, relèvent un peu du non-sens, dans lesquelles il est difficile d’y trouver une logique. Les chaises n’y fait pas exception.

Ce classique du théâtre de l’absurde écrit en 1952 – qui a déjà été monté au Nouveau-Brunswick en 1992 par le Théâtre populaire d’Acadie avec Isabelle Roy et Marcel Romain Thériault – repose sur le jeu de deux acteurs. Ceux-ci incarnent un couple de nonagénaires qui vivent ensemble avec des mémoires partagées. Tout le monde s’entend pour dire qu’apprendre ce texte et arriver à l’interpréter sur scène relève de la haute voltige.

«Je dois dire que c’est probablement le plus grand défi que j’ai vécu à ce jour à cause du fait que souvent, il n’y a pas de sens. On a de la difficulté à trouver des repères pour se souvenir de la suite. C’est très difficile parce qu’il y a beaucoup de répliques similaires. On répète souvent la même formule, mais dite d’une autre façon. C’est extrêmement compliqué», a expliqué Murielle McDonald.

La comédienne de Bouctouche, qui travaille aussi comme guide au Pays de la Sagouine, a toujours été engagée d’une façon ou d’une autre dans le théâtre amateur et semi-professionnel. Son collègue Dennis Poirier, qui interprète Le Vieux, a travaillé dans le domaine du cinéma, en plus de faire partie des Fous de la scène à Fredericton. Il a été séduit par ce texte, bien qu’il comporte plusieurs difficultés. «Quand j’ai lu le texte, j’ai dit: c’est compliqué, mais je vais le faire», relate-t-il.

Composé de 542 répliques, ce texte a fasciné l’assistant à la mise en scène et régisseur Normand Patrick Robichaud. Il explique que l’idée de monter la pièce est venue de l’exposition sur les chaises présentée par la Société culturelle Sud-Acadie et l’Église historique de Barachois l’été dernier. Avec cette pièce, chacun peut faire sa propre interprétation. «C’est une pièce qui parle du vieillissement, de la mort et surtout du vide.»

Les chaises présentent deux vieux qui vivent isolés dans une maison pleine de portes et entourée d’eau. Ils remâchent sans cesse les mêmes histoires. Le vieil homme soutient qu’il a un message universel à révéler à l’humanité. Il réunit donc pour ce grand jour des personnalités du monde entier. Ces personnalités qui prennent place sur des chaises sont invisibles pour le spectateur, mais bien réelles pour le couple.

«Je fais du théâtre communautaire depuis 15 ans et j’ai écrit une douzaine de pièces. J’étais curieux de voir ce qu’il y avait derrière ce texte», a partagé le producteur.

La troupe a commencé à répéter en janvier. Ils ont passé de longues heures à apprendre le texte. C’est le fondateur de l’Ensemble de théâtre du Grand-Barachois, Robert Vanderleelie, qui assure la mise en scène. Murielle McDonald suggère au public d’arriver avec l’esprit ouvert.

«Il ne faut pas que les gens arrivent là en pensant qu’il vont comprendre quelque chose. C’est le non-sens. S’ils sont bien avec ça, ils ne seront pas déçus. Il y a des moments rigolos et dramatiques.»

La pièce Les chaises est présentée à l’auditorium de la polyvalente Louis-J.-Robichaud à Shediac le vendredi 1er juin et le samedi 2 juin à 19h30.