Immigrer au Canada, ça peut parfois être drôle

Immigrer dans un nouveau pays n’est pas une mince tâche. En plus de devoir apprendre une nouvelle langue, de s’habituer à un nouveau climat et à un nouveau milieu social où plus aucun repère ne tient la route, certains nouveaux arrivants doivent aussi emporter avec eux un lourd bagage de blessures.

Mais pas seulement. Comme Canadiens de souche, nous avons parfois tendance à voir chaque immigrant comme une personne totalement désœuvrée, que l’on imagine tout droit sorti de la guerre, que l’on prend souvent en pitié. Or, ce n’est pas toujours le cas. Certains d’entre eux, piqués par la mouche de l’aventure, traversent l’océan pour étudier, pour se donner de nouvelles perspectives d’emplois ou tout simplement, plus globalement, pour se refaire une nouvelle vie.

Parlez-en à Monika Kimmel, d’origine hongroise, et à Dounia Daoud, libano-tunisienne pour sa part. Les deux femmes, ainsi que d’autres immigrants – Olivier D’Amaio, Clothilde Heibing, Pierre Emmanuel Nyope, Mathias Mawoussi, tous d’origines diverses et établis depuis quelque temps au Nouveau-Brunswick – feront état tout en humour de leur arrivée en sol canadien dans le cadre d’un spectacle intitulé Histoires drôles, Canada: Jour 1, qui sera présenté jeudi, à 19h, à la Place Resurgo à Moncton.

Car oui, en plus de permettre un échange entre eux et le public et ainsi faire tomber quelques barrières ou idées reçues, chacun des humoristes en herbe en ont long à dire sur leurs premiers jours en sol canadien. Et il y a effectivement de quoi rire.

«Le premier obstacle, du moins pour moi, ç’a été la langue», souligne Monika Kimmel au cours d’un entretien par vidéoconférence.

«J’ai choisi de vivre en français ici au Canada, mais c’est une langue un peu compliquée à apprendre. Au début, j’avais parfois de la difficulté à bien prononcer, je mélangeais les mots, ou j’en créais de nouveaux», ajoute-t-elle dans un léger fou rire.

Pour Dounia Daoud, la langue n’était pas un problème, puisqu’avant de venir étudier – puis finalement rester au Canada –, elle avait passé quelques années en France. Le choc fut plutôt naturel, dans le sens environnemental du terme.

«En Europe, je m’étais habituée à voir de grands espaces verts très faciles d’accès. Je pensais donc que ça allait être la même chose au Canada et que j’allais pouvoir camper où je voulais sans tracas. Or, je me suis vite aperçue que les forêts d’ici sont beaucoup plus denses. La nature n’est pas aussi accessible que je pensais. Et en plus, il y a beaucoup de bibittes!», lance-t-elle, mi-figue, mi-raisin.

Autre choc, culinaire celui-là: son premier «barbecue canadien».

«En Europe, les BBQ sont interminables, car ils sont faits sur du charbon de bois et avec beaucoup de décorum. Ici, tu pèses simplement sur un piton et le tour est joué! Par ailleurs, il y a aussi certains mots qui ont fait sourciller mes amis canadiens. Quand je leur parlais des “gosses”, certains d’entre eux me regardaient d’un air bizarre ou pouffaient de rire. J’ai compris pourquoi par après», ajoute Dounia, tentant de réprimer à son tour un petit ricanement.

Le spectacle Histoires drôles, Canada: Jour 1, sera présenté au même endroit où une exposition itinérante nommée Canada: Jour 1 est en montre, jusqu’au 9 septembre. L’animatrice acadienne Anne Godin, qui assure en outre la direction artistique ainsi que la mise en scène de la prestation, a eu cette idée d’un spectacle d’humour justement après avoir visité l’exposition.

«J’ai été très touchée par le propos véhiculé par Canada: Jour 1. Ça m’a aussi fait penser à mon mari, qui est lui-même un immigrant d’origine vietnamienne. Quand il est arrivé au Canada il y a plusieurs années, il faisait très froid. Il avait demandé à quelqu’un où il pouvait trouver des “mitaines”. La personne a alors accouru à un magasin tout près et lui est revenue avec des mitaines… de four! Connaissant cette anecdote, j’ai alors pensé que d’autres immigrants avaient pu vivre des histoires semblables. L’idée du spectacle m’est donc venue tout naturellement en tête», explique Anne Godin.

Après discussions avec l’agente de développement du patrimoine de la Place Resurgo, Sophie Auffray, les responsables de l’exposition – réalisée par le Musée canadien de l’immigration du Quai 21 avec le soutien de la Fondation RBC et présentée par le Musée canadien de l’histoire – ont rapidement embarqué dans le projet.

«Ça fait de l’exposition une œuvre vivante. Comme je voyage beaucoup, j’ai souvent vu ce type d’amalgame entre arts visuels et prestations scéniques, notamment en Europe. Ici, c’est plus rare, mais je pense que dans ce cas-ci, ce genre de spectacle allait de soi. Et tous les immigrants que j’ai invités ont sauté à pieds joints dans l’aventure», souligne la communicatrice et boulimique d’art et d’humour sous le regard approbateur de ses deux acolytes.

Le spectacle Histoires drôles, Canada: Jour 1, reçoit également le soutien du Centre d’accueil francophone pour les immigrants, mieux connu sous son acronyme CAFi.