Monette Gould: vaincre les stigmates de la santé mentale

Associer le nom de Monette Gould avec les mots «dépression» et «anxiété» est, à première vue, inimaginable. Joviale, ricaneuse même, bien coffrée vocalement, à peu près tout lui réussit, tant comme soprano et comme cheffe de chœur que comme enseignante. Pourtant, derrière l’arbre, aussi joliment fleuri soit-il, se cache une forêt beaucoup plus sombre et dans laquelle elle marche depuis longtemps.

Car oui, malgré les apparences et bien qu’elle assure ne jouer aucun rôle, Monique Gould souffre de dépression et d’anxiété depuis l’enfance. Cela bien avant de pouvoir nommer ce trouble qui lui a bondi dans la face il y a cinq ans.

«J’ai vécu différents moments d’angoisse et de dépression quand j’étais plus jeune. À ce moment-là, je pensais plutôt que c’était en raison de mon caractère ou de ma personnalité. Tout le monde a déjà vécu des épisodes de stress ou d’anxiété à un moment ou l’autre dans sa vie. J’ai longtemps cru que c’était seulement ça sans penser que ça pouvait être sérieux. Je souriais et je ne laissais rien paraître. Même hors de scène, je souriais non pas pour cacher mon mal, mais pour ne pas inquiéter les autres», confie-t-elle au cours d’un entretien téléphonique.

Or en 2013, Monette Gould a arrêté de sourire. La dépression et l’anxiété lui ont sauté à la figure et l’ont consumée toute entière, comme un feu dévorant.

«Tout d’un coup, tout me faisait peur. Je n’avais plus confiance en moi. Je ne voulais plus chanter, ni même enseigner. Je pleurais tout le temps et, contrairement à auparavant, je n’arrivais plus à me consoler.»

Le verdict de son médecin fut sans appel: Monette Gould souffrait bien d’un trouble de santé mentale. Un diagnostic à la fois foudroyant et salvateur. Enfin, la cantatrice et pédagogue acadienne pouvait nommer sa souffrance et entamer des démarches rigoureuses pour retrouver sa joie de vivre.

Ce qu’elle fit sans attendre. Thérapie, médication, mais surtout changements de nombreuses habitudes qui lui pourrissaient l’existence et déclenchaient en elle une incertitude maladive et incontrôlable.

«Il y a une petite voix dans notre tête qu’il faut faire taire. Quand on est aux prises avec la dépression et l’anxiété, il faut vivre le moment présent par-dessus tout. Le passé, c’est le passé, et le futur, on ne le connaît pas. Rien que ça, ça m’a pris beaucoup d’efforts. Mais maintenant, je peux dire que je vis une vie véritablement heureuse, même si tout n’est pas parfait», appuie Monique Gould d’un ton assuré.

Aujourd’hui, non seulement fait-elle face à sa maladie en ne se laissant plus intimider par elle, mais elle en parle ouvertement et librement. En discutant avec quelques consœurs de travail, elle s’est d’ailleurs rendu compte que quelques-unes d’entre elles vivaient aussi une certaine détresse, à des degrés divers.

«Encore de nos jours, nous n’osons pas aborder publiquement la question de la dépression ou de l’anxiété. Pourquoi pouvons-nous parler si facilement de la santé physique, mais que nous nous cachons pour parler de la santé mentale? Parce qu’il y a encore beaucoup de préjugés associés à cela, des stigmates de folie ou de manque d’intelligence. Pourtant, personne ne peut dire n’avoir jamais vécu de tels moments de stress dans sa vie.»

Qu’à cela ne tienne, Monette Gould prend le taureau par les cornes et prononcera une conférence jeudi, à 19h30, au Monument-Lefebvre de Memramcook, dans le but précis de faire tomber les mythes entourant la maladie mentale, tout en parlant de son propre parcours pour la vaincre. Son allocution sera agrémentée de quelques chants qu’elle interprétera de toute sa voix et qui ont eu une influence positive dans sa vie. L’humour sera également au rendez-vous.

«Évidemment, je ne veux pas que personne ne ressorte déprimé de ma conférence!», lâche-t-elle dans un éclat de rire bien gras.

«Mais nous n’avons qu’une vie. À la place de nous mettre la tête dans le sable, il faut se parler de nos douleurs. Une fois que c’est dit, ça nous libère. Même en t’en parlant en ce moment, j’ai l’impression que mon fardeau est encore moins pesant. Et je peux t’assurer que dorénavant, quand je souris, je souris pour vrai!»