La Galerie Sans Nom, toujours vivante après 40 ans d’existence

En 1977, la Galerie Sans Nom voyait le jour à la suite d’un mouvement de contestation d’un groupe d’artistes finissants en art visuel de l’Université de Moncton. Quarante ans plus tard, ce centre qui a été l’un des premiers du genre au Canada se porte très bien. Pour souligner son anniversaire de fondation, la galerie présente une exposition collective La Papeterie qui met en lumière le travail de 18 créateurs de quatre générations.

Le projet d’exposition partiellement rétrospective La Papeterie, conçue par les commissaires Rémi Belliveau et Annie-France Noël, explore le thème de l’édition au sens très large que ce soit les livres, la presse, le papier, la typographie, la narration ou encore tout le langage qui entoure l’édition. Rémi Belliveau et Annie-France Noël, qui jusqu’à tout récemment assumaient conjointement la direction de la GSN, se passionnent pour le monde des publications et les textes critiques. Celle qui assure maintenant seule la direction estime qu’il s’agit d’un beau projet qui vient clore leur quatre années de collaboration. Rémi Belliveau quitte la galerie pour poursuivre des études de maîtrise en art visuel à Montréal.

«C’est donc un peu un hommage à nos priorités», a déclaré Anne-France Noël.

Ils ont sélectionné des artistes qui ont réalisé des œuvres liées à la thématique. Celles-ci se déclinent en deux approches; la mécanique et le livre objet. Les pièces exposées datent de 1970 à aujourd’hui. Elles ont été créées par des artistes qui ont tous été impliqués dans la galerie, soit comme exposants, employés ou encore comme membres du conseil d’administration. On retrouve, entre autres, des artistes de la première heure tels que Claude Roussel, Herménégilde Chiasson et Georges Goguen. Ceux-ci présentent des œuvres qui posent un regard critique sur l’actualité. La pièce de Georges Goguen reprend des personnages célèbres comme la Sagouine, Antonine Maillet, Pablo Picasso et Guy Lafleur. Celle d’Herménégilde Chiasson aborde les manifestations étudiantes, un moment tournant de la culture acadienne du 20e siècle. Tandis que Claude Roussel propose une oeuvre sur Kouchibouguac.

Toute une section aborde la presse acadienne naissante. Ces publications qui proviennent en partie de la collection du commissaire s’apparentent à des livres d’art et de poésie. On y retrouve notamment l’ouvrage Comment faire des poutines d’Yvon Gallant qui date du début de sa carrière et la revue de bande dessinée Valium initiée par l’artiste Mario Doucette.

L’exposition comprend aussi des installations de Jennifer Bélanger, d’Angèle Cormier, de Marc Chamberlain et de Mathieu Léger. Ce dernier utilise les pâtes alimentaires en forme d’alphabet comme une métaphore sur la perte de la langue. Il présentera aussi des performances pendant le Festival Acadie Rock.

Pour sa partie, la commissaire Annie-France Noël s’est intéressée au livre objet. Elle a choisi une sculpture d’Anne-Marie Sirois créée à partir d’un livre. Carole Deveau propose de l’origami sur des légendes et des histoires qui lui ont été racontées pendant son séjour au Japon. Un grand livre réalisé en 1998 par Julie Forgues, ainsi qu’un plus petit ouvrage en tissus aux formes contemporaines créé par l’artiste du textile Marjolaine Bourgeois figurent dans l’exposition. Alisa Arsenault et Paul Édouard Bourque ont abordé l’idée du souvenir et de la narration dans leurs installations.

À cette collection, s’ajoutent des créations de Catherine Arseneault, de Maryse Arseneault et de Francis Coutellier.

Les débuts de la GSN

Quand la Galerie Sans Nom a ouvert ses portes en 1977, c’était en réaction à l’exposition des miroirs devenue célèbre avec les années. Rémi Belliveau raconte que cette exposition des finissants du département d’art visuel avait été censurée. Ils ont donc décidé de l’exposer dans l’ancien centre culturel de Moncton sur la rue Victoria, marquant ainsi les débuts de la GSN. Elle a été incorporée en centre d’artistes autogérés en 1979.

Pendant plusieurs années, la galerie a été le seul centre autogéré francophone à l’est du Québec. Quarante ans plus tard, elle est toujours bien vivante. Des milliers d’expositions ont été présentées depuis ses débuts, en plus des nombreux événements artistiques. Annie-France Noël estime que la galerie est beaucoup plus qu’un espace d’exposition. C’est un lieu d’échange et de rassemblement à l’affût des pratiques artistiques sur le plan national.

«Je dis souvent que ça sert d’une deuxième école. À l’université, les artistes vont apprendre le côté plus technique et pratique d’être artiste et tout d’un coup, on tombe dans la réalité d’être un artiste professionnel et à la Galerie Sans Nom, on peut voir ce qui se fait ailleurs. C’est un lieu engagé sur le plan culturel, social et politique», a partagé Rémi Belliveau.

Celui-ci rappelle que le modèle de la GSN est propre au Canada. La galerie a toujours encouragé les artistes à explorer et à adopter des pratiques non commerciales qui les amènent ailleurs.

«C’est quand même assez spécial à Moncton qu’on a ça. Il y a juste une institution, on l’a contestée, on a eu notre petite galerie parallèle et ça compte pour peut-être parmi les trois qui sont vraiment des espaces professionnels à Moncton», a indiqué Rémi Belliveau.

Si aujourd’hui, la galerie bénéficie d’une certaine stabilité, il reste que la partie n’est jamais gagnée puisque le financement provient des gouvernements fédéral, provincial et municipal, soutient Annie-France Noël.

«Avec les politiques et les gouvernements qui changent, on est toujours à risque. On est capable de faire beaucoup avec peu et on pourrait faire plus avec plus», a ajouté la directrice qui a beaucoup de rêves pour l’avenir.

L’exposition La Papeterie est en montre jusqu’au 31 août.