Julie Daraîche: la retraite, oui, mais…

Après bientôt 51 ans de carrière, la «retraite» a sonné pour Julie Daraîche. Pourtant, dès que l’on prononce ce mot, la célèbre chanteuse country western s’époumone. «Bon bon, la retraite, la retraite. Ils disent tous ça; c’est vrai qu’à 80 ans, je ne ferai plus de tournées comme j’en fais depuis aussi longtemps, mais arrêter de chanter? Jamais! Sinon, je m’ennuierais trop…»

La table est mise pour mettre les choses au clair et, du coup, avoir un entretien téléphonique aussi sympathique qu’énergique. Car si la «reine du country» compte bien ralentir de beaucoup la cadence, elle ne compte pas accrocher définitivement son micro pour autant.

«À par un mal de genou ces temps-ci, je suis encore en pleine forme! Et j’aime tellement le contact avec le public! C’est sûr que la route, ça use avec le temps. Mais j’ai pas envie d’arrêter complètement. Je vais chanter encore quelques fois, de temps en temps, notamment avec La Famille Daraîche.»

Or, la tournée dans laquelle est se trouve présentement en compagnie de sa fille, Dani, et qui l’amènera à Lamèque jeudi soir dans le cadre du Festival provincial de la tourbe, elle la voit néanmoins comme un chant du cygne.

«C’est une tournée d’adieu, en quelque sorte. Ça ne veut pas dire que je ne reviendrai pas vous voir en Acadie. Vous êtes presque ma deuxième famille! Mais après demain (jeudi) soir, je ne peux pas dire quand je vais revenir», précise-t-elle.

En cinq décennies, Julie Daraîche en a fait du kilométrage, tant sur le bitume que sur les planches. Les débuts ont été cahoteux, laisse entendre cette Gaspésienne d’origine qui ne se destinait pas du tout à la musique.

«J’étais barmaid au bar Le Rocher Percé à Montréal. Quand c’était la fête à un client ou à un autre, c’est moi qu’on désignait pour chanter bon anniversaire», se souvient-elle.

Un soir, les frères Bernard et Fernand Duguay y sirotent un verre et remarquent la jeune serveuse d’alors et l’invitent à chanter avec eux, puis à enregistrer un album. La carrière de Julie Daraîche est lancée.

«Quand ils m’ont proposé de faire un disque, je leur ai pourtant dit que je n’étais pas chanteuse! Ils m’ont quand même invitée. Ç’a eu beaucoup de succès. J’ai fait six ans de spectacles avec eux dans les cabarets. On remplissait la salle tous les soirs.»

Et Julie Daraîche l’avoue: elle s’est laissée prendre au jeu et au plaisir d’être sur scène. Après l’aventure avec les frères Duguay, elle s’est lancée en solo en chantant des chansons léguées par sa mère et l’une de ses tantes, ainsi qu’en écrivant les siennes. Un verre sur la table, Les oiseaux blancs, Que la lune est belle ce soir… Autant de titres et combien d’autres répartis dans une quarantaine d’albums (incluant ceux avec La Famille Daraîche) qui l’ont élevée au rang de «reine du country western», voire de «reine du country» tout court. Mais la vie est dure – le fût du moins – pour les cowboys du Québec, dont elle était l’une des seules représentantes féminines il y a 50 ans.

«Je vais te dire: si j’avais fait de l’argent avec tous les tickets que j’ai vendus en carrière, je serais une vraie reine!», lâche-t-elle dans un tonitruant éclat de rire.

«En fait, ça fait seulement quelques années, entre autres grâce à La Famille Daraîche, que nous roulons sur notre succès. Au début de ma carrière, les places où je chantais – et même les endroits où je dormais -, c’était pas toujours fameux…», laisse-t-elle tomber dans un soupir.

En outre, Julie Daraîche reconnaît l’apport musical de son frère Paul, qui a contribué à la popularité du country traditionnel et, un peu, à sa modernisation.

«Il a ajouté beaucoup d’accords avec sa guitare sur les vieilles chansons country. Ses compositions ont eu beaucoup de succès aussi. C’est certain que ç’a contribué à la renommée de toute la famille», souligne-t-elle avec insistance.

Jeudi soir, c’est d’ailleurs tout en musique et en voix que Julie et Dani Daraîche présenteront un florilège de leurs meilleures chansons à compter de 21h, à l’Aréna des Îles. Elles seront accompagnées pour l’occasion de l’Acadien Rhéal LeBlanc, ainsi que du groupe gaspésien Manuel Castilloux et ses Méchants Jambons.

«On s’attend à brasser la cage pas mal! Ça va être aussi une occasion pour moi de remercier mes fans de l’Acadie pour leur amour», exprime «Sa Majesté» qui n’a vraisemblablement rien perdu de sa générosité envers ses sujets.

Dani Daraîche: «sans ma mère, La Famille Daraîche n’existerait pas»

Dani Daraîche le dit sans détour: sans Julie, sa mère, sa propre carrière solo ainsi que celle de La Famille Daraîche – à laquelle se greffent son oncle Paul et sa nièce Katia, de temps à autre – ne serait qu’une vague chimère.

«C’est elle qui est le pilier de tout ça. C’est elle qui a tracé notre route à nous. Quand ma mère a commencé, même Paul, qui jouait du rock depuis quelques années, ne se destinait pas au country. C’est en jouant avec ma mère qu’il a embarqué dans ce style», atteste Dani Daraîche.

Tout comme sa mère, elle ne se destinait pas à la carrière sous les feux.

«J’ai commencé sur le tard, à 18 ans, comparativement à d’autres comme Renée Martel. Je suivais un peu ma mère dans ses spectacles. J’ai enregistré mon premier album en 1978 pour mon plaisir – celui sur lequel on me voit avec mes shorts bleus. J’en suis maintenant rendue à 16, en comptant aussi ceux avec La Famille Daraîche», souligne celle qui célèbre justement ses 40 ans de vie artistique cette année.

La rejetonne désormais cinquantenaire entend d’ailleurs rendre hommage à sa future retraitée de mère avec une autre copine, Carol Ann King, qui fera de même pour sa mère, Marie King.

«Nous sommes en train de monter un show qui va s’appeler Les filles de… . Nous voulons rendre hommage à nos mères en chantant leurs plus belles chansons. Ça va être un spectacle à grand déploiement qui devrait voir le jour l’année prochaine et avec lequel nous voulons aussi partir en tournée», nous dévoile-t-elle.

Et qui dit que leurs aïeules, lasses de leurs pantoufles, ne viendront pas y faire un petit clin d’oeil surprise de temps en temps… –