Suzanne Albert retire ses œuvres du Festival international de musique baroque

Suzanne Albert a mis fin à son partenariat avec le Festival international de musique baroque de Lamèque à la suite d’une mésentente avec les organisateurs de l’événement. Selon l’artiste visuelle acadienne, sa série de six peintures devait être exposée, tandis que les organisateurs soutiennent qu’aucune exposition, à l’exception de l’oeuvre signature, n’était prévue dans le contrat signé à la fin mars.

Il y a environ dix jours, Suzanne Albert a contacté les organisateurs du festival pour obtenir des détails sur l’exposition de sa série Baroque at the edge au Festival. C’est alors qu’elle a appris, à son grand étonnement, qu’il n’y avait pas d’exposition de prévue outre l’oeuvre choisie pour la signature visuelle du festival, qui serait exposée à l’entrée des églises pendant les concerts. Cette œuvre intitulée Le couronnement devait aussi faire l’objet d’un encan silencieux, dont 60% des profits sont versés à l’artiste. D’après les échanges qu’elle a eus avec un membre du conseil d’administration depuis l’automne, Suzanne Albert avait l’impression que ses œuvres allaient être exposées. Elle a réalisé une série de six peintures spécialement pour le 43e festival, toujours en étant convaincue qu’elle serait en montre sur les lieux des concerts.

«Pour moi, c’était clair que j’allais exposer les six œuvres de la série. Je n’aurais jamais accepté ce projet, si j’avais su qu’il n’y aurait pas d’exposition. Je veux bien être généreuse et faire des choses dans ma province, mais on sait que ce n’est pas facile de vivre de son art dans la province», a soulevé l’artiste qui a exposé ses œuvres un peu partout dans le monde.

Mme Albert a été choisie pour être l’artiste visuelle à l’honneur cette année après un appel de dossiers lancé à l’automne. En acceptant l’invitation du festival, l’artiste savait qu’elle ne recevrait pas de cachet et qu’une de ses œuvres serait utilisée comme image visuelle de l’événement. Elle était en accord avec ceci, mais elle espérait vraiment que ses peintures soient exposées.

Suzanne Albert travaille à une installation dyptique de grand format Oratoria inspirée du Festival international de musique baroque de Lamèque. – Gracieuseté.

Désaccord contractuel

Alors que le festival bat son plein, le président Jean-René Noël se désole de cette situation. Il soutient que les clauses de l’entente sont claires et ne laissent pas place à l’interprétation. Selon celui-ci, en aucun temps, une exposition n’est prévue.

«Selon nous, les clauses du contrat sont claires et ça se déroule de la même façon depuis quatre ans. On pensait que tout était en règle et dix jours avant le festival, on a eu une communication de l’artiste avec des demandes qui, selon nous, n’étaient pas conformes à l’entente signée. Nos concerts se déroulent dans trois églises et il faut assurer le transport des oeuvres et leur sécurité et il était vraiment trop tard pour tenter d’organiser quelque chose qui soit correct à la dernière minute», a expliqué M. Noël.

Il soutient que l’entente du 21 mars a été signée en toute bonne foi entre le festival et l’artiste. Depuis quatre ans, les organisateurs du festival choisissent de créer un partenariat avec un artiste visuel dans le but de marier différentes formes d’art. L’artiste sélectionné réalise des oeuvres liées au festival. Par la suite, le festival en choisit une pour sa signature visuelle, notamment pour ses affiches promotionnelles. Les responsables du festival s’engagent à accueillir l’artiste, à lui offrir une visibilité par le biais du site web et un encan silencieux. M. Noël explique que le festival n’a pas les moyens d’offrir un cachet à l’artiste, mais l’entente prévoit une aide pour la vente des œuvres de la série pendant les activités du festival.

«Ce qu’on offre, c’est vraiment de la visibilité pendant le festival et d’aider l’artiste à vendre ses œuvres par le biais du site web», a indiqué M. Noël.

Il soutient que les partenariats en art visuel des derniers quatre ans ont été couronnés de succès. En 2017, c’était Luc A. Charette qui était à l’honneur et toutes ses œuvres ont été vendues.

Suzanne Albert ne partage pas le même point de vue. Selon celle-ci, les œuvres doivent être exposées si on veut les vendre. Dans un courriel reçu récemment, on lui aurait offert une table à l’entrée des concerts pour qu’elle présente des photos de ses œuvres.

«Ce n’est pas possible. C’était une insulte pour moi. J’ai répondu que je ne suis pas photographe, je suis peintre. Quand on vend, il faut que l’oeuvre soit là.»

Finalement, elle a choisi de mettre fin à l’entente et de retirer toutes ses œuvres du festival, annulant du même souffle l’encan silencieux. Suzanne Albert a mis trois mois à créer cette série de peintures en plus d’une œuvre grand format Oratorio. Le festival lui a versé au début une somme de 200$ pour l’aider à faire l’achat du matériel.

Jean-René Noël qui déplore cette affaire ajoute que les dirigeants analyseront la situation après le festival pour voir s’ils répéteront l’expérience à l’avenir. Le Festival international de musique baroque de Lamèque se tient du 26 au 28 juillet.

Une peinture, Luminescence, de la série Baroque at the edge. – Gracieuseté