Puissantes parcelles de Purcell en clôture du festival baroque

Sainte Cécile aurait difficilement pu espérer mieux comme hommage, samedi soir, en clôture du 43e Festival international de musique baroque de Lamèque.

Dans l’église bondée de Petite-Rivière-de-L’Île, près de Lamèque dans la Péninsule acadienne, L’Orchestre et Choeur de la Mission Saint-Charles, sous la direction du Torontois Ivars Taurins, nous a offert quelques parcelles du grand compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695), mis à l’honneur dans des oeuvres tel que Hail! Bright Cecilia! (plus communément appelée en français Ode à Sainte Cécile, en hommage à la patronne des musiciens) en première demie, en plus de Come Ye Sons of Art, autre hommage celui-là à la reine Mary II d’Angleterre ainsi que, par extension, à la beauté de la nature et de la musique, oeuvres d’art divines, en seconde, coiffées au préalable des hymnes religieux I Was Glad when They Said unto Me et Remember Not, Lord, Our Offenses.

Des pièces d’une grande beauté, assorties de nombreux ornements et déploiements vocaux et orchestraux, moins chevaux en bataille que le serait par exemple Haendel ou un Bach fugué.

Hail Bright Cecilia est sans conteste une oeuvre majeure qu’a défendue avec brio l’Orchestre et le Choeur de la Mission Saint-Charles. Une pièce à la fois émouvante, réjouissante et quelque peu avant-gardiste, certaines phrases étant notamment émises par des cordes fiévreuses et un brin mélancoliques.

Il faut saluer en Ivars Taurins la conduite de ces brillantes subtilités, lui qui ne connaît que trop bien les finesses de telles pages. C’est donc de son expertise que nous avons pu profiter pour une deuxième année, après un premier glorieux passage au festival en 2015 pour la direction du mémorable Messie de Haendel.

Du coup, c’est tout l’ensemble, dont le Choeur a été au préalable solidement préparé par son chef, Pierre Lavoie, qui a brillé samedi soir, ainsi que les chanteurs solistes, une courte liste où se mêlait à la fois relève et prestige.

Heureux de la retrouver après son triomphe l’an dernier au Concours de musique ancienne Mathieu-Duguay, la soprano québécoise Myriam Leblanc ne fait pas mentir ceux qui lui prédisent carrière remplies de promesses.

Gracieuse, agile et souple dans en solo qu’en duo, notamment avec le baryton de renommée mondiale Tyler Duncan vers la toute fin du concert, où elle confirme son talent de niveau supérieur en se frottant avec assurance à son collègue à la carrière internationale bien établie. Nul doute qu’elle pourra chanter bientôt avec d’autres grands du chant classique.

Autre découverte de la relève, le contreténor vancouvérois Nicholas Burns qui entame tout juste sa carrière et dont la voix souple et feutrée mérite d’être connue. Le baryton-basse Joel Allison nous offre quant à lui du coffre fort qu’on aime les entendre provenant de voix de son gabarit.

Le ténor québécois Philippe Gagné, un habitué du festival de musique baroque, surprend cette fois-ci avec des notes très haut perchées, une aisance et une expressivité saisissantes dans chacun de ses solos, celui de la chanson The Fife and all the Harmony of War du Hail! Bright Cecilia! entre autres. De toutes les prestations qu’il a offertes au festival, celle de samedi soir était sa meilleure.

Au final, c’est une fermeture dans la fête et la joie qu’a offert le 43e Festival international de musique baroque de Lamèque, avec un programme dont l’ambition a été amplement satisfaite par les 50 artistes de la soirée. Mission accomplie!

Bilan positif

Le directeur musical du Festival international de musique baroque de Lamèque trace un bilan positif du 43e rendez-vous qui, selon lui, a rempli les objectifs en termes d’affluence.

«Pour tous les concerts, nous avions de très, très belles salles; ça nous a même un peu surpris parce qu’il y avait plus de concerts, moins traditionnels aussi – certains en après-midi, et en des endroits différents (Shippagan, Lamèque, Petite-Rivière-de-L’Île et Miscou). Alors oui, nous sommes très, très contents du résultat cette année», a mentionné Vincent Lauzer quelques minutes après la fin du concert, samedi soir, et dans lequel il jouait de la flûte également.

Le directeur artistique se désole cependant de la controverse ayant éclaté entre le festival et l’artiste Suzanne Albert, dont l’oeuvre figurait en vedette sur la programmation. Une mésentente contractuelle à laquelle la direction de l’événement compte remédier pour les prochaines années.

«Tout le monde apprend de ces choses-là. J’espère que cette belle initiative-là de marier les arts visuels à la musique, qui dure depuis quatre ans, va perdurer. Nous allons travailler sur les communications encore mieux pour que ce soit plus clair pour tout le monde», a-t-il indiqué, ajoutant toutefois que cette controverse n’a pas un grand impact sur l’ensemble du déroulement des activités du festival.

«Mais c’est une petite note un peu moins positive et nous allons corriger le tir», a-t-il soutenu.

Par ailleurs, le Festival international de musique baroque de Lamèque rendra hommage à la chanteuse acadienne Sandra Le Couteur à l’occasion de son spectacle bénéfice qui aura lieu le 22 septembre. Les détails seront connus sous peu et les billets seront bientôt mis en vente. Les gens intéressés peuvent communiquer avec l’équipe du festival au 344-3261 ou par courriel à baroque@lameque.ca.