Dion Mazerolle: Don Quichotte et autres «bonbons» à Bertrand

Don Quichotte s’amène en Acadie, oui Madame! En plus, il va se posséder du corps de Dion Mazerolle dans toute sa prestance et sa chevalerie à l’occasion d’un concert de la série Musique Saint-Joachim mercredi soir, à Bertrand.

En entrevue téléphonique, le baryton acadien l’avoue: Don Quichotte, tout comme d’autres personnages de sa palette, sont de véritables bonbons à interpréter. En solo toutefois – il sera accompagné du pianiste torontois David Eliakis – le plongeon dans cet univers ibertien et ravélien, malgré toutes les qualités évidentes qu’il possède sur le plan vocal pour ce faire, donne quelque peu le vertige.

«Ça fait environ cinq ans que je ne me suis pas produit en récital solo. La dernière fois, je crois que c’était à Barachois. Pour celui de mercredi soir, j’ai donc décidé de me faire plaisir en interprétant des choses que je connais déjà», souligne Dion Mazerolle.

Car en plus de Don Quichotte, décliné sous les notes d’Ibert et de Ravel, le baryton natif de Rogersville décoffrera aussi quelques airs de Don Juan ainsi que de Figaro.

Les férus de musique classique le savent: les barytons, sauf exception, héritent de rôles à forte carrure, au caractère bien trempé, souvent méchants ou malicieux, sinon très ingénieux et émotivement complexes. Très peu de comparaisons possibles avec le chanteur qui se qualifie de plutôt réservé, outre la prestance et la noblesse d’un timbre tonitruant qui donne corps à ces personnages plus grands que nature.

«C’est vrai que je suis beaucoup plus introverti dans la vie de tous les jours que sur scène. Mais j’ai beaucoup de plaisir à incarner ces rôles qui me ressemblent parfois un tout petit peu, mais qui m’incitent à montrer d’autres facettes, qui sont un peu hors-norme.»

Des personnages qui sont avant tout humains, ajoute le sympathique baryton acadien.

«Ça fait longtemps que Don Quichotte, Don Juan et plusieurs autres du même type font partie de notre patrimoine musical et de notre littérature. On a souvent tendance, et non sans raison, de les magnifier, alors que, quand on y porte une attention plus particulière, ils ont leurs défauts un peu comme nous.»

Ce concert à Bertrand programmé à 19h30 s’inscrit dans un parcours faste pour le chanteur classique. Il s’est notamment illustré à Victoria en octobre dans l’opéra Jenufa de Janacek, sous la direction scénique de nul autre qu’Atom Egoyan. En mai, il a rejoint son compatriote ténor acadien Éric Thériault dans l’opéra Carmen, de Bizet, sous la houlette de l’Opéra de Québec. Plus récemment, le mois dernier, il a incarné un Apollon rocky et tatoué dans Apollon et Daphné de Haendel, au Festival Montréal Baroque. À travers tout ça, il s’est produit en concert à divers autres endroits au pays, notamment dans les Passions selon Saint Matthieu et selon Saint Jean de Bach. Une année «vraiment le fun», lâche Dion Mazerolle avec exaltation, lui qui, depuis environ 20 ans, prend plaisir à se faufiler dans différents styles et à travers différentes époques.

«Je pense que comme artiste, il faut avoir une palette assez large. J’ai toujours fait un petit peu de tout dans ma carrière. C’est certain que, comme la compétition est féroce dans mon domaine, je n’ai pas vraiment le choix, mais je suis sincère en te disant que j’adore ça. Avoir du plaisir à découvrir un personnage qui n’est pas forcément moi dans son caractère, ça me tient aller et ça entretient la flamme pour mon métier.»

Outre Ravel et Ibert, des oeuvres de Massenet, de Fauré et de Falla sont également au menu du récital de mercredi soir.