Gala de la chanson: 50 ans de talents aux multiples horizons

Déjà 50 ans. Et pourtant, diront certains, c’est comme si c’était hier. Car le Gala de la chanson de Caraquet n’a pas pris une ride. Bien au contraire, chaque année amène son lot de découvertes de nouveaux talents et le Gala de la chanson insuffle, pour une bonne partie d’entre eux, l’impulsion originelle pour le déclenchement de carrières longues et fructueuses.

Calixte Duguay, Donat Lacroix, Lisa LeBlanc, Sandra Le Couteur, Wilfred Le Bouthillier. Ils sont tous, ainsi que bien d’autres, passés par le Gala de la chanson, souvent leur premier grand public, et voguent encore de nos jours sur des mers musicales riches et constellées d’aventures.

Avez-vous déjà pris le temps de scruter les listes annuelles des lauréats et autres participants sur le site web du Gala (galadelachanson.ca/historique)? C’est fou le nombre de personnes qui ont sauté sur la scène à Caraquet en cinq décennies! Des gens de partout dans les Maritimes, plusieurs noms aujourd’hui connus, d’autres moins. Certains ont poursuivi dans la voie de la chanson, alors que d’autres ont par la suite bifurqué vers autre chose.

Jean-François Breau: la bougie d’allumage

1997. Prix du public pour Jean-François Breau, alors finaliste dans la catégorie Auteur-compositeur-interprète. Si vous ne vous en souvenez pas, c’est normal, car le véritable coup de canon pour le futur Don Juan de Tracadie sera donné l’année suivante, alors qu’il raflera les honneurs en double, comme auteur-compositeur-interprète ainsi que comme interprète. À l’époque, ce grand gaillard aux lèvres pulpeuses et aux ex-cheveux longs chantait déjà un peu partout et nulle part – le terreau musical des Breau y étant sans conteste pour quelque chose. Or, la certitude de faire de la musique toute sa vie n’y était pas encore, du moins, pas encore béton.

«J’aimais beaucoup faire de la musique, mais je ne savais pas encore, à ce moment-là, si je voulais en faire une carrière. Le Gala de la chanson a vraiment été l’étincelle qui me manquait pour confirmer ça. En plus, ça m’a apporté mes premiers outils de base pour démarrer dans le domaine. Certains d’entre eux me sont encore très utiles aujourd’hui», souligne celui qui a également été formateur et directeur artistique de l’événement il y a une dizaine d’années.

Quelques semaines après son sacre à Caraquet, ce sera le triomphe au Festival international de la chanson de Granby, qui célèbre aussi ses 50 ans cette année.

«Comme le Gala de la chanson de Caraquet est depuis plusieurs années une porte d’entrée pour Granby, j’ai pu aussi participer à ce concours. C’est vraiment à partir de là que ma carrière est partie en vrille et que tout s’est enchaîné par la suite. Sans Caraquet, je n’aurais pas pu accomplir ce rêve de percer en musique et de mener la carrière que j’ai aujourd’hui», affirme Jean-François Breau.

Il sera d’ailleurs de retour à Granby le 26 août à titre d’artiste invité pour le spectacle de clôture sous l’égide de l’OSM et aux côtés d’Alex Nevsky, Karim Ouellet, Pierre Lapointe et plusieurs autres, tous d’ex-participants et lauréats comme lui.

Nathalie Paulin: de la pop à l’opéra

En 1987, Nathalie Paulin n’avait pas encore soufflé 20 chandelles. Finaliste dans la catégorie Interprète, elle commençait à peine ses études à l’Université de Moncton et donnait alors beaucoup plus dans la pop que dans le chant classique.

«J’étais un peu la chanteuse de service dans ma famille ainsi que dans les occasions spéciales. Je savais que j’aimais faire de la musique et que c’est ça que je voulais faire dans ma vie. Mais je n’étais pas encore certaine de la branche dans laquelle je voulais m’enligner», souligne la désormais soprano acadienne de renommée internationale et qui a également étudié le piano dans sa jeunesse.

Après son passage au Gala, c’est finalement L’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti qui l’emportera sur Je voudrais voir la mer de Michel Rivard, qu’elle avait interprétée lors du concours (ainsi que Feu vert, de Marie-Denise Pelletier).

«La musique classique m’apportait beaucoup d’histoire; c’est ça qui m’intéressait et qui a fini par me gagner, je pense. Ma curiosité s’en est trouvée davantage nourrie. Mais je dis ça sans rien enlever à la musique populaire, car je me considère malgré tout comme une soprano assez rockeuse en raison des différents styles que j’aborde dans mon répertoire», exprime la native de Rivière-à-la-Truite dans un léger fou-rire.

L’expérience du Gala de la chanson aura, en outre, tracé de façon durable une bonne partie de son cheminement. Car Nathalie Paulin y a puissé des enseignements précieux sur le métier de la scène.

«Ç’a même confirmé que c’est sur scène que je voulais faire carrière. Je le dis en toute sincérité: le Gala de la chanson a été pour moi un passage vraiment important et dont je profite encore aujourd’hui. C’est beau de voir qu’après 50 ans, cet événement-là continue de donner naissance à autant de talents de tous les horizons. Je souhaite au Gala de la chanson encore longue vie et une bonne continuation!», s’exclame la très enjouée soprano.

Marie Ulmer: la musique dans une autre forme

En 1971, elle s’appelait encore Marie-Reine Chiasson. Elle avait remporté les premiers prix dans les catégories Chanson – Senior (21-35 ans) et Intermédiaire. Animée d’une superbe voix satinée au large registre – que l’on peut d’ailleurs entendre et voir dans le documentaire de 1972 Un soleil pas comme ailleurs, de Léonard Forest -, tout semblait sourire à cette châtaine d’alors qui semblait destinée à une glorieuse carrière de chanteuse.

«J’ai chanté pendant quelques années avec Calixte Duguay et j’ai voulu m’inscrire à la prestigieuse École de musique Vincent-d’Indy de Montréal après mon passage au Gala. Mais finalement, ç’a viré autrement», laisse tomber celle que l’on connaît aujourd’hui comme la sculptrice Marie Ulmer.

C’est au cours d’un voyage en France qu’elle tombera finalement en amour avec les arts visuels. Elle assure toutefois que la musique, sa première passion, ne l’a jamais vraiment quittée.

«Les arts visuels, c’est aussi un peu de la musique. Quand je fais des oeuvres, je veux que ça parle, que ça chante même. Quand j’étais marraine du Festival des arts visuels en Atlantique il y a quelques années, j’avais d’ailleurs mis une installation de sculptures sur la scène du Carrefour de la mer. C’était un peu comme faire un spectacle. Encore aujourd’hui, chacune de mes expositions sont un peu ça: quand le rideau se lève, il faut que tout soit prêt et beau à regarder pour le public», précise l’artiste native de Lamèque.

Et pour ce rendu final, il faut beaucoup de discipline, ce que le Gala de la chanson lui a appris, indique-t-elle.

«Cette formation en matière de discipline que je suis allée chercher au Gala de la chanson m’a suivie tout au long de ma vie. Le Gala m’a aussi appris que quand c’est le temps d’y aller, c’est le temps et quand on commence un travail, il faut aller au bout», affirme Marie Ulmer d’un ton catégorique.

Quelques pans d’Histoire et d’anecdotes dans un spectacle-anniversaire

Le public du Festival acadien de Caraquet aura l’occasion, jeudi soir, de s’immerger dans l’Histoire du Gala de la chanson à l’occasion d’un spectacle-anniversaire qui réunira pas moins d’une douzaine d’ex-lauréats et participants des 50 dernières années, sous la direction de Cedric Vieno, lui-même finaliste de la cohorte 2007 – la même que Lisa LeBlanc.

«Nous allons traverser tous les genres et toutes les époques. Les artistes vont s’accompagner les uns et les autres et ceux qui ont participé dans la catégorie Interprète vont chanter des pièces d’autres finalistes du Gala. Ça va être un mélange de synchronicité et de ‘‘wild’’», spécifie Cedric Vieno.

Celui qui signe sa première direction artistique d’importance mentionne avoir fait beaucoup de recherche sur l’Histoire du Gala de la chanson avant de sélectionner les artistes invités.

«En fait, je me suis rendu compte que je croyais connaître l’Histoire du Gala, mais je ne la connaissais pas tant que ça. Ce qui m’a surtout frappé, c’est que ça n’a pas seulement été une école pour les artistes, mais aussi pour les administrateurs, les techniciens et autres travailleurs du milieu des arts de la scène. Le Gala de la chanson a grandi en même temps que l’industrie culturelle à Caraquet et en Acadie», note Cedric Vieno.

«J’ai aussi discuté avec d’anciens dirigeants et les premières années. Tout se faisait bénévolement. Sans leur apport, le Gala de la chanson n’aurait pas connu une aussi grande longévité», appuie-t-il.

Le Spectacle du jubilé, prévu pour 20h au Centre culturel de Caraquet, réunira sur scène Sandra Le Couteur, Katrine Noël, Thomé Young, Pierre Guitard, Linda Wedge, Nathalie Renault, Danny Boudreau, Michel Thériault, Serge Brideau, Calixte Duguay, Donat Lacroix et Raymond Breau (ce dernier étant le tout premier gagnant à l’an 1 du Gala, en 1969).