Natasha St-Pier, sur les traces de sainte Thérèse de Lisieux

Quand Natasha St-Pier choisit d’entreprendre un projet, c’est d’abord le cœur qui prime. Si elle vient de lancer un nouvel album sur les poèmes de sainte Thérèse de Lisieux, rien ne dit que le prochain aura une saveur chrétienne.

Cinq ans après la sortie d’un premier disque sur l’œuvre de sainte Thérèse de Lisieux, l’interprète acadienne établie en France retente l’expérience en sortant un nouvel opus sur les textes de cette jeune Française qui a pris le voile au Carmel de Lisieux en 1889. Elle est décédée à l’âge de 24 ans en 1897 puis reconnue sainte en 1925. L’album Aimer c’est tout donner, qui est sorti en France le 3 août, paraîtra au Canada le 2 novembre. Natasha St Pier collabore avec quelques artistes, dont Thomas et Benjamin Pouzin du groupe de rock chrétien français Glorious qui signe la musique. La chanteuse ne craint pas qu’on lui colle une étiquette en sortant un deuxième album à saveur chrétienne.

«Dans ma carrière, je n’ai pas de fil rouge. D’album en album, je vais où je veux. J’ai fait Bonne nouvelle qui était un peu reggae, après j’ai fait un album avec des chansons acadiennes et un album pour enfant. J’ai une carrière qui fonctionne par envie, par coup de cœur. Du coup, je ne peux pas dire si le prochain album sera chrétien ou pas chrétien. Ça va dépendre de mes envies, des propositions et de là, où je serai dans ma vie», a déclaré Natasha St Pier, en entrevue depuis sa résidence en France.

L’interprète souligne qu’elle n’aurait pas pu chanter les textes de Thérèse de Lisieux si elle ne croyait pas en Dieu.

«En fait, je crois au monde de l’invisible. Je pense qu’il y a quelque chose de plus fort de nous. Je pense que c’est une philosophie de vie au-delà de la foi. Très rares sont ceux qui n’ont pas une certaine forme de spiritualité et les textes de Thérèse parlent à tous ceux qui ont une forme de spiritualité en eux.»

Le premier disque qui, à première vue, pouvait paraître comme un projet risqué, a été certifié platine. Une tournée dans les églises s’en est suivie. L’année dernière, on lui a proposé de refaire une tournée dans les églises, lui rappelant ainsi comment elle aime chanter ces chansons. D’abord, ce sont des poèmes de jeunesse puisqu’ils ont été écrits entre l’âge de 17 et 24 ans.

«Ce sont des textes d’une jeune fille qui rêvait d’un monde meilleur. Une jeune fille comme toutes les autres, qui disait: moi je ne vais pas marcher dans ces pas-là, je veux le monde différemment. À l’époque, l’église était très punitive et elle régnait par la peur et Thérèse a été la première à dire: ce n’est pas ça la religion et à vouloir montrer le beau côté et non celui qui était dur.»

Ses textes parlent principalement d’amour. En plus des poèmes de Thérèse de Lisieux figurent trois titres composés par Thomas et Benjamin Pouzin, qui rendent hommage à la vie de la religieuse. Une des chansons aborde la relation qu’elle avait avec sa mère. Cette dernière est décédée alors qu’elle n’avait que 4 ans.

«À partir de ce jour-là, elle s’est considérée en exil sur terre et elle voulait aller rejoindre sa mère. Ç’a conditionné toutes ses réactions dans sa vie. Donc on trouvait intéressant d’écrire une chanson sur la disparition d’une maman quand une enfant est si jeune.»

Natasha St Pier qui a été touchée par les textes de cette jeune carmélite considère qu’ils sont encore actuels. Les textes n’ont pas été modifiés. Ils sont les mêmes qu’au 19e siècle.

«Même si la vie est énormément différente et que les enfants sont beaucoup moins naïfs à notre époque, les aspirations profondes d’une adolescente de 17 ans d’il y a 100 ans et d’aujourd’hui sont sensiblement les mêmes. C’est la liberté, le bonheur. Comme ses textes parlent de ça, ils restent très actuels.»

Le 28 septembre, elle entreprendra une tournée avec cet album à la Basilique de Lisieux, construite en l’honneur de sainte Thérèse de Lisieux.

Loin des projecteurs

Depuis quelques années, Natasha St-Pier vit avec sa petite famille dans le sud-ouest de la France à la frontière de l’Espagne. Celle qui a déjà songé à abandonner sa carrière musicale estime avoir trouvé enfin un équilibre dans sa vie. Quand elle vivait dans la Ville lumière, elle travaillait tout le temps et une certaine routine s’est installée. À un moment, elle n’y a plus vraiment trouvé de plaisir. La célébrité ne la rendait pas nécessairement heureuse.

«Quand j’ai eu mon fils Bixente et une fois qu’il a été guéri et qu’on a pu quitter Paris, j’ai commencé à moins travailler. Donc j’ai des jours off, j’ai une vie de famille et une vie sociale en dehors de mon travail. Quand je m’en retourne faire mon travail, je suis contente d’être là parce que ça fait longtemps que je ne l’ai pas fait. J’ai trouvé une espèce de juste milieu que je n’avais pas avant.»

Elle a même ouvert une école de yoga. Au cours des années, il lui est arrivé à plusieurs reprises de remettre en question sa carrière de chanteuse. Déjà à 25 ans, elle n’avait plus envie de faire ce métier.

«Je me suis arrêtée pendant un an. Après, j’ai décidé que je voulais revenir à la musique, mais de manière moins commerciale. Je ne voulais pas que ce soit une idée commerciale qui soit le point de départ pour ensuite développer un projet artistique. Je voulais qu’il y ait d’abord une idée artistique et qu’on développe à côté de ça un plan commercial.»

Elle s’est entourée d’une nouvelle équipe qui a accepté de la suivre dans cette démarche.

Semaine acadienne en Normandie

Natasha St-Pier est à nouveau de la distribution de la Semaine acadienne qui se déroule du 8 au 15 août en Normandie. Elle présente la version acoustique de son spectacle Mon Acadie. Plusieurs artistes de l’Acadie, dont le cinéaste Phil Comeau et l’auteure-compositrice-interprète Isabelle Cyr, font partie de la programmation de ce 13e festival qui se déroule sur plusieurs scènes dans la région de Courseulles-sur-mer en Normandie.

«Comme je ne peux pas aller en Acadie l’été, pendant une journée, je vais me sentir un peu à la maison. Il y a des drapeaux acadiens partout. C’est bien organisé et il y a une vraie envie de faire connaître l’Acadie parce que c’est tellement pas évident de parler de l’Acadie en France.»

Encore aujourd’hui, les Français confondent le Québec avec l’Acadie, précise l’interprète acadienne. Elle sera de retour pour donner des spectacles au Canada probablement à l’hiver 2019.