Solide comme Dubois

«Arrivez pas en retard! Faut pas manquer le début! Les premières chansons ne sont pas celles auxquelles les gens s’attendent au commencement d’un spectacle…», souligne un Claude Dubois très insistant et un brin mystérieux.

Dire que Claude Dubois est survolté au cours de notre entretien téléphonique relève presque de l’euphémisme. Heureux de revoir la mer en contrée acadienne, ça, aucun doute. Il le mentionne lui-même.

«La dernière fois que je suis venu chez vous, c’était l’année dernière, à Edmundston (l’artiste québécois avait inauguré la nouvelle salle de spectacle du Casino Grey Rock). J’avais aimé ça, mais il me manquait ce paysage maritime unique à chez vous. Là, tu me dis que je vais jouer dans une salle au bord de l’eau? Là, je suis content!», affirme de but en blanc celui que l’on n’avait pas revu dans la Péninsule acadienne depuis une bonne dizaine d’années.

Précédée de l’auteure-compositrice-interprète acadienne Caroline Savoie en première partie, Claude Dubois débarquera sur la scène du Carrefour de la mer lundi soir avec sa plus récente œuvre musicale scénique, Dubois en liberté, avec laquelle il tourne un peu partout depuis plus d’un an.

«Le nom le dit: je me suis permis beaucoup de liberté pour ce show-là et j’en ai aussi donné beaucoup à mes musiciens. Ça m’a permis de refaçonner des arrangements de plusieurs chansons. Mine de rien, j’ai composé sur différents styles de musique dans ma vie, mais je trouvais que ce que je présentais sur scène était trop sur la même note», souligne le septuagénaire qui roule sa bosse depuis plus de 50 ans.

«Mais le public ne sera pas dépaysé pour autant, avertit-il aussitôt. Disons que ça franchit un autre étage.»

En outre, l’auteur-compositeur-interprète québécois se dit pleinement conscient des attentes de ses fans. Il a bien réédité deux de ses disques au cours des deux dernières années – Mellow Reggae, devenu Mes racines, ainsi que Zampano, anciennement Gelsomina et autrefois inspiré de l’univers de Fellini.

«Mais je sais que les gens sont pas vraiment intéressés à entendre mes nouveaux CD. S’il y a des chansons connues que je ne chante pas, ils vont être un peu frus», admet-il, soutenant toutefois avoir autant de plaisir à les refaire.

Unique et intemporel

Si Dieu existe, Femme de rêve, Pas question d’aventure, Comme un million de gens, Un chanteur chante… Autant de titres qui traversent le temps et qui n’ont pas pris une seule ride, soutenues par une voix ronde et tout aussi singulière que leur univers. Pourtant, Claude Dubois est bien de l’époque des Vigneault, Charlebois, Leclerc et compagnie. Dans cette forêt de très grands chansonniers dont il fait d’ailleurs partie et avec qui il a souvent travaillé, il se distingue toutefois tant par les thèmes abordés que par sa fougue qui l’ont incités depuis toujours à sortir des sentiers battus. Claude Dubois ne ressemble à aucun autre, et ce n’est pas une prétention de le dire.

«Dès que j’ai commencé ma carrière, je me suis interdit de copier ou de plagier qui que ce soit, ou même ce qui se passe autour de moi. Vigneault a d’ailleurs dit un jour: “‘Tout a été dit, mais pas par moi”’. J’ai trouvé ça extrêmement brillant et ça correspond très bien à mon plaisir de créer», appuie Claude Dubois, ajoutant que cette créativité se répand jusque dans sa tournée Dubois en liberté.

«C’est un pur bonheur à chaque seconde de faire ce show-là. Ça fait salle comble presque partout et je me nourris de l’énergie du public.»

Cette énergie est d’autant plus importante qu’il jongle désormais avec un cancer de la moelle osseuse depuis deux ans – le diagnostic est tombé en mars 2016. Claude Dubois en a bien parlé publiquement à quelques reprises depuis ce temps, mais il avoue ne pas trop aimer aborder le sujet.

«C’est un peu pour éviter que les gens qui viennent voir mes spectacles se demandent: “Y va-tu être capable de tougher tout le show; y va-tu écraser après la troisième toune?!”. J’ai suivi tous ce que les médecins m’ont prescrit jusqu’à présent et je réagis très bien. Ce qui est fait est fait et je ne peux rien faire de plus, sauf de profiter de la vie au maximum», exprime-t-il dans un élan d’enthousiasme qui fait réellement oublier que, la veille de l’entrevue, il avait dû s’astreindre à un énième traitement de chimio.

«C’est sûr que la scène, ça me donne du carburant. Rencontrer le public, voir du pays, c’est le fun et ça me tient en vie», note celui qui est solide comme… Dubois.

Le spectacle de Claude Dubois précédé de Caroline Savoie aura lieu lundi, à 20h30, au Carrefour de la mer de Caraquet et s’inscrit dans le cadre du Festival acadien.