Quand la comète d’Acadie rencontre la fougue louisianaise

La musicienne Christine Melanson de Moncton et la formation louisianaise Jourdan Thibodeaux et les Rôdailleurs ont partagé la scène au Verger Belliveau à Memramcook dans un concert rempli de fougue, d’intensité et de poésie. Ces deux artistes aux horizons différents, partagent une passion commune celle du violon et de la chanson française.

Après avoir entendu la prestation de Christine Melanson, le violoniste Jourdan Thibodeaux l’a invitée à partager la scène avec lui, le temps de jouer un morceau au violon ensemble. La magie a alors passé. Pour la première fois, le Festival Acadie Rock s’est déplacé à Memramcook afin d’offrir un spectacle dimanche en fin d’après-midi devant plus d’une centaine de personnes. Le Louisianais de la région de Lafayette raconte que la première fois qu’il a joué au Canada, c’était à Memramcook alors qu’il était violoniste au sein d’une autre formation.

«J’aime le Nouveau-Brunswick. C’est une belle place. Le monde est gentil tout le temps. Je n’ai jamais trouvé quelqu’un ici qui était de mauvaise humeur», a déclaré Jourdan Thibodeaux en entrevue quelques minutes avant de monter sur scène.

Avec ses trois complices, contrebassiste, batteur et guitariste, surnommés les rôdailleurs, il a offert une prestation enflammée. Une musique qui décoiffe alliant style créole, cajun, aux teintes de blues et de rock. Le tout en français louisianais. D’ailleurs, l’auteur-compositeur-interprète y tient au français louisianais qui se démarque du français standard. Quand il parle du temps passé et de sa grand-mère, c’est avec un brin de nostalgie. Si aujourd’hui il chante en français, c’est à cause de son aïeule.

«Il y a assez d’anglais déjà, je n’ai pas besoin de ça. J’ai grandi pour la plupart avec ma grand-mère qui était française. Les choses étaient bien différentes quand j’étais petit. On écoutait de la musique française de la Louisiane. On entendait plus de français. Tous les vieux parlaient français», raconte le musicien âgé de 32 ans.

Après avoir joué avec plusieurs formations, Jourdan Thibodeaux a eu envie de créer son propre groupe, avec ses compositions. Il propose un mélange de compositions originales et de chansons traditionnelles en y ajoutant pas mal de piquant, avec une intensité hors du commun. Il estime s’est être entouré des meilleurs musiciens du monde. Ils ont fait paraître un premier album Boue, boucane et bouteilles, il y a quelques mois. L’auteur-compositeur-interprète à la langue chantante s’inspire de tout et de sa vie. Dans ses chansons, il inclut des vieux mots français et des expressions typiques de la Louisiane. Même si les gens de sa génération en Louisiane ne comprennent pas toujours ce qu’il chante, ils embarquent dans sa musique.

«Je crois que quand les chansons et la musique sont ta vérité, le monde qui va entendre ça va embarquer.»

Jourdan Thibodeaux et les Rôdailleurs sont aussi en spectacle au Festival acadien de Caraquet le 14 août à 20h, sur la scène extérieure de la Place du festival. Le spectacle est gratuit.

La comète acadienne

Pendant plusieurs années, Christine Melanson était surtout connue comme violoniste et poète. Depuis près de deux années, la musicienne multi-instrumentiste s’est lancée dans la chanson. Cette jeune finaliste au Gala de la chanson de Caraquet en a fait du chemin depuis deux ans. En 2016, aux prises avec un épuisement professionnel, elle ne pensait plus retoucher à la musique. Mais la comète n’avait pas dit son dernier mot. Un soir, assise au piano, elle a commencé à composer et une chanson en est sortie.

Christine Melanson en spectacle à Memramcook dans le cadre du Festival Acadie Rock. – Acadie Nouvelle: Sylvie Mousseau

«Je ne chantais pas à l’époque, sauf dans ma douche pis je croyais que je n’étais pas vraiment bonne. J’ai donc envoyé la chanson à Monique Poirier qui m’a dit: je ne peux pas la chanter, parce que c’est ta chanson.»

Cette chanson était La comète, une pièce touchante inspirée d’expériences vécues.

«Je crois que ç’a toujours été là quelque part, mais j’avais juste trop peur d’être vulnérable. Il y a comme un masque quand on joue d’un instrument. La voix c’est beaucoup plus vulnérable», ajoute l’artiste à la voix cristalline.

Elle confie que c’est la chanson qui l’a aidé à remonter vers la surface. L’écriture a servi de tremplin vers la guérison. Christine Melanson enregistrera un premier album de chanson cet automne au studio La Classe à Memramcook qu’elle prévoit sortir à l’hiver 2019. Celle qui aime les collaborations fera aussi une résidence d’écriture à Caraquet prochainement avec Pascal Lejeune, Cédric Vieno, Maggie Savoie et Joey Robin Haché.